Mike Denton est en cavale. William, l'homme qui l'a employé pour un casse, est mort et Cindy, la compagne de ce dernier, lorsqu'elle revient avec une trousse de premier secours, voit Mike s'éloigner avec leur butin. La police l'arrête avant qu'elle ait eu le temps de l'abattre. Mais Mike va découvrir que toute cette ville le connaît et veut sa mort...
Le risque en débutant une série par un épisode king-size, c'est évidemment de produire un deuxième numéro plus faible et de perdre le lecteur. C'est un peu ce qui se passe avec Hammerfist, qui sans être mauvais, laisse une impression de trop peu après en avoir donné beaucoup. Mais, attention, ça ne signifie pas qu'il faut se décourager.
La cavale de Mike Denton à travers la ville est une longue séquence, haletante, mais somme toute sommaire. Il bouscule un facteur qui dégaine un spray et lui en asperge le visage. Il se réfugie chez une vieille libraire qui sort un fusil de chasse et le poursuit. Il traverse la rue pour voler la moto d'un mec à la station service et la vieille touche la pompe à essence qui prend feu...
C'est un vrai chemin de croix et Mike Denton n'a même pas réussi à quitter cet endroit de malheur. A lui seul, cet épisode pourrait résumer tout ce qu'aime écrire Rick Remender, avec son héros acculé mais coriace, pris au piège dans un endroit complètement dingue, et qui ne survit que parce qu'il est un type qui en a vu d'autres.
Bon, après, une fois qu'on a dit ça, on peut légitimement trouver que c'est quand même un peu maigre d'un point de vue narratif, ça ne raconte pas grand-chose. Remender s'appuie sur une ambiance cauchemardesque qu'il parvient à rendre sensible et intense. Son savoir-faire, c'est d'accrocher notre attention avec un script vraiment pas épais. Tout le monde ne peut pas en faire autant.
Et enfin l'épisode à la fin révèle une espèce culte maléfique, en rapport avec le véritable butin du casse, et le polar bascule dans le fantastique. C'est là que Remender gagne son pari : il a gardé le meilleur pour les dernières pages et, comme dit Mike Denton, "script changes". Le rythme est vraiment infernal aussi, on ne s'ennuie pas, c'est palpitant, tendu, incertain, irrésistible.
Surtout il y a Steve Epting : quand un épisode vous laisse un peu sur votre faim en termes de contenu, mais que vous avez un dessinateur magistral, ça ne sauve pas les meubles, mais ça aide drôlement. Et Epting sort des planches absolument splendides, qui prouve qu'il reste un des meilleurs dans la partie, et ça fait plaisir non seulement de relire une BD dessinée par lui, mais surtout à ce niveau.
Les sollicitations des éditeurs ont permis d'apprendre que ce premier arc de Hammerfist compterait cinq épisodes, après quoi je ne serai pas surpris que la série fasse un break pour permettre à l'artiste d'avancer dans son taf. Mais quoi qu'il en soit, ce projet en vaut la peine. Je ne sais pas où Remender et Epting nous entraîne, mais le voyage s'annonce mouvementé et très prometteur.





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