Firestorm est mort. Il s'est envolé et a plongé dans le soleil. Le lendemain de sa disparition, une créature à la tête enflammée apparaît dans le désert et rejoint un patelin. Mr. Terrific et Captain Atom se rendent sur place, puis le Département des Affaires Méta Humaines. Firestorm serait-il revenu à la vie ?
C'est une lecture tout à fait fascinante que celle de The Fury of Firestorm #7. En effet, il faut se rappeler qu'à l'origine Jeff Lemire avait signé pour une série limitée de six numéros. DC, visiblement content des chiffres de vente, en a commandés d'autres. Aujourd'hui, on parle de quinze épisodes, mais rien n'interdit de penser que cela pourrait encore aller plus loin.
Et donc Lemire se trouve dans une situation qu'il n'avait pas anticipé, ou en tout cas avec laquelle il a dû composer, peut-être improviser. Comment poursuivre une histoire dont on avait écrit la fin, et qui a d'ailleurs été publiée comme telle puisque le mois dernier on assistait à la mort (au suicide) du héros ? Le scénariste est en quelque sorte obligé de repenser son projet de A à Z.
Ce cas de figure m'a rappelé ce que les scénaristes de Daredevil s'amusaient à faire à une époque. Quand Brian Michael Bendis a quitté la série, il a laissé le personnage dans une situation très compromise et ce fut à Ed Brubaker de l'en sortir. Brubaker a fait la même chose quand il passé le relais à Andy Diggle qui a répété le coup avec Mark Waid qui a fait de même avec Charles Soule qui a fait pareil avec Chip Zdarsky.
Mais, avec The Fury of Firestorm, alors que Jeff Lemire aurait très bien pu passer son tour et laisser Dc lui trouver un remplaçant, c'est un peu différent. L'auteur canadien devait s'extraire d'une impasse dans laquelle il s'était lui-même engagé. Sa solution : non pas faire croire à un rêve, mais imaginer un twist narratif qui fait redémarrer la série comme il l'avait lancée.
Toute l'astuce repose sur la question : est-ce Firestorm qui revient ? Tout porte à le croire, jusque dans le character's design très léonin de Rafael de Latorre, avec cette créature dont la tête est en feu. Toutefois le doute est permis : celui qu'on pense être Firestorm agit comme un nouveau-né, il sait à peine parler, communiquer avec autrui, ne se souvient pas de ce qu'a pu être Firestorm et ses deux hôtes.
Spoiler (mais pas vraiment car vous vous en doutez) : à la fin de ce numéro, le lecteur a une conviction sur l'identité de ce personnage. Mais il n'en demeure pas moins qu'on ne sait pas trop ce qui se passe. Firestorm est-il immortel ? Est-il revenu à la vie en redémarrant de zéro, sans souvenir ? Que va-t-il advenir de lui ? C'est tout à fait étonnant d'avoir assister à la mort (au suicide) d'un super-héros et de le voir resurgir ainsi.
Rafael de Latorre est lui aussi épatant : j'imagine que lui aussi a du composer avec le fait que la série limitée pour laquelle il était engagé était prolongée, et avec ça, imaginer, peut-être dans l'urgence, un nouveau Firestorm. Le résultat est parfait. Et visuellement, l'épisode entier est formidable, imprimant un rythme lent mais envoûtant, que vient souligner les couleurs de Marcelo Maiolo.
On peut facilement penser que cet épisode est le meilleur, car le tour de force narratif et visuel est tout de même sidérant. On peut aussi imaginer que la série a vraiment le potentiel pour aller jusqu'à ses quinze épisodes et même au-delà. Parce que Jeff Lemire a en quelque sorte appliqué un mouvement perpétuel à son récit. Une mécanique digne d'Alan Moore, autre grand auteur qui excella à réinventer un personnage sur qui personne ne misait.





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