Juillet 1775. Le Dr. Fatalis a investi le corps de George Washington lors du siège de Boston pris par les anglais. Il décide une nouvelle fois de modifier radicalement le cours des événements pour en faire profiter la Latvérie...
C'est délicat d'en dire plus sans déflorer ce qui fait le sel de cet épisode - et de la série. Ryan North, on l'a compris, fait remonter le temps à l'esprit de Fatalis qui investit le corps d'anonymes ou de personnalités célèbres (comme ici George Washington) pour modifier profondément le cours de l'histoire au bénéfice de la Latvérie.
Le dispositif est très drôle et North ne recule devant aucune énormité pour animer cette aventure. C'est brillamment écrit, avec beaucoup... Hé bien... D'esprit, d''humour, de malice. Suivre Fatalis et le voir bouleverser des moments aussi marquants que le naufrage du Titanic ou la révolution américaine est savoureux car toute la mégalomanie du personnage s'exprime sans aucune retenue.
Mais on peut aussi se poser des questions sur un tel projet : d'abord, est-ce canonique ? Y aura-t-il à la fin des conséquences réelles ? Ou bien tout cela n'aboutira qu'à une succession de péripéties rocambolesques sans aucune répercussion ? On ne parle pas ici de petit effet papillon mais bien du nouveau visage du monde.
Si vous me demandez mon avis, je pense que Fatalis ne remonte pas le temps dans notre espace-temps, mais dans une continuité parallèle, ce qui collerait avec l'obsession du multivers chez Marvel (aussi bien dans les comics qu'au cinéma ou dans leurs séries en streaming). Je ne peux imaginer que tout cela se conclut autrement que par Fatalis réalisant que tous ses efforts auront été, comme d'habitude, vains ou réduits à néant.
Et puis l'autre souci du projet de North, c'est la répétition du procédé. Maintenant que Fatalis a compris comment échapper à l'époque où il atterrit, à quoi s'attendre dans les prochains épisodes ? Et surtout est-ce que ce sera toujours aussi fun et intéressant pendant toute cette mini série qui compte quand même dix numéros (sept à paraître).
Tout cela paraît un peu artificiel, une sorte de What if... ? géant. Alors que si Marvel n'avait pas déjà sur le feu Armageddon et ses promesses de changement du statu quo, Doomquest aurait été une manière habile et puissante de remanier de fond en comble ce même statu quo. C'est même, disons-le franchement, plus efficace que One World Under Doom - et moins grandiloquent que Secret Wars (version 2015).
Donc je m'interroge sur la pertinence et même le sens d'une telle mini série. Je ne doute pas que North a assez d'imagination pour produire dix épisodes surprenants. En revanche, j'ai du mal à considérer que quoi que ce soit change véritablement au bout de cette aventure. Comme Marvel ne nourrit pas de collection semblable à Elseworlds ou Black Label, Doomquest risque d'être inoffensif.
Néanmoins, la série bénéficie de dessins splendides et Francesco Mobili accomplit un travail tout à fait impressionnant ici. Non seulement il doit s'acquitter d'un nombre important de scènes exigeantes, avec de la figuration, de la reconstitution, mais en plus il doit veiller à représenter George Washington de manière ressemblante.
Aux couleurs, Frank d'Armata le soutient superbement et respecte son trait comme il doit l'être. Il y a assez sur le plan graphique pour contenter n'importe qui, et surtout les amoureux de dessin réaliste classique. Et si vraiment, comme je l'espère, Mobili rend tous ses épisodes, sans que Marvel ne fasse appel à un fill-in si ce n'est pas le cas, ça fera un très beau recueil, à même de faire découvrir cet artiste à un public plus vaste que The Tin Can Society (pour lequel aucun éditeur vf ne s'est encore placé !).
Bref, Doomquest, c'est cool, très beau, amusant. Mais déjà susceptible de ne pas être aussi percutant que promis.





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