mercredi 8 juillet 2026

OBSESSION (Curry Barker, 2026)


Baron "Bear" Bailey est secrètement amoureux depuis toujours de Nikki avec laquelle il travaille dans un magasin de musique avec leurs mis Ian et Sarah. Après une journée de boulot, il rentre chez lui et trouve son chat, Sandy, mort après avoir avalé des comprimés d'oxycodone. Le lendemain, il entre dans une boutique pour acheter un cadeau pour Nikki et prend un jouet fantaisie qui prétend exaucer un voeu par personne après l'avoir cassé en deux.


Bear ramène Nikki chez elle après une soirée en boîte avec Ian et Sarah. Elle lui demande s'il éprouve des sentiments pour elle mais il nie nerveusement. Seul dans sa voiture toujours garée devant chez elle, Bear brise le jouet fantaisie après avoir demandé à ce que Nikki l'aime plus que tout. Elle ressort et lui demande si elle peut dormir chez lui en expliquant que son père est très malade. Une fois chez lui, ils s'embrassent mais elle crie brusquement et recule. Il lui laisse le lit.


Le lendemain matin pourtant, l'attitude de Nikki change du tout au tout. Elle se montre très amoureuse et ainsi débute leur nouvelle relation. Bear est heureux comme il ne l'a jamais été même si le comportement erratique de Nikki déconcerte Ian et Sarah qui pensent qu'elle se drogue. Ces soupçons atteignent Bear quand Ian lui apprend que le père de Nikki n'est pas du tout malade et surtout que lui et sa fille sont en froid depuis longtemps...


Avec son budget de 750 000 $ et des recettes de plus de 400 millions $ à cette heure, Obsession est déjà le film le plus rentable jamais produit par le studio Blumhouse, qui s'est fait une spécialité de ce genre de longs métrages tournés pour une somme modeste dans le genre horrifique. Curry Barker, qui l'a écrit, réalisé et monté, est devenu la nouvelle coqueluche de Hollywood.
 

Quoi qu'on pense d'Obsession, c'est une petite révolution car Barker a fait ses armes sur YouTube et on peut se demander si ce réseau social ne va pas devenir la nouvelle pépinière de talents du 7ème Art. Pour cela, il suffira d'attendre le prochain film de Barker et de ses condisciples pour vérifier s'ils savent toujours aussi bien capter l'air du temps.


En fait, le gadget de l'histoire, ce jouet fantaisie qui permet à celui qui le casse en deux de voir son rêve le plus fou se réaliser, peut être lu comme la métaphore de cette future génération de cinéastes. Seront-ils les auteurs d'un coup miraculeux ? Ou réussiront-ils à transformer l'essai et à s'imposer comme une nouvelle bande de créateurs vraiment révolutionnaires dans leur manière de faire ?


Obsession fonctionne sur la fameuse formule qui veut qu'on se méfie de ce que l'on souhaite. Bear est un jeune homme timide qui hésite à déclarer sa flamme à la fille dont il est amoureux parce qu'elle est aussi son amie d'enfance et qu'il redoute de tout gâcher entre eux. Son meilleur pote l'entraîne tout en lui conseillant d'être bien sûr de ce que à quoi il s'engage.

Evidemment, grâce au jouet fantaisie qu'il achète, son rêve se réalise et se transforme en cauchemar puisque l'amour inconditionnel que va lui porter Nikki finit par l'étouffer et le terrifier. Pourtant le film montre bien que Nikki est aussi une victime. A plusieurs reprises, son esprit semble se rebeller contre le sort qu'on lui a jetée avant que cette possession ne reprenne le dessus.

C'est d'ailleurs la (grosse) limite du film, qui est plus roublard que véritablement profond. Barker est cruel avec tous ses personnages, il ne fait preuve d'aucune compassion et se plie à l'exercice du jump scare avec une application scolaire qui empêche son récit d'aller plus loin, plus profond dans l'étude de caractère.

Il est par exemple évident qu'au début de leur relation Bear, même s'il est perturbé par le changement de Nikki, en profite, en abuse même. Mais Barker ne fait qu'effleurer cet aspect - tout juste voit-on le jeune homme en train de faire l'amour à sa dulcinée qui paraît étrangement absente. Or, il est très clair que Bear, à ce moment-là, jouit de sa position comme il le ferait avec une sex doll.

Barker est nettement plus intéressé par la transformation de Nikki en amoureuse timbrée et psychopathe. Il réussit d'ailleurs fort bien à instiller le malaise grandissant qui s'empare des personnages comme du spectateur quand elle se met à crier de manière hystérique, à rire trop fort, à témoigner trop ostensiblement son affection exclusