10 Juillet 1982. Denise Platt, romancière en herbe, vit avec son mari Greg et leurs deux enfants, Audrey et Brian, plus leur chien Starbuck dans Oak Street à Flowervale, Michigan. Leur couple est en crise : elle songe à divorcer tandis que lui cache qu'il a été renvoyé de son boulot et gagne sa vie en livrant des pizzas. Alors qu'il prépare des grillades, elle se rend chez sa voisine, Mme Huddleston, pour qu'elle lui donne son avis sur le premier jet de son manuscrit. Les enfants sentent que leurs parents se s'aiment plus.
Alors qu'à la radio on parle d'une augmentation de l'activité des éruptions solaires, la nuit venue, un orage éclate et une lumière aveuglante jaillit dans le quartier. Starbuck, affolé, s'enfuit alors que l'électricité est coupée. Le lendemain matin, Greg et Denise partent à la recherche de leur chien et découvrent que le quartier est encerclé par une végétation luxuriante mais surtout qu'il est littéralement séparé du reste de la ville. Pire : des dinosaures surgissent, chassant et tuant les habitants.
La famille Platt se barricade chez elle et Audrey, qui est fascinée par les travaux de Carl Sagan, émet l'hypothèse que Oak Street a été déplacée dans le temps via un trou de ver. Cela est-il irréversible ? Et si oui, combien de temps pourront-ils survivre dans cette situation ?
Cela faisait huit ans que David Robert Mitchell n'avait plus rien tourné. Comme il l'a raconté durant la tournée promotionnelle de The End of Oak Street, ce n'est pas faute de projets, mais de financement pour ceux-ci. Et puis, entre temps, il a perdu son père, à qui il dédie ce nouveau long métrage. Il a eu alors envie de rebondir avec un pur divertissement qui a convaincu J.J. Abrams.
Abrams est un grand fan de Spielberg à qui il a rendu hommage dans Super 8, mais lui aussi était en plein marasme créatif et l'envie de Mitchell lui a permis de se remettre sur les rails. A eux deux ils ont conçu un spectacle qui, ce n'est pas un hasard, se déroule en 1982 : Mitchell avait alors 8 ans et Abrams 16, une époque chargée de souvenirs et de fantasmes.
Quand on a été gamin ou ado durant cette période, c'est toute une mythologie cinématographique qu'on convoque, mais pas que : c'est aussi une synthèse d'espoir et de crainte qu'on nourrit et qu'on réinterprète une fois adulte. C'est ce que fait La Fin de Oak Street, avec ces parents en crise, le premier béguin sérieux qu'on a pour une jolie voisine, et la peur de l'inconnu.
Mitchell est un scénariste et réalisateur qui n'aime rien tant que montrer un bonheur de façade dissimulant des secrets. Ici, Denise, la mère de famille, se réfugie dans le bureau qu'elle s'est aménagée au sous-sol pour écrire un roman qui ressemble comme deux gouttes d'eau à sa vie de couple, tandis que Greg, son mari, n'arrive pas à lui avouer qu'il a été licencié et qu'il livre des pizzas non pas pour se faire un peu plus d'argent mais parce que c'est sa seule source de revenus.
Leurs deux enfants, une fille passionnée de sciences qui se prépare à aller en fac et un fils qui redoute d'être tabassé par le frère d'un camarade de classe dont il a accidentellement cassé un bras, sentent que quelque chose cloche entre leurs parents. Audrey refuse de croire qu'ils vont divorcer, Brian s'y prépare avec anxiété et trouve du réconfort auprès de son chien.
Et puis, sans explication logique (sinon celle émise par Audrey, inspirée par l'astronome Carl Sagan), voilà le quartier coupé du reste de la ville, sans électricité ni eau courante, et envahi par des dinosaures. Contrairement à Jurassic Park, les héros ici n'ont rien de scientifiques ou de soldats prêts à affronter de pareilles bestioles, ce sont des gens ordinaires que les événements vont éprouver.
On peut trouver la ficelle trop grosse - une catastrophe oblige une famille en crise à se ressouder pour survivre - mais la qualité du scénario repose sur deux points : d'abord, même si les dinos sont bien présents à l'image, le film préfère suggérer leur présence afin de préserver leur dangerosité ; et ensuite, les personnages ne sont jamais sacrifiés face à l'ampleur du chaos.
Dans cette configuration, les Platt agissent et réagissent comme n'importe qui, c'est-à-dire n'importe comment et égoïstement. Ils se barricadent chez eux pour ignorer les horreurs subies par leurs voisins, mais ils ne réfléchissent pas plus loin que le jour d'après - ou, quand ils le font, c'est sans avoir de réponse (où trouveront-ils de quoi survivre - eau, nourriture ? Leur maison résistera-t-elle ?).
Quand leur fils part à la recherche du chien, suivi par sa soeur, les parents oublient toute prudence pour récupérer leur progéniture, s'exposant aux mêmes risques qu'eux. Le film met en évidence l'aspect dérisoire des moyens de défense des humains face à ces monstres féroces et immenses. Et Mitchell joue habilement avec les jump scare ou avec les apparitions partielles de ces créatures préhistoriques. La menace est permanente et souvent visible trop tard.
Heureusement le film nous épargne une vraie explication logique au phénomène et laisse donc au spectateur le soin d'interpréter ce qui s'est passé comme il le souhaite. On sent que le cinéaste a bien étudié la leçon de La Quatrième Dimension et, de ce point de vue, La Fin de Oak Street est un objet aussi agréable que Backrooms (même s'il est moins tordu).
La mise en scène est très efficace, elle comblera les amateurs de grand spectacle et aussi ceux qui aiment que la tension prenne le dessus sur le gore. Surtout elle met en relief les protagonistes, finement caractérisés, jamais réduits à de la chair à dinosaure. C'est une constante du cinéma de Mitchell, comme It Follows ou Under the Silver Lake.
Le casting est réduit, évitant à l'intrigue de s'éparpiller. Anne Hathaway continue sur son excellente lancée de 2026 avec encore une fois une proposition très différente, campant cette épouse et mère obligée de se dépasser. A ses côtés Ewan McGregor est comme d'habitude impeccable, très sobre dans la peau du mari et père aux prises avec ses limites. Tous deux fonctionnent superbement bien ensemble.
Maisy Stella et Christian Convery incarnent les enfants avec beaucoup de justesse, et complètent le quatuor principal de l'histoire.
Ajoutez-y une musique parfaite de Michael Giacchino, fidèle de Abrams depuis Lost, et savourez cette Fin de Oak Street, encensée par Stephen King lui-même, et qui aurait mérité que la Warner le distribue avec plus de soin.







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