dimanche 5 juillet 2026

ACHARNES (Saison 2) (Lee Sung Jin, 2026)


Gérants d'un country club très huppé, Josh et Lindsay se disputent violemment en rentrant d'une collecte de fonds parce qu'il est accaparé par son travail et qu'elle lui reproche le déclin de leur mariage. Alors qu'ils venaient rapporter le portefeuille oublié par Josh, Ashley et son fiancé Austin, tous deux employés du club, surprennent leurs patrons et les filment avant d'être repérés par les intéressés et de s'enfuir. Ashley suggère d'utiliser cette vidéo compromettante pour obtenir de l'avancement et une assurance santé car on lui a diagnostiqué un kyste ovarien à opérer d'urgence.


Josh et Lindsay accèdent aux exigences d'Ashley et Austin. Ce dernier devient le kinésithérapeute des riches clientes du club tandis que sa fiancée devient l'assistante du gérant. Elle découvre ainsi que Josh a détourné de l'argent pour payer les funérailles de sa mère et craint qu'il ne se serve d'elle comme bouc émissaire si, comme il le demande, elle efface la vidéo. Le personnel du club fait la connaissance de la nouvelle propriétaire des lieux, Mme Park, dont le mari, chirurgien esthétique à Séoul, tue accidentellement une patiente lors d'une opération.


Eunice, l'assistante de Mme Park, restée au club, séduit Austin, ce que devine vite Ashley. De leur côté, pour donner une dernière chance à leur couple, Lindsay propose à Josh de démissionner de leurs fonctions pour assouvir leur rêve d'ouvrir un "bed and breakfast". Mais en faisant leurs comptes, ils comprennent qu'il leur faut à nouveau piocher dans la caisse du club pour financer ce projet. Et Mme Park fait de même pour étouffer l'affaire du Dr. Kim à coup de pots-de-vin...


Je n'avais pas beaucoup aimé la première saison de Beef (en vo) mais quand j'ai appris que la saison 2 allait mettre en scène de nouveaux personnages dans un nouveau cadre et avec un sacré casting, j'étais impatient de découvrir le résultat. Disponible depuis Avril sur Netflix, les huit nouveaux épisodes de la série sont, globalement, à la hauteur des attentes.


Je dis "globalement" parce que, vous l'aurez deviné, ce n'est pas complètement ça. Je reproche souvent aux séries actuelles de multiplier les personnages pour alimenter des subplots, ces intrigues secondaires supposées étoffer l'histoire principale mais qui, en vérité, l'alourdissent souvent. C'est le cas pour Acharnés (en vf).


Cette saison 2 démarre pourtant idéalement avec une situation qui me paraissait bien suffisante pour être creusé sur huit épisodes sans chercher à en rajouter. On suit un couple de riches gérants en crise mais pas assez riches pour nager dans les mêmes eaux que leurs clients encore plus fortunés (le genre à miser des fortunes sur une main de poker ou à se payer des virées en jet privé à la montagne).


Alors qu'ils se disputent en se reprochant mutuellement leur échec conjugal, ils sont surpris par deux de leurs employés qui croient à une scène plus violente qu'en réalité et qui vont se servir de cela pour faire chanter leurs patrons afin qu'ils leur offrent une promotion. Cela aboutit à une bascule : le couple en crise trouve là un moyen de refaire corps tandis que le jeune couple est miné par le chantage qu'il a exercé.


Puis le récit dévoile, progressivement, que les gérants ont piqué de l'argent dans la caisse à des fins personnelles et envisagent de recommencer pour concrétiser un projet de reconversion très coûteux. Evidemment leurs deux employés le découvrent. Mais l'affaire va se compliquer quand la propriétaire du club dans lequel ils travaillent tous détourne aussi de l'argent pour étouffer un scandale lié à son mari.


