dimanche 1 novembre 2026

VERITY (Michael Showalter, 2026)


Lowen Ashleigh est une jeune écrivain dont la carrière ne décolle pas jusqu'au jour où son agent lui décroche un rendez-vous avec une grosse maison d'édition. On lui propose de terminer le roman de Verity Crawford, empêchée pour des raisons de santé. Elle hésite mais le mari de l'auteur, Jeremy, la motive à accepter car il lui révèle que son épouse avait adoré son dernier livre. Lowen part donc dans le Vermont s'installer quelque temps chez les Crawford.


Sur place, elle découvre que les Crawford ont un petit garçon, Crew, et que Verity est dans un état plus sérieux qu'elle ne le pensait : elle est catatonique et paralysée après un accident de voiture. Jeremy explique que les médecins pensent qu'elle ne s'en remettra jamais. Pour ne rien arranger, ce malheur a succédé à un précédent puisque la soeur jumelle de Crew s'est noyée dans un accident de canoë. Lowen commence à se mettre au travail en rassemblant les notes de Verity.


Elle découvre par hasard sur une clé USB un manuscrit autobiographique glaçant où la romancière explique qu'après avoir accouché, elle craignait que Jeremy la néglige et elle a alors commencé à être obsédée à l'idée de tuer ses jumeaux. C'est en fait elle qui a provoqué la noyade de sa propre fille ! Bouleversée et dégoûtée, Lowen se rapproche de plus en plus de Jeremy qui a tout lâché pour sa femme mais qui est lui aussi attiré par son invitée...


Verity est l'adaptation d'un best-seller écrit par Colleen Hoover. L'intrigue semble provenir d'une autre époque, disons la fin des années 80-début des années 90, quand les thrillers sexy pullulaient sur les écrans, avec en haut de la pile Basic Instinct et son héroïne sulfureuse, Catherine Trammell, qui rédigeait des fictions ressemblant étrangement aux meurtres commis par une tueuse avec un pic à glace.


Avec le recul que permettent les années, une romancière comme Colleen Hoover peut revisiter ce genre en lui injectant une part de commentaire méta textuel. C'est ainsi que Verity devient une étude sur la part de ténèbres qu'il faut à un auteur pour imaginer des récits criminels atroces. Est-ce le pur fruit de son esprit ? Ou y a-t-il une part de fantasmes transcendés par l'écriture ?


Verity Crawford apparaît d'abord à Lowen Ashleigh comme ce que, elle, n'est pas : un auteur à succès, mariée à un bel homme, mère aimante, adulée. Mais cette image se trouble rapidement quand elle découvre l'état de Verity, devenue paralysée et catatonique après un accident de voiture, qui était peut-être une tentative de suicide après la noyade de sa fille.


Lorsqu'elle tombe sur un manuscrit à la première personne caché par Verity, Lowen doit encaisser un nouvel aspect de cela encore plus dérangeant : amante passionnée et possessive, Verity n'aurait pas supporter sa maternité, craignant que son mari ne finisse pas lui préférer leurs enfants, au point d'avoir voulu s'en débarrasser en maquillant leur meurtre en accident.

Jeremy, le mari, est un homme brisé par les drames successifs et rapprochés qu'il vit. Il ne travaille plus pour se consacrer exclusivement à sa femme et à leur petit garçon. L'argent que rapportent les romans de Verity lui permet de payer une infirmière à domicile. Comme Lowen, qui vient de perdre sa mère, il ne s'appartient plus et cherche discrètement dans cette compagnie des réponses.

Lowen est belle et attentionnée, Jeremy est beau et inconsolable, et c'est donc très logiquement qu'une attirance mutuelle les rapproche. S'opère une sorte de transfert quand Jeremy invite Lowen à dîner en ville et l'autorise à choisir une robe de soirée dans le dressing de sa femme. Lowen jette son dévolu sur la robe que portait Verity quand elle rencontra Jeremy.

Le scénario de Nick Ancosta joue adroitement avec tous ces motifs, paraît-il même mieux que dans le roman, notamment quand Lowen croit que Verity simule son état et l'épie, y compris lors d'une étreinte avec Jeremy. La jeune femme est-elle en train de perdre la tête dans cette grande maison isolée ? Alors qu'elle se masturbe dans son bain, elle fantasme qu'elle embrasse Jeremy puis Verity.

A plusieurs reprises, les trois personnages sont tâchés de sang : au tout début, alors qu'elle se rend chez l'éditeur, Lowen assiste à la collision d'un cycliste et d'un automobiliste ; puis dans un flashback Verity mord la lèvre de son mari alors qu'ils font l'amour ; et quand Lowen croit embrasser Verity celle-ci la mord de la même manière. Ce sang signifie symboliquement que tous les trois sont des vampires.

Pas au sens littéral, mais au figuré : chacun d'eux suce le sang des autres. Lowen veut la vie rêvée de Verity, Verity veut la vie de Jeremy, Jeremy veut la vie avec Lowen. Aucun des trois n'est un innocent. Verity n'est pas un monstre, pas plus que Jeremy n'est un saint, ou Lowen une gentille fille. C'est ce qui sauve le film des clichés et le rend savoureusement ambigu.

On pourra regretter que la réalisation de Michael Showalter n'aient pas osé aller plus loin souvent, ou moins loin parfois. Par exemple, la voix off de Lowen est inutile et ne se manifeste que par intermittence, comme si au montage on s'était aperçu qu'elle était superflu. A contrario, la confrontation finale avec Verity aurait mérité plus d'intensité.

Mais le vrai bémol du film concerne sa fin et son épilogue qui escamotent complètement un personnage totalement sous exploité, celui de l'infirmière, dont la présence aurait dû suffire pourtant à compliquer sérieusement les agissements de Lowen et Jeremy mais qui ont été complètement oubliés. C'est dommage mais parfois les scénaristes, comme les romanciers, ne sont pas assez attentifs.

Le casting est limité dans la mesure où l'essentiel du film est un huis clos dans la maison des Crawford. Anne Hathaway est souvent à son meilleur quand elle est face à une autre actrice qui la challenge (voir Mother Mary, Mother's Instinct, Eileen ) et aussi quand elle s'amuse avec son image de "fiancée de l'Amérique". Ici, elle est une fois encore magistrale avec cette partition sur le fil.

Dakota Johnson, aussi, se joue de son image, mais d'une manière différente, en assumant son image de fille séduisante mais perdue depuis la saga 50 nuances.... Ici, en ghostwriter envieuse, elle est parfaite, évoluant sur la corde raide de la fan qui découvre avec effroi et dégoût celle qui était son modèle littéraire.

Enfin, Josh Hartnett est excellent en mari laminé par les épreuves. Ce comédien qui a fui les blockbusters à ses débuts, fait depuis peu un retour fracassant, imposant sa maturité, et déployant des interprétations ambivalentes.

Verity, à l'image du double sens de son titre (le prénom de l'héroïne et la vérité comme notion subjective, est un épatant petit thriller, qui en outre est un succès supplémentaire dans l'année Anne Hathaway (après la suite du Diable s'habille en Prada, Mother Mary, L'Odyssée, La Fin de Oak Street).