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samedi 17 octobre 2026

DOOM PATROL #2 (Darcy Van Poelgeest / Niko Henrichon)

1000ème entrée !


Le chef Niles Caulder confie une nouvelle mission à la Doom Patrol qui renflouera leur caisse et épongera leurs dettes à condition qu'elle soit remplie avec discrétion. Il s'agit de délivrer la fille d'un magnat de la tech d'une secte. Ce qu'ignorent les héros et leur mentor, c'est que le chef de ce culte les fait surveiller et s'attend à leur venue...


Pour ce deuxième épisode de Doom Patrol, Darcy Van Poelgeest assume que les lecteurs ont compris comment elle comptait animer la série et ses personnages. Elle entraîne donc tout le monde dans une intrigue qui va se poursuivre au moins sur le prochain épisode (et certainement au-delà, je pense). Mais elle rend indispensable d'avoir lu le premier épisode pour saisir tout ce qu'elle raconte.


La scénariste ouvre d'ailleurs avec le compte-rendu du chef Niles Caulder sur Negative Man dont il a découvert de nouvelles aptitudes. Par exemple, la créature qui habite le corps de Larry Trainor peut désormais matérialiser des objets aperçus dans les souvenirs des individus qu'elle a affrontés (en l'occurrence un chat en peluche vu dans l'esprit de l'extraterrestre du premier épisode).
 

Ensuite, le même chef dissimule à ses patrouilleurs la véritable nature de celle qu'ils doivent sauver de la secte. Il s'agit d'Evelyn, la jeune femme qui l'avait visité précédemment en lui demandant son aide. Cela, ni Elastigirl, ni Robotman, ni Negative Man ne le savent. Ils obéissent à Caulder parce que la mission qu'il leur confie présente d'abord un gros gain financier.


Niko Henrichon soigne les détails : non seulement cette Doom Patrol accepte des boulots peu reluisants mais vit dans un endroit délabré, dont le papier peint se décolle des murs. Ils sont fauchés et endettés jusqu'au cou. Mais ils sont aussi conscients de leur incompétence (après tout, ils ont échoué à ramener le chat de la dame qui les avait engagés).

La série fait donc de la Doom Patrol non seulement une bande de freaks mais aussi de ratés sans le sou. Leur place dans la communauté super héroïque est donc encore plus improbable et c'est cela, d'abord, qui les rend si étrange. Quand ils sont en route pour l'endroit où est retenue Evelyn, ils n'élaborent pas de plan pour remplir leur mission discrètement comme le leur a demandés Caulder, mais se disputent.

Van Poelgeest applique un humour distancié que je trouve très drôle mais dont je conçois qu'il pourra laisser insensible. Tandis que Robotman et Elastigirl se chamaillent, Negative Man sur la banquette arrière de leur van répète "goodgoodgood"... Alors que c'est tout le contraire. Rien ne va, surtout pas le comportement de ses camarades, qui n'ont pas du tout la tête à ce qu'ils doivent faire et comment s'y préparer.

L'immaturité de l'équipe offre à la série un ressort comique savoureux et au récit un ton décalé, comme si, au fond, le lecteur était pris à témoin de leur échec programmé - ou de leur réussite aléatoire. Par contraste, Caulder, plus âgé, secret, manipulateur, considère la situation avec une lassitude non feinte, comme si tout ça lui échappait et qu'il s'en remettait au destin.

C'est ce qui rend Doom Patrol étonnamment attachant. On se prend d'affection pour ces bras cassés parce qu'on leur souhaite quand même de ne pas tomber sur plus fort qu'eux. Mais néanmoins les auteurs ne leur épargnent rien et les montrent pour ce qu'ils sont : des marginaux maladroits, des zinzins, une non équipe. Bref, la norme des personnages du DC Next Level.

samedi 5 septembre 2026

DOOM PATROL #1 (Darcy Van Porlgeest / Niko Henrichon)


Le Chef Niles Caulder, hanté par un cauchemar récurrent, accepte de venir en aide à une jeune femme prénommée Evelyn, même si cela risque de tuer la Doom Patrol. Les membres de l'équipe - Elasti-Girl, Robotman et Negative Man - louent leurs services et doivent retrouver le chat d'une vieille dame, convaincue qu'il a été enlevé par des extraterrestres...


