samedi 5 septembre 2026

ARCHIE #1 (Ben H. Winters / Fabio Moon)


- Rude Awakening ! - Archie Andrews se réveille en retard ce matin-là et doit se presser pour aller au lycée. Mais pourquoi a-t-il cette étrange impression d'être dans une boucle temporelle ?


Un petit amuse-bouche de 6 pages qui joue sur l'idée d'une boucle temporelle, à la manière du film Un Jour sans fin. Très vif, trop bref - car cela avait du potentiel, mais peut-être Ben H. Winters développera-t-il cela plus tard... Le tout servi chaud par le dessin plein de pep's de Fabio Moon qui semble beaucoup s'amuser à mixer la charte graphique reconnaissable entre mille des comics Archie et son propre style.


- Yes, We Cannes ! - Les élèves de la classe d'Archie au lycée de Riverdale reçoivent comme devoir de réaliser chacun un court métrage pour le festival du film de la ville. Archie ne manque pas d'idées mais de temps car tous ses camarades le veulent dans le rôle principal de leur projet. Réussira-t-il à tourner le sien ?
 

Le plat de résistance de ce n° 1. Mais avant cela, revenons un peu sur cette relance d'Archie. Véritable institution aux Etats-Unis, Archie est moins connu par chez nous, sinon grâce au succès de la série Riverdale disponible sur Netflix qui en adaptait les personnages et l'univers dans une veine teen drama. Aujourd'hui, l'éditeur Archie Comics est en proie à une crise sévère, au bord de la faillite.
 

Dans ce contexte, les séries ont été confiées à Oni Press pour en livrer de nouvelles itérations, plus susceptibles de plaire au public actuel, en attirant des auteurs et des artistes qu'on n'imaginait pas travailler dessus (après Archie, on a ainsi droit à un relaunch de Sabrina the teenage witch par Corinna Bechko et Kano et à celui de Archie in Hell par Patrick Horvath et Tyler Crook).

Ben H. Winters vient de la littérature policière où il a reçu plusieurs prix et Fabio Moon est le frère jumeau de Gabriel Ba avec qui il a signé Daytripper. Ces deux noms, avec leur curriculum vitae, sont inattendus pour s'occuper d'Archie, mais c'est l'effet recherché. Et les deux paraissent avoir voulu respecter la franchise tout en y apportant ce qui fait leur personnalité.

Ainsi, après le premier court récit qui ouvre ce n°1, Winters enchaîne sur une histoire plus consistante mais toujours aussi alerte où Archie est accaparé par ses amis pour tourner dans leur court métrage sans avoir le temps de réaliser le sien. Cette mécanique est typique des canons du titre.

Les gags fusent, légers, désuets même, dans un décor évoquant une Amérique des 50's idéalisée, avec son lycée, deux belles filles amoureuses du héros mais aux caractères opposés (la blonde ingénue Betty Cooper et la brune piquante Veronica Lodge), le meilleur copain toujours là en soutien (Jughead Jones), et quelques autres (Dilton, Reggie...).

J'aurai aimé un peu plus d'audace, à l'image de l'histoire qui ouvre le numéro et dont je pensais qu'elle constituait l'intrigue principal. Mais en même temps tout cela a un charme indéniable. Il faudra vérifier si cela tient sur la durée ou si cette équipe créative si prometteuse sur le papier ne fait que rester dans les clous.

Mais, comme le dessin de Moon, Archie profite plutôt bien de cet air frais. Mark Waid, il y a une dizaine d'années, avait tenté quelque chose de plus disruptif, avec le concours de dessinatrices très douées (Fiona Staples, Annie Wu, Veronica Fish). Là, c'est plus classique, voire plus frileux, mais c'est aussi parce que Oni Press doit tout reprendre pour conquérir à nouveau des lecteurs.


- Jughead's Journal, part 1. - Jughead Jones s'arrête dans la soirée au diner de Terry Tate pour manger quelque chose mais ce dernier lui annonce qu'il songe à fermer son commerce pour déménager près de sa fille...

Ce dernier segment, de 5 pages, est aussi un excellente surprise, avec son ton très mélancolique, qui voit Jughead Jones, le meilleur ami d'Archie, s'inquiéter de la possible fermeture du diner où il aime se restaurer parce que son propriétaire songe à se rapprocher géographiquement de sa fille. Winters fait parler la corde sensible, mais sans aucune mièvrerie.

Et l'on se dit qu'entre l'hommage à Un Jour sans fin et cette partie, c'est de ces côtés-là que le scénariste devrait aller pour régénérer Archie, lui donner un véritable nouvel élan, plus intimiste et aussi plus aventureux. Sans compter que ces ambiances conviennent idéalement à Fabio Moon, son trait à la fois minimaliste et si expressif.

J'ai plutôt envie de retenir les bonnes intentions visibles pour cette relance. D'autant que, pour ne rien gâcher, c'est rien moins que Stuart Immonen qui signera les couvertures de la série (c'est trop peu, mais toujours mieux que rien).

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