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mardi 18 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 3 : 1666 (Leigh Janiak, 2021)


1666. Sarah Fier, son père George et son frère cadet Henry vivent à Union, la colonie unique qui deviendra Sunnyvale et Shadyside. Dans la forêt voisine habitent la veuve Marie chez qui Sarah trouve un grimoire et Solomon Goode qui cultive sa propre parcelle de terrain. Le soir venu, le village festoie mais Sarah et ses amis, Hannah, Abigail, Lizzie et Isaac se tiennent en retrait. Sarah et Hannah s'isolent pour s'embrasser et s'enlacer.


Le lendemain, des phénomènes inquiétants bouleversent cette communauté : l''eau du puits est imbuvable, les animaux deviennent fous, les fruits et légumes pourrissent. Il ne faut pas longtemps pour qu'on parle de sorcellerie et les soupçons se dirigent vers Sarah et Hannah dont les étreintes ont été aperçues par un des villageois. Hannah est capturée mais Sarah se réfugie chez Solomon chez qui elle fait une découverte choquante...
 

1994. Deena Johnson a découvert la vérité sur la malédiction qui frappe Shadyside depuis des siècles et la responsable n'est pas Sarah Fier. Pour sauver l'âme possédée de Samantha et la ville, elle convainc Cindy Berman et Josh de tendre un piège au véritable coupable de tous ces maux en l'attirant au Shadyside Mall...


La trilogie Fear Street s'achève donc avec ce volet situé en 1666 mais aussi à la seconde partie du chapitre situé en 1994. En fait, vous l'aurez compris, il y a deux films en un, chacun d'une durée équivalente (55'), et ce final est magistralement orchestré par Leigh Janiak et ses deux co-scénaristes Phil Graziadei et Kate Trefry qui ont adapté le roman de R. L. Stine.


A la fin du précédent film, 1978, l'esprit de Deena Johnson remontait le temps jusqu'au XVIIème siècle et c'est donc dans le corps de Sarah Fier qu'elle découvre les origines de Union, village qui sera plus tard scindé en deux communes, Sunnyvale et Shadyside. Y vivent des pélerins mais aussi une veuve versée dans la magie et un ermite, ami de Sarah.
 

On sait alors que Sarah Fier, dont le nom a hanté les récits de cette trilogie, n'était pas la sorcière ayant jeté un sort comme on le pensait. Sans rien spoiler, le véritable coupable de cette malédiction est un citoyen au-dessus de tout soupçon depuis le début, qui a vendu le village au diable en échange de la prospérité pour lui et les siens.
  

Depuis chaque premier né de sa famille a répété le même rituel satanique afin de préserver cet état de fait, condamnant Shadyside à la misère et Sunnyvale à l'ascension sociale. On découvre dans quelles horribles circonstances une innocente a été sacrifiée au nom de superstitions d'un autre temps et le film montre de manière expéditive mais efficace comment une microsociété devient folle quand quelques-uns désignent un bouc émissaire facile.

Dans cette partie 1666, la chasse à la sorcière dénonce le fascisme et la misogynie, la théocratie et le radicalisme religieux. Tout va très vite et cela souligne à quel point la brutalité d'un tel procès traverse les âges. A sa manière, sans doute simpliste, Fear Street se fait l'écho de ce qui se passe encore aujourd'hui dans certaines parties du monde où l'intégrisme remplace tout autre forme de régime et où les femmes sont les premières victimes.

Puis, donc, à mi-chemin, nous revenons au présent, ou du moins en 1994, la temporalité du premier opus. Et Leigh Janiak ne décélère pas : la forme est plus classique mais pas moins jubilatoire. On sait que le sang de Deena est un appât redoutable et l'usage qui en est fait est très ingénieux, tirant certaines scènes vers la comédie noire.

Toutefois la réalisatrice n'oublie pas qu'elle dirige une histoire d'épouvante et elle s'emploie à nous faire sursauter plus d'une fois, revisitant les décors qu'elle nous avait présentés précédemment, comme l'arbre auquel fut pendue Sarah Fier et qui trône désormais au centre du Shadyside Mall, la grotte qui se trouvait sous le camp Nightwing en 1978 et qui est maintenant sous cette grande surface, le grimoire de la veuve Marie, etc.

