ZATANNA, VOL. 1 : THE GREATEST TOUR
(Zatanna #1-6)
Zatanna décide d'assumer le rôle de Prime Magus afin de veiller sur les différents royaumes où la magie opère. Sa première mission consiste à délivrer une jeune elfe de l'emprise de l'esprit de la peste qui a par ailleurs fait plusieurs victimes humaines. Le D.E.O. (Department of Extranormal Operations) par la voix de l'agent Di Manes est également impliqué dans ces affaires occultes, ce qui ne plait guère à Zatanna.
Une fois l'esprit de la peste en boîte, Zatanna se rend à Memphis, Tennessee, pour y consulter Papa Midnite et surtout Elodie Arnette qui lui raconte l'histoire de Clara Dubois, une chanteuse lyrique du XVIIIème siècle en France, qui fut la muse de Aéde. A la mort de Clara, cette entité a muté en esprit de la peste. Di Manes convoque une chorale pour attirer Aéde, sabotant un sort lancé par Zatanna.
Désormais en conflit avec le DEO, Zatanna sollicite les conseils de Zehuto, le précédent Prime Magus, qui l'éclaire sur la véritable nature de cette charge et ceux qui l'ont endossée. Après cela, Zatanna entreprend un voyage dans la cité secrète des Homo Magi dont était originaire sa mère, Sindella...
J'avais commencé à lire la série Zatanna mensuellement avant d'arrêter à la fin du deuxième épisode. A cette époque, j'avais trop de lectures à suivre et je n'arrivais pas à apprécier ce que Jamal Campbell proposait, alors que j'avais plutôt aimé ce qu'il avait fait sur la première mini-série écrite et dessinée par ses soins en 2025.
Puisque le recueil des six premiers épisodes sortira en Janvier prochain, j'ai donc profité de cette échéance pour lire les floppies que j'avais gardés au chaud, en espérant que cette fois j'allais être mieux disposé. Et ce fut le cas. Mais surtout ça m'a révélé une chose que je devinais à propos des séries DC Next Level et qui se confirme ici.
DC Next Level, c'est devenu le coin des séries avec pour personnage principal un héros ou un groupe de héros qui ne font pas partie des vedettes de l'éditeur, des personnages appréciés de fans mais moins populaires, et que DC cherche à remettre en avant en s'appuyant sur des propositions fortes de la part d'auteurs et d'artistes aux styles radicaux. Quelque chose de très Vertigo en vérité.
C'est le cas pour The Fury of Firestorm, Doom Patrol, The Demon, Jonah Hex and the shadow of death, Lobo, Legion of Super Heroes, (et d'autres que je ne lis pas). Parmi tous ces titres, certains sont plus classiques dans leur traitement, mais la majorité s'inscrivent dans des expériences narratives et graphiques.
Autrement dit, il faut être prêt à s'engager dans des lectures non conventionnelles. C'est aussi l'opportunité de s'attacher à des héros qui ne sont pas intouchables, donc dont les aventures génèrent un vrai suspense. Et c'est aussi l'occasion pour les équipes créatives et éditoriales de prouver leur vrai attachement à ces héros, souvent négligés.
En ce sens, Jamal Campbell est certainement un des auteurs qui a le plus à coeur de redonner à Zatanna un rôle majeur. Sa première mini-série était comme un galop d'essai qui, en prime, passait après le très réussi Zatanna : Bring down the house de Mariko Tamaki et Javier Rodriguez. Là, en ayant gagné le droit de signer une série illimitée, il doit confirmer.
C'est ce qui transpire de ces six premiers épisodes : Campbell aime vraiment Zatanna et veut la mettre en valeur. Pour cela, il lui fait endosser le rôle de Prime Magus, une sorte d'équivalent du sorcier suprême chez Marvel (c'est d'ailleurs amusant que Scarlet Witch, une autre femme, ait eu ce titre pratiquement en même temps).
Pour prouver qu'elle en est digne, Campbell orchestre d'abord un premier arc en trois parties qui tourne autour d'un esprit devenu fou après la mort d'une cantatrice et que Zatanna va s'employer d'abord à contenir avant de trouver un moyen de lui rendre la raison. Pour corser le tout, elle voit son entreprise parasitée par la branche spécialisée dans les affaires occultes du DEO et de l'agent Di Manes.
Campbell se fait plaisir visuellement avec une débauche de couleurs qu'il assume en plus de l'écriture et du dessin. Grâce à l'infographie, ses possibilités sont infinies et parfois il faut bien avouer que cela ne rend pas la lecture très fluide. Le regard du lecteur se perd dans cette orgie chromatique, au point de perdre le sens du récit.
Malgré tout, l'intrigue est très rythmée et haletante, avec l'apport de personnages secondaires comme Papa Midnite et Elodie Arnette. La résolution de ce plot est très réussie et émouvante. C'est alors que Campbell a la sage idée de faire une pause et de passer la main pour les dessins à Edwin Galmon pour le quatrième épisode.
Toutefois il ne faut pas mésestimer l'importance de cet interlude qui permet au lecteur de mieux apprécier ce qu'est le Prime Magus, qui a tenu ce rôle auparavant, comment il revient à qui. C'est une sorte d'étape explicative nécessaire, et Galmon se montre particulièrement inspiré visuellement, plus sage dans son découpage, mais avec un style voisin de celui de Campbell.
Puis Campbell reprend le contrôle total de sa série pour les deux derniers épisodes. Enfin pas tout à fait total puisque Andrew Dallhouse va devenir le coloriste de la série à partir de là, et son arrivée va faire un bien fou à tout le monde. Campbell lui aussi va se calmer dans sa narration graphique et surtout en déléguant la colorisation, les épisodes vont sensiblement gagner en lisibilité.
L'aventure qui conduit Zatanna dans la cité cachée des Homo Magi est à peine plus calme que la première avec l'esprit de la peste, mais il est surtout plus digeste, avec l'introduction de nouveaux personnages, un renvoi au passé de la mère de Zatanna, une sous-intrigue politique (qui, à mon avis, n'en restera pas là) et même, à la toute fin, un teaser pour la suite.
C'est véritablement là que Campbell donne sa pleine mesure : en allégeant sa charge de travail, en construisant plus méthodiquement son récit, en dessinant de façon moins débridée, il produit des épisodes mieux charpentés, sans sacrifier ses propres folies. Il est indéniablement dans son élément avec cette série sur une magicienne.
La caractérisation de Zatanna est subtile et ludique à la fois : chaque épisode s'ouvre avec l'héroïne qui brise le quatrième mur et confie à demi-mots quelques astuces sur son job, car si elle est Prime Magus, elle est aussi une showgirl, qui se produit sur scène et qui envisage ses actions comme des numéros. Son intervention dans la cité cachée tient d'ailleurs à sa force de conviction pour rallier à elle ses habitants dont les émotions les plus négatives alimentent un monstre.
Le seul bémol sur cette deuxième partie, c'est la disparition du DEO et de l'agent Di Manes, mais, en même temps, ils n'y auraient pas eu leur place et sans doute que Campbell les ressortira ponctuellement pour contrarier Zatanna dans un champ d'action moins secret qu'une cité cachée de mages et de dragons.
Ce que je retiens surtout et enfin, c'est qu'il me semble avoir vraiment compris le projet et le traitement de Jamal Campbell. Maintenant je suis prêt à relire Zatanna mensuellement. Et il est bien possible que ce cas de figure se répète pour d'autres séries DC Next Level, d'un abord compliqué puis plus abordable une fois qu'on s'est fait à leur style d'écriture.







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