Dans la luxueuse villa de la célèbre artiste contemporaine Erika Tracy, son amant, Elliot, la découvre inanimée dans sa piscine... Neuf semaines et demie plus tôt, elle l'engageait comme assistant dans son atelier, un boulot qui lui lui permettait enfin de pouvoir payer sa part du loyer de l'appartement qu'il partageait avec sa meilleure amie Apple.
Elliot, qui doit subir les refus répétés de sa petite amie Minerva au lit, fantasme sur Erika lorsque celle-ci le convoque dans son bureau pour lui proposer une relation uniquement sexuelle et sadomasochiste, où elle sera la dominatrice et lui le soumis. Malgré la mise en garde du manager Vikktor et de son collègue Zap, Elliot ne résiste pas et se laisse entraîner dans une liaison qui devient de plus en plus farfelue.
Ainsi accepte-t-il d'aller voir Yvette, une amie française d'Erika, de passage à Los Angeles pour coucher avec elle en guise de cadeau d'anniversaire (pour elle), mais elle le repousse en lui reprochant de privilégier la performance sexuelle à l'érotisme. Ou encore invite-t-il Apple à un plan à trois avec Erika, stressée par le vernissage imminent de sa prochaine exposition...
Le titre du film renvoie à un célèbre tube de George Michael qui fit scandale en son temps - et peut-être à nouveau aujourd'hui où un certain puritanisme est de retour sous l'influence des mouvements néo féministes peu réputés pour leur sens de l'humour. Or, c'est bien une comédie à laquelle Gregg Araki nous invite et elle est très drôle. Même si elle n'est pas que drôle.
Le cinéma d'Araki se reconnaît facilement avec sa palette criarde et ses thématiques récurrents sur le monde queer, depuis qu'il s'est fait un nom dans les années 90 avec sa "teenage apocalypse trilogy" (Totally fucked up/The doom generation/Nowhere). Il lui faudra du temps pour être apprécié pour autre chose et c'est sa splendide adaptation de White Bird d'après Laura Kasischke qui s'en chargea.
Depuis Araki n'avait plus tourné pour le cinéma, se consacrant à la télé. Il revient donc avec cette comédie burlesque mais plus adulte qui revient sur ses terres de prédilection tout en osant aller plus loin qu'une simple revisite. Il est donc question d'une relation toxique dans une histoire bourrée de références.
Et ce, dès le début, avec un plan d'ouverture qui cite Boulevard du crépuscule de Billy Wilder avant un retour en arrière de "Neuf semaines et demie" (cf. le film cu-culte d'Adrian Lyne). On suit donc les mésaventures d'un jeune homme, Elliot, sans ambition ni charisme, qui est en couple avec une mégère et squatte chez sa meilleure amie.
Jusqu'à ce qu'il décroche, à sa grande surprise, un job chez Erika Tracy, une artiste contemporaine réputée pour ses oeuvres avant-gardistes et sexuellement explicites. C'est une sorte de mix entre Norma Desmond (l'héroïne pathétique du chef d'oeuvre de Billy Wilder) et Madonna (pour son look cuir), qui ne tarde pas à voir en sa recrue celui qu'elle pourra dominer dans une liaison sexuelle consentie.
Si dans un premier temps Elliot se prête aux lubies de sa patronne, qui lui fait porter de la lingerie féminine, le fait ramper comme un toutou, lui donne la fessée et lui glisse un godemiché dans l'anus, il devient évident qu'il nourrit pour elle des sentiments plus amoureux alors même que leur accord tacite état qu'ils ne formeraient jamais un couple.
Le film glisse sur la toxicité de ces rapports et le manque d'éthique d'Erika. Non par lâcheté mais parce que Elliot ne le vit pas comme une contrainte : il est prêt à continuer à être soumis à cette maîtresse, d'autant plus quand il rompt avec Minerva, mais souhaite juste que cela devienne plus affectueux, plus tendre, plus intime.
Elliot fait penser à Dustin Hoffman dans Le Lauréat : c'est une sorte d'ado attardé qui découvre l'intensité d'une relation à sens unique. Mrs. Robinson est remplacée par une dominatrice excentrique mais au fond elle l'aime parce que c'est une sorte de gros nounours facile à domestiquer, à combler sexuellement.
Puis dans son dernier tiers, après avoir avalé quelques couleuvres, Elliot voit son existence basculer. Le film vire au quasi polar comme White Bird avec le mystère entourant la disparition de la mère de l'héroïne. Ici, néanmoins, pas de twist macabre : Araki a voulu rester léger, malicieux, en se moquant du monde de l'art contemporain où un mort devient plus vendeur qu'un vivant.
C'est aussi l'histoire d'une double émancipation qu'on découvre dans l'épilogue (le double épilogue) du film qui dévoile ce que sont devenus Elliot et Erika deux ans après puis deux ans encore plus tard. Ils restent attirés l'un par l'autre, jusque dans leurs rêves (ou cauchemars, c'est selon), tout en ayant dépassé ce qui les avait rapprochés initialement. Peut-être sont-ils tout simplement devenus adultes ?
Araki reste ambigu à ce sujet, comme s'il suggérait que l'âge adulte était surtout un âge où l'on devenait plus conformiste, plus normal, plus banal. Et on peut volontiers deviner une certaine mélancolie tardive dans le souvenir d'une liaison qui était certes peu conventionnelle, abusive à bien des égards, mais aussi plus enjouée, qui se fichait du qu'en-dira-t-on.
Le cinéaste, qui a co-écrit le script avec Karley Sciortino, avait d'abord prévu de raconter l'intrigue du point de vue d'une jeune femme ayant une relation avec son patron plus âgé. Et c'est en pensant à Olivia Wilde qu'il a inversé la donne : l'actrice-réalisatrice est extraordinaire dans ce rôle où elle donne tout, sans fausse pudeur, surjouant juste ce qu'il faut la provocation et le pathétique.
Face à elle Cooper Hoffman a une partition très acrobatique à jouer et il s'en sort magistralement, n'ayant jamais peur du ridicule tout en étant souvent touchant. A ses côtés on remarque Chase Sui Wonders, la géniale révélation de la série The Studio, drôlissime. Charlie XCX interprète l'horrible Minerva avec beaucoup d'aplomb. Et Roxane Mesquida, égérie de Araki, est sublime le temps d'une scène mémorable.
I Want Your Sex ne doit donc pas être résumé à son titre : c'est un film extrêmement drôle, rythmé (en 90' c'est plié) et au final plus attachant que prévu.







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