Les tueurs possédés croyait-on par Sarah Fier refont un dernier tour de piste et, là encore, le scénario trouve un moyen épatant de les neutraliser tout en conservant leur pouvoir terrorisant. Jusqu'au bout on tremble pour Deena, Samantha, Cindy, Josh. Leur adversaire est coriace, prêt à défendre ce qu'il a si chèrement acquis et prolongé. C'est un régal, une conclusion en beauté après un excellent premier épisode, et un deuxième un peu en deçà.

Les acteurs du triptyque reviennent incarner les ancêtres de leurs personnages : Sadie Sink, Emily Rudd, Julia Rehwald, Simon Hechinger, Benjamin Flores Jr., Olivia Scott Welch, Kiana Madeira, avant que les trois derniers n'affrontent aux côtés de Gillian Jacobs leur ennemi commun. Cette série de films a rassemblé une vraie troupe de jeunes comédiens très prometteurs.

Est-ce vraiment la fin ? Pas vraiment. Netflix n'a pas résisté à produire un quatrième long métrage, sous-titré Prom Queen, mais sans Leigh Janiak aux commandes, et pour un résultat vraiment très inférieur à la trilogie (même si, encore une fois, on y trouve de jeunes interprètes, surtout féminines, impeccables, comme India Fowler ou Ella Rubin). Si ça me prend, je vous en parlerai... Mais on peut se contenter des trois premiers Fear Street.

lundi 17 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 2 : 1978 (Leigh Janiak, 2021)


Deena et Josh Johnson se rendent chez Cindy Berman, survivante du massacre au camp Nightwing en 1978, pour leur demander de les aider avec Samantha, possédée par la sorcière Sarah Fier.  Elle leur raconte son expérience traumatisante au cours de laquelle sa soeur Ziggy et elle ont assistée 16 ans plus tôt dans cette colonie de vacances sur le terrain de laquelle a depuis été construit le Shadyside Mall.


Tout opposait Cindy et Ziggy : la première rêvait d'appartenir à la bonne société de Sunnyvale et fréquentait Tommy qui était prêt à attendre qu'elle décide quand elle perdrait sa virginité avec lui ; la seconde ne croyait déjà plus à la possibilité de s'extraire de leur milieu social et était harcelée par les riches enfants de Sunnyvale qui la traitait de sorcière et l'accusait de voler leur argent de poche. Pourtant Ziggy avait un allié en la personne du jeune Nick Goode.
 

Le soir venu, Alice, l'amie de soeurs Berman, et son petit copain Arnie décidaient de fausser compagnie aux autres campeurs pour trouver la tombe de Sarah Fier. Juste avant cela, l'infirmière du camp, Mrs. Lane, avait agressé Tommy et Cindy en voulant les tuer pour rompre la malédiction de la sorcière. Blessé à la tête, Tommy qui suivait Alice et Arnie avec Cindy devenait de plus en plus bizarre...


Ce deuxième volet du triptyque Fear Street adapté des romans de R. L. Stine par Leigh Janiak et son co-scénariste Zak Olkiewicz remonte donc le temps 16 ans avant les événements relatés dans le premier film situé en 1994. Il revient sur le massacre du camp Nightwing auquel à survécu Cindy Berman à qui Deena et Josh Johnson rendaient visite à la fin du premier long métrage pour qu'elle les aide à sauver Samantha.


Ce qui est étonnant avec ce deuxième chapitre, c'est à quel point il est à la fois convenu, référencé (Vendredi 13) et malgré tout entraînant. Janiak fait tout pour que le spectateur se sente en territoire connu mais s'emploie à brouiller les pistes, pour arriver, lors du dénouement, à un double twist concernant Cindy Berman mais aussi Deena Johnson.


