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samedi 10 octobre 2026

MIDNIGHT X-MEN #1 (Jonathan Hickman / Matteo Della Fonte)


Le cardinal Stryker arrive à New York et rencontre dans la cathédrale St. Patrick l'évêque Kurt Wagner à qui il présente l'ordre de mission du Pape de tuer les empyres. Cependant, un groupe d'humains s'aventurent dans une crypte. Du haut de sa tour de guet, Magneto envoie un agent indépendant les sauver...
 

Cette semaine Marvel lançait donc sa nouvelle gamme Midnight, constitué de trois séries (X-Men, Fantastic Four, Spider-Man). Le genre horrifique y est à l'honneur et beaucoup ont interprété cela comme la tentative de l'éditeur de concurrencer la ligne Absolute de DC dont le succès ne faiblit pas. Mais il apparaît que c'est assez différent.


Certes, on pénètre dans un univers alternatif sombre, mais les trois scénaristes à la manoeuvre (Jonathan Hickman, Benjamin Percy, Philip Kennedy Johnson) écrivent trois titres qui ne partagent pas ni les mêmes ambitions ni même forcément le même cadre. Midnight Fantastic Four et Midnight Spider-Man investissent le body horror quand Midnight X-Men s'inscrit dans la veine vampirique.


Par ailleurs, il s'agit moins de proposer des versions augmentées de super héros classiques que de les réinterpréter dans un registre d'épouvante. Pour ma part, j'ai lu les trois, je n'en ai acheté qu'un physiquement et c'est le meilleur du lot à mon humble avis (même si Midnight FF est très bon, mais un cran en deçà tout de même). 


Jonathan Hickman sort de quatre expériences pénibles chez Marvel, au point, comme il l'a expliqué au site AIPT, d'avoir songé à quitter l'éditeur. D'abord il n'a pas pu mener à son terme l'intrigue qu'il avait si brillamment initiée durant l'ère Krakoa des X-Men. Ensuite son projet de relancer la ligne cosmique, avec Imperial, s'est soldé par un échec commercial. Idem pour G.O.D.S. et l'aspect magique. Et pour finir, inexplicablement, Marvel a abrégé la relance de l'univers Ultimate pourtant couronnée de succès.

Le scénariste, champion du world-building et des histoires au long cours (comme en témoignent ses runs sur Fantastic Four et Avengers), était légitimement frustré et a réclamé des garanties pour son nouveau projet. Il semble les avoir obtenu puisqu'il a déjà un plan pour les 36 premiers épisodes de Midnight X-Men !

Mutants et vampires ont un passé en commun et on peut d'ailleurs envisager cette série comme sa prolongation, en forme de What if...? géant. En effet, en 1982, Chris Claremont, Dave Cockrum et Bill Sienkiewicz avaient produit Uncanny X-Men #159 et Uncanny X-Men Annual #6 où la route des héros croisait celle de Dracula avec Tornade au milieu.

Or, Midnight X-Men démarre par une image déjà emblématique où Ororo mord Jean Grey pour en faire une empyre (empyre pour la contraction de mutant/"m" et vampire). On ignore encore si Hickman va ressortir Dracula pour expliquer les origines de sa saga mais en tout cas Storm est introduite comme la reine des empyres.

Ce premier numéro expose de manière elliptique la situation. On est loin d'avoir vu tous les personnages, de connaître toutes leurs connections, de saisir tous les enjeux, mais c'est aussi la marque de Hickman : voilà un auteur qui refuse de mâcher le travail du lecteur, il le laisse à la fois faire des calculs et fantasmer sur la suite.

Kurt Wagner/Diablo est ici un évêque officiant dans la cathédrale St. Patrick de New York et reçoit la visite du cardinal Stryker à qui le Pape a donné toute autorité pour faire la chasse aux suceurs de sang, y compris (surtout) aux anciens amis de Wagner. Lequel s'empresse de prévenir Tornade de la situation, sans que cela l'impressionne, même si la paix armée qui règne dans la ville est fragile.

Magneto, avec ses filles (Scarlet Witch et Polaris), son fils (Quicksilver) et son gendre (Havok), ainsi que ses alliés (le Crapaud et Unus l'intouchable), sont restés des mutants intouchés par l'infection. Toutefois, ils se gardent d'affronter les empyres, mais veillent sur les humains discrètement. Il semble que Cyclope soit l'agent indépendant qui intervient en leur nom parce qu'il ne craint pas de s'impliquer.

Et puis il y a des empyres dont on ignore à qui ils répondent, comme Gambit, Psylocke, Glob, Empath. Sont-ils aux ordres de Tornade ? Sont-ils à leur propre compte ? En tout cas, eux chassent les humains et les mutants pour grossir leurs rangs et se nourrir. Et ils vont trouver Cyclope sur leur route quand ils veulent s'en prendre à une jeune femme, Hope, qui s'avère être une mutante qui s'ignore...

C'est déjà dense, et la pagination de ce n°1 est conséquente (près de 40 pages). Pourtant, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg - RB Silva, qui a designé tout le casting, a fait circulé ses dessins et il y a encore beaucoup de monde qu'on n'a pas vu - et pas des seconds couteaux ! Hickman se défend de vouloir prendre sa revanche sur ce qu'il n'a pas pu terminer sur Krakoa, mais en termes d'ampleur dramatique, on est sur des niveaux déjà comparables.

Même si j'apprécie beaucoup ce que fait Jed MacKay sur X-Men, il faut convenir que Hickman ne boxe pas dans la même catégorie. C'est vraiment un architecte fabuleux qui sait rendre les X-Men imprévisibles, inattendus, et s'emparer d'un genre pour le revivifier. Le dernier scénariste à avoir voulu mixer mutants et vampires, Victor Gischler, était un petit joueur à côté.

Et puis Hickman peut compter sur un artiste à la fois frais et diablement doué avec Matteo Della Fonte (qui avait participé au projet Imperial avec le one-shot consacré à Nova). Il alternera les arcs avec un autre dessinateur que j'adore, Matteo Buffagni (qui avait signé les planches de X-Men #6 écrit par Hickman).

Della Fonte a un style qui évoque Michael Lark et Pepe Larraz, tout en restant éminemment personnel. Voyez les pages qui illustrent cette critique et reconnaissez qu'il a du talent à revendre. Les couleurs d'Arthur Hesli conviennent à merveille à l'ambiance et respectent le trait de l'artiste. C'est un combo gagnant. Et qui correspond vraiment à ce qu'on attend d'un comic book par Hickman.

Somme toute, Midnight X-Men avait l'air d'une idée un peu recuite. Mais par la main d'un auteur génial et d'un artiste investi, c'est un projet mûrement pensé, jusqu'à la couverture qui cache pour mieux intriguer. La meilleure nouvelle de l'année chez Marvel - peut-être même le signe que les choses vont enfin changer, pour le mieux.    

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Ci-dessous, la couverture complète de Dike Ruan :