A Superlopolis, capitale de la Terre au XXXIème siècle, Brainiac 5 et Matter-Eater Lad enquêtent sur la mort de R.J. Brande, un riche homme d'affaires, que les autorités cherchent à vite classer. Sur la planète Winath, le jeune et intrépide Lighting Lad enfreint, comme Cosmic Boy sur Braal, l'interdiction des activités super héroïques. Sur Titan, lune de Jupiter, la princesse Saturn Girl est assaillie par d'étranges visions mentales...
C'est LA grosse sortie de cette semaine, une autre série estampillée DC Next Level, mais dont l'équipe créative est composée de deux des stars de la maison d'édition : le scénariste de Superman, Joshua Williamson, et le dessinateur de Absolute Wonder Woman, Hayden Sherman. A eux deux la charge de ranimer un titre culte : Legion of Super Heroes.
Alors, d'entrée, je l'avoue, je n'ai jamais vraiment suivi cette série dans ces diverses itérations. Je me souviens de quelques épisodes écrits par Keith Giffen et dessinés par Steve Lightle dans une revue Arédit qui s'appelait Les Vengeurs, et du bref run de Brian Michael Bendis et Ryan Sook au début des années 2020. Mais ce doit être tout.
En vérité, cette série m'a toujours semblé l'archétype de la série qui s'adresse aux super fans de DC, et come beaucoup, moi, j'ai grandi avec Marvel via Lug, Semic et Panini, donc très loin de cette Légion des Super Héros. Et d'ailleurs quand j'ai lu les épisodes de Bendis et Sook, j'ai très vite ramé, car avec tous ces personnages, j'étais perdu.
Aussi quand Joshua Williamson a commencé à évoquer son projet de relancer le titre avec l'ambition de s'adresser d'abord à des lecteurs qui n'étaient pas familiers avec lui tout en restant attentif aux fans de plus longue date, et aussi parce que j'apprécie son travail sur Superman, je me suis dit que cette fois serait peut-être la bonne. Lorsque Hayden Sherman a été annoncé comme dessinateur, c'était un jeton de plus dans la machine.
Ce premier épisode est très généreux, avec plus de quarante pages, et effectivement une volonté affirmée et confirmée de rendre la série abordable. Williamson commence avec un nombre réduit de légionnaires - d'ailleurs il n'y a tout simplement pas encore de légion à proprement parler. les cinq protagonistes sont dispersés aux quatre coins de l'univers et ne se connaissent même pas.
Le fil rouge de l'épisode est le meurtre d'un affairiste influent sur lequel enquêtent Brainiac 5, un puissant télépathe, et Matter-Eater Lad, un gosse qui bouffe n'importe quoi. Il faut à présent préciser deux choses : l'action se déroule dans mille ans et les Planètes Unies (l'équivalent cosmique des Nations Unies) a prohibé les activités des créatures augmentées (les individus dotés de super pouvoirs).
Les investigations de Brainiac 5 et Matter-Eater Lad sont donc clandestines, mais le premier avance d'un pas assuré et le deuxième le suit avec insouciance. Ils vont découvrir que Brande, la victime, avait un projet concernant les créatures augmentées que redoutaient visiblement les Planètes Unies de longue date.
Et puis, pendant ce temps, sur trois autres mondes, on fait connaissance avec d'autres futurs légionnaires, tous jeunes, tous bravant l'interdit, tous risquant de compromettre leur famille. Il y a Lightning Lad que sa soeur gronde et qui idéalise son frère ainé. Il y a Cosmic Boy qui défie l'autorité de ses professeurs et de ses parents. Et il y a Saturn Girl, qui apprend encore à maîtriser ses pouvoirs.
Williamson choisit donc de souligner la jeunesse de ses héros pour mieux établir le contraste entre leur amateurisme et la rigueur que suggère une légion de super héros. Le scénariste a d'excellents idées pour les introduire : Lightning Lad est inconscient, Cosmic Boy insolent, Saturn Girl fragile. A propos de cette dernière, il la fait vivre sur Titan, dont les habitants, tous télépathes, ne parlent plus, communiquant exclusivement par la pensée - superbe !
Le fin mot sur la mort de Brande et l'identité de son assassin est dévoilé dès la fin de l'épisode. C'est surprenant, mais j'y vois la volonté de l'auteur de ne pas se lancer dans un whodunnit convenu mais plutôt dans ce qui permettra la fondation de la légion, le rassemblement des personnages présentés cette fois, en en attendant d'autres (et dieu sait qu'il y a beaucoup de légionnaires !).
Williamson écrit très justement ces jeunes héros, sans sombrer dans la facilité. En même temps, il est clair qu'il veut une bande dessinée tonique, où l'intrigue compte autant que ceux qui l'habitent, et c'est le vrai gros bon point du projet : n'importe qui (et j'en suis l'exemple) peut commencer cette série par cette version, très accessible, alerte, sympathique.
Enfin, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, la série bénéficie de dessins extraordinaires -et je pèse mes mots. J'avais déjà adoré ce que Hayden Sherman produisait sur Absolute Wonder Woman (qu'il n'abandonne pas) mais ce qu'il réalise ici est encore plus éblouissant. J'ai envie de dire, même si c'est un peu futile, que Sherman, c'est comme JH Williams III sans les délais.
Qui, aujourd'hui, peut signer de telles planches, aussi inventives dans le découpage, élégante dans le trait (sous influence Moebius), avec une telle régularité ? Personne ! Sherman est un prodige, qui s'est complètement réinventé en explosant chez DC (il suffit de comparer ce qu'il fait maintenant avec ce qu'il faisait avant, en indé).
Ses cases aux formes les plus diverses ne sont pas une fantaisie de dessinateur surdoué, mais une forme de narration dense et fluide à la fois, qui a l'immense mérite d'obliger le lecteur à s'y attarder pour en admirer la virtuosité et l'intelligence. C'est un régal parce que ça stimule le regard et ça augmente la lecture - c'est de la BD augmentée !
On parle beaucoup, et à raison, de Dan Mora, l'inépuisable, mais Sherman est à mon avis le vrai grand génie actuel parmi les dessinateurs de DC, comme peut l'être Devamlya Pramanik (Moon Knight) chez Marvel. Il y a chez eux une joie à dessiner, une joie contagieuse, en plus d'un talent impressionnant, d'une technique ébouriffante.
Ajoutez-y les couleurs pétantes de Tamra Bonvillain et c'est la félicité ! Sans oublier ce magnifique lettrage de Hassan Ostmane-Elhaou ! C'est un comic book admirablement confectionné - et c'est pour ça que ça doit (que ça va !) cartonner.
Vous l'aurez compris, j'ai adoré. Si Urban ne traduit pas ça l'an prochain, alors jamais les lecteurs de vf ne sauront à quel bonheur ils auraient eu droit.





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