Ce qui est familier et même revu, c'est à quel point Fear Street : 1978 reprend les codes du slasher movie. Cette fois, on a droit à un tueur complètement fou qui trucide une quantité impressionnante de victimes avec une hache. L'effet est d'autant plus choquant que ses cibles sont des enfants ou des adolescents et qu'il agit avec une précision et une brutalité absolues.


Le premier film détournait ces codes-là en resserrant l'intrigue autour des cinq protagonistes alors qu'ici tout est mis en place pour un véritable carnage dans ce camp de vacances où les enfants de Shadyside et Sunnyvale pensent passer un bon moment loin de leurs parents, et des adultes en général. On se demande même un peu comment cette intrigue va se lier à celle de la sorcière Sarah Fier.

Le récit met un certain temps à démarrer comme si Janiak ne savait pas trop comment s'y prendre pour à la fois exposer les personnages principaux, le cadre de l'action et le début des tueries. Il faut le dire : c'est laborieux. D'autant qu'il n'y avait pas besoin de s'attarder autant sur les différends entre les deux soeurs Berman, la haine entre les gosses de riches et les plus pauvres, le gouffre social entre leurs deux villes.

Mais une fois que c'est parti, la film prend son envol et l'histoire ne vous lâche plus. On a une grotte dans laquelle Cindy et Alice tournent en rond avant de comprendre comment atteindre à nouveau le coeur du campement, les recherches affolées des moniteurs et de Ziggy pour mettre à l'abri les enfants restés dehors, les meurtres sauvages du tueur...

Le souci, c'est que l'ensemble, s'il demeure efficace, est nettement plus classique. Le spectateur attend surtout de savoir ce que les souvenirs de Cindy vont apporter à cette affaire de malédiction ancestrale et si/et comment cela pourra aider Deena et Josh vis-à-vis de Samantha. En fin de compte, Fear Street : 1978 souffre du mal récurrent des deuxièmes épisodes : il est moins bon que le premier et se justifie surtout comme passage transitoire vers le troisième.

Malgré tout, s'il y a un bon point incontestable à retenir ici, c'est la qualité de l'interprétation que, pour ma part, j'ai trouvée supérieure au premier volet. Les deux soeurs jouées par Emily Rudd (vue depuis dans l'adaptation du manga One Piece sur Netflix) et Sadie Sink (révélée par Stranger Things, actuellement visible dans Spider-Man : Brand New Day, et en 2028 dans X-Men) sont excellentes.

Sink hérite du rôle le plus "payant" avec son personnage de frangine rebelle et énergique, alors que Rudd a davantage tendance à jouer en réaction. Le tueur incarné par McCabe Slye manque de charisme. Contrairement à Ryan Simpkins qui campe de façon touchante Alice, cette jeune junkie. Le futur shérif Nick Goode (vu dans 1994) est ici incarné par Ted Sutherland.

On retrouve au début et à la fin Kiana Madeira et Benjamin Flores Jr. ainsi que Gillian Jacobs. Le prochain chapitre, 1666, verra tout ce beau monde réuni dans le passé lointain, à l'origine de la malédiction. On en reparle, sauf imprévu, demain...

dimanche 16 août 2026

FEAR STREET, PARTIE 1 : 1994 (Leigh Janiak, 2021)


Heather, employée d'une librairie au Shadyside Mall, ferme boutique lorsqu'elle est tuée sauvagement par son ami Ryan Torres, déguisé à la manière du tueur Skull Face, avant que lui-même ne soit abattu par le shérif Nick Goode. Les médias couvrent l'affaire en soulignant la misère de Shadyside, surnommé "Shittyside", et la prospérité de sa voisine, Sunnyvale. Les ados du coin croient qu'une malédiction plane sur l'endroit depuis la mort de Sarah Fier, condamnée pour sorcellerie en 1666.


Deena Johnson n'y croit pas : elle est trop en colère pour ça depuis sa rupture avec Samantha, partie vivre à Sunnyvale avec sa mère divorcée. Son frère, Josh, se passionne lui pour la mythologie de ShadySide, et ses amis, Kate et Simon, vendent de la drogue en espérant économiser assez d'argent pour partir vivre ailleurs. Lors de la veillée en mémoire de Sarah, une bagarre éclate entre les élèves des deux villes et Peter, le petit ami de Samantha, poursuit ensuite le bus scolaire de Shadyside.


