Renvoyé de l'université où il enseignait, Reed Richards peut à nouveau profiter des équipements de l'établissement grâce à la complicité de son assistant, Victor, qui l'y fait pénétrer la nuit venue. Mais une expérience se passe mal et conduit Reed en prison. Sue Storm l'en sort et l'emmène dans son complexe scientifique où elle compte sur lui pour ouvrir le portail menant à la zone négative...
Deuxième des trois titres lancés dans cette ligne Midnight, la série écrite par Benjamin Percy étonne d'abord par son approche classique. La narration s'avère décompressée dans la mesure où à la fin de ce premier épisode les héros n'ont toujours pas acquis leurs pouvoirs. Non, la différence se fait surtout dans la caractérisation et l'environnement.
Percy aime bien les personnages cabossés ou qu'il contribue à casser. Il est donc logique que son Reed Richards soit introduit comme un toxicomane se bourrant de pilules pour rester le plus longtemps éveillé, au risque d'être la proie d'hallucinations très étranges et cauchemardesques. On comprend alors que les Fantastic Four sont déjà des individus brisés avant même d'acquérir leurs pouvoirs.
Richards a ainsi pratiquement détruit Victor von Fatalis lors d'une expérience, il n'est pas seulement défiguré, mais réduit à l'état de créature complètement brûlé que sa mère promet de soigner pour mieux se venger de celui qui lui a infligé cette condition. Et ce n'est guère mieux du côté de Sue et Johnny Storm ou de Ben Grimm.
Dans ce cadre, Ben Grimm n'est pas l'ami de Richards, mais le garde du corps taciturne et brutal de Sue, tandis que Johnny joue le rôle du pilote de la fusée conçue par sa soeur et qui a explosé en plein vol, sectionnant les deux jambes de son frère. Mais au juste que devait atteindre cette fusée ? C'est l'autre partie particulière de cet épisode.
Percy s'inspire visiblement de H.P. Lovecraft dans la manière qu'il a de figurer la zone négative. Certes, dans l'univers 616, ce n'est pas un endroit très hospitalier non plus, mais là, ce qu'on en voit est à la fois plus bizarre, monstrueux et divin. C'est une dimension peuplée par un panthéon noir, de créatures à la Cthulhu.
Envisager les FF comme des explorateurs, c'est respecter à la lettre ce qu'ils sont, puisqu'ils furent, pour Stan Lee et Jack Kirby, une variation des Challengers de l'inconnu de DC. Les établir dans des rôles d'aventuriers d'un territoire menaçant mais surtout d'un collectif en quête de rachat tout en étant à la fois visionnaires et têts brûlées, c'est à peine plus effrayant.
Percy va sans doute creuser ce qui hante ces personnages et les confronter à des démons intérieurs et extérieurs. Quant à Fatalis, il pourrait être plus que jamais le fantôme le plus terrifiant qu'on ait vu depuis longtemps. L'épisode promet sans trop révolutionner, comme si le scénario gardait ses meilleures munitions pour plus tard. Et, en cela, cette version rappelle (beaucoup) Ultimate Fantastic Four.
Là où le projet prend une dimension savoureuse et grotesquement sombre, c'est par la voie des dessins de Kev Walker qui était tout désigner pour cet univers. Echappant au réalisme, l'artiste peut souligner les aspects les plus étranges et malaisants du script tout en s'appuyant sur un découpage que n'aurait pas renié Kirby, avec peu de cases par pages et des personnages dont les traits trahissent la folie.
Comme Arthur Hesli sur Midnight X-Men, la colorisation de Frank d'Armata est impeccable pour cette série et contribue grandement à la réussite de l'ambiance recherchée.
Si Fantastic Four de Ryan North ne m'a pas emballé, Midnight Fantastic Four avance avec des arguments que je trouve plus accrocheurs. Et l'on se dit, encore une fois, que cette ligne de comics est finalement bien pensée, au-delà de la simple accroche fantastico-horrifique.
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Ci-dessous, la couverture complète de Kev Walker :