La construction des huit épisodes ne souffre pas de défauts majeurs : les trois couples (Josh et Lindsay, Ashley et Austin, Mme Park et Dr. Kim) s'enferrent dans leurs magouilles jusqu'au point de non-retour. Tous, sans exception, sont convaincus qu'ils ne sont pas mauvais mais qu'ils composent avec les événements et s'arrangent avec les opportunités.

Et ce n'est pas faux, même si ce n'est pas du tout moral. En fait, ces trois binômes luttent pour leur survie : une image récurrente traverse les épisodes (et figure sur l'affiche ci-dessus) qui montre des fourmis sur le point d'être écrasées. Ces fourmis sont les protagonistes qui sont tous menacés d'être piétinés par plus puissants qu'eux. Et comme des fourmis, ils vont découvrir que l'union fait la force.

A ce jeu, Mme Park, vieille dame milliardaire et madrée, est la plus forte : son argent peut tout acheter, son influence est considérable, son expérience lui permet de devancer tous les coups adverses. Josh et Lindsay sont un couple que les frustrations décomposent. Austin et Ashley veulent se faire une place au soleil et ne pas être des laquais. Mais Josh, Lindsay, Austin et Ashley sont dominés par Mme Park.

Là où ça se gâte (un peu), c'est que Lee Sung Jin, le showrunner, a cru bon d'ajouter à tout cela une romance entre Austin et Eunice, l'assistante personnelle et fort jolie de Mme Park. Or, et le dernier épisode le confirme, cela ne sert à rien. Austin tombe amoureux (ou du moins le croit-il, car il est surtout fasciné par la beauté de la jeune femme et le fait qu'il est lui-même à moitié coréen), mais pas Eunice.

C'est dommage d'avoir cru bon d'introduire cela dans un récit qui fonctionne très bien sans. Les scrupules grandissants d'Austin sont suffisamment attisés par les manoeuvres vengeresses de Ashley, il n'a pas besoin de tomber sous le charme d'une autre fille pour être de plus en plus mal à l'aise vis-à-vis des moyens employés pour obtenir une promotion ou travailler pour des gens malhonnêtes.

La caractérisation des personnages est de tout façon suffisamment riche et soignée pour qu'on comprenne par quoi ils passent, pourquoi ils agissent comme ils le font, pour quelle raison les situations évoluent de manière souvent spectaculaire d'un épisode à l'autre. Le showrunner est prodigieusement habile en effet pour transformer un incident dérisoire en catastrophe aux répercussions à long terme.

Ainsi, de la vidéo compromettante à la disparition d'un chien en passant par un voyage à Séoul qui devient un vrai traquenard pour se débarrasser de témoins gênants, la série déploie des trésors de perversité pour nous combler. C'est souvent très drôle, en permanence cruel, régulièrement pathétique, fréquemment étonnant. Et surtout rythmé avec une précision d'horloger.

En passant, on a droit de manière fulgurante à une vision cauchemardesque du service de santé américain (dans l'épisode 4, peut-être le plus magistral de la saison). Et c'est aussi une leçon sur la "capitalisme tardif" et pourquoi ce système économique s'est imposé de tout temps, moins pour profiter des classes laborieuses (comme les gauchistes aimeraient le faire croire) que parce qu'il est quasiment organique.

Le casting, comme je l'ai dit plus haut, est somptueux (et son nombre autorise plus de variété que dans la saison 1). C'est un plaisir rare et savoureux de revoir ensemble Carey Mulligan et Oscar Isaac, toujours aussi complémentaires et nuancés dans l'interprétation (après Drive et Inside Llewyn Davis). Leurs échanges sont ceux de deux virtuoses.

Cailee Spaeny (la Priscilla de Sofia Coppola) et Charles Melton (remarqué dans May December de Todd Haynes) sont également excellents, avec une mention spéciale pour elle dont le rôle la rend tour à tour sympathique et détestable.

Acharnés saison 2 est presque parfait donc, mais c'est surtout une production dans le haut du panier de ce que propose Netflix, sans doute parce que c'est aussi un projet du studio A24, devenu une référence.

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