En lui jetant une glacière, Deena fait sortir de route la voiture de Peter. Sonnée, Samantha s'en extrait, avec le nez qui saigne. Elle l'ignore encore mais cela va déclencher une nuit de terreur pour elle, Deena, Josh, Kate et Simon. Et si finalement cette histoire de malédiction était vraie ?


Fear Street est à l'origine une série de romans écrite par R.L. Stine, le "Stephen King des enfants" comme il se surnomme lui-même. Le projet de l'adapter remonte à 1997 mais ce n'est qu'en 2018 que cela se concrétise grâce à Netflix et la réalisatrice Leigh Janiak. La plateforme de streaming a l'idée imparable de sortir les trois films à une semaine d'intervalle chacun. 


Mais surtout le coup de génie, c'est d'avoir surfé sur la vague des séries d'horreur/fantastique dont le succès était grandissant - cf. Stranger Things. Comme pour le feuilleton des frères Duffer, la production s'appuie sur un récit efficace et un casting d'acteurs en devenir, tout en établissant une mythologie que les trois films explorent à rebours (après 1994, on ira en 1978 puis en 1666).


Au début, on est en terrain familier, tous les quotas sont respectés : la romance lesbienne, le geek afro-américain, la sorcière, les tueurs aux identités et aux looks très marqués, des références cinéma à gogo (Shining, Poltergeist, Les Dents de la Mer), le shérif qui doute puis croit les ados... C'est presque too much.


Mais ce qui fait la différence, c'est le soin avec lequel Janiak traite ses héros : elle a à coeur avec son co-scénariste Phil Graziadei de dépasser les clichés, le cahier des charges. Elle les dote de caractères forts, leur consacre un arc narratif chacun. Idem pour le décor entre la luxueuse Sunnyvale et la décrépie Shadyside.

Même dans le cas de seconds rôles comme Kate et Simon, les petits dealers, leur comportement coupable trouve une justification acceptable dans la mesure où, derrière le cynisme de leur commerce, il y a une volonté de s'extraire d'un endroit qui n'a rien à leur offrir de bon. La relation saphique entre Deena et Samantha est elle aussi abordée sans lourdeur, de manière pudique, sensible, sans romantisme excessif.

Et puis enfin et surtout le film ne manque pas d'humour : s'il exploite le genre avec application, il se permet des touches d'ironie bienvenues comme quand, dans son dernier acte, comprenant qu'il faut un sacrifice pour en finir avec la malédiction, on nous répète qu'il faut que quelqu'un meurt mais qu'on le ramènera à la vie ensuite, comme s'il s'agissait là d'une opération banale.

Pour une histoire horrifique, Fear Street : 1994 a aussi le bon goût de ne pas abuser des massacres. On n'assiste pas une succession de morts affreuses, complaisamment filmée pour satisfaire le fan du genre. Certes, il y a quelques décès sanguinolents, mais circonscris et qui touche uniquement des personnages auxquels on a eu le temps de s'attacher (ou dont on n'avait rien à faire).

C'est sans prétention mais très bien fichu et on a envie de découvrir ce qui s'est passé au camp Nightwing en 1978 et lors du procès en sorcellerie de Sarah Fier en 1666. C'est aussi grâce aux acteurs, des inconnus mais qui jouent parfaitement, sans en faire des caisses : au premier rang desquels on trouve Kiana Madeira (Deena) et Olivia Scott Welch (Samantha).

Maya Hawke, justement en provenance de Stranger Things, est celle par qui tout commence. Et Gillian Jacobs (Community) apparaît dans une scène post-générique de fin pour donner un avant-goût du prochain chapitre (où son rôle sera joué, plus jeune, par Sadie Sink, encore une des actrices de Stranger Things).

Ne vous étonnez donc pas si demain et après-demain, sauf imprévu, je consacre mes deux critiques suivants à la suite et fin de cette trilogie.