Dix ans après Gerald Way et Nick Derington et trois après Dennis Culver et Chris Burnham, Doom Patrol revient dans le cadre de DC Next Level, l'initiative de l'éditeur pour relancer des séries dont le public forme une niche peu fournie mais fidèle. Mais cette fois-ci, DC a décidé d'y croire en lançant une série régulière.


Depuis sa création par Arnold Drake et Bruno Premiani en 1964, la Doom Patrol est comparée aux X-Men de Marvel : il s'agit de freaks dans le milieu des super héros, avec un mentor en chaise roulante, et leur premier scénariste travailla aussi sur les mutants de la concurrence. Mais comparaison n'est pas raison et la Doom Patrol est en vérité bien différente des X-Men.


Revivifiée par Grant Morrison en 1987, la série est devenue l'archétype de la bizarrerie avec des histoires surréalistes et des héros atypiques, des créatures brisées par le destin : un coureur automobile dont seul le cerveau a pu être sauvé dans la carcasse d'un robot, un pilote de l'US Air Force qui est l'hôte d'un alien et une actrice intoxiquée par des vapeurs en pleine jungle aux membres extensibles.


C'est à ce drôle de groupe que Darcy Van Poelgeest, scénariste et cinéaste devenu auteur de comics, doit donner un nouvel élan. Et il semble avoir parfaitement cerné ces personnages qu'il place, sans tarder, dans des situations loufoques, extravagantes, avec un don certain pour accrocher l'intérêt du lecteur en quête de sensations inédites.

Larry Trainor, Rita Farr et Cliff Steele louent leurs services, à la manière des Heroes for Hire de Marvel, mais pour des missions peu gratifiantes comme retrouver le chaton d'une vieille dame timbrée qui croit son animal enlevé par des aliens. Problème : le minou est mort. Alors, pour ne pas briser le coeur de leur cliente (et qu'elle les paye), ils s'arrêtent à une animalerie pour en acheter un qui lui ressemble.

Je vous laisse découvrir si la mémé avait raison ou si elle est complètement givrée, mais il se dégage des pages, somptueusement dessinées par le génial et trop rare Niko Henrichon (canadien comme Van Poelgeest), une mélancolie assez poignante sous la comédie loufoque et les scènes absurdes de ce premier épisode.

Si vous aimez lire des comics qui ne ressemblent à rien de ce qui se fait habituellement, alors Doom Patrol est pour vous - ça l'a toujours été, mais cette itération autant que ses prédécesseurs. Le scénario glisse un subplot en relation avec le "chef" Niles Caulder qui cauchemarde au sujet d'une jeune femme qui le tue mais qu'il accepte d'aider... Même si cela risque de coûter la vie à la Doom Patrol.

Si j'ai apprécié les planches de Henrichon, nul doute que ce ne sera pas le cas de tous : l'artiste a souvent changé de style depuis le succès de Pride of Baghdad et désormais il privilégie un trait généreux en hachures, en assumant aussi la colorisation. Ce n'est donc pas forcément très beau, très joli, mais c'est juste, c'est approprié pour traduire visuellement la folie d'une telle bande dessinée, avec ses protagonistes cabossés.

Surtout, cette Doom Patrol entre parfaitement dans le "cahier des charges" du DC Next Level, qui ambitionne d'être à la croisée des mondes, entre comics indés et mainstream, projetant la lumière sur des héros moins populaires de l'éditeur. Et qu'un major comme DC ose cela est un miracle toujours aussi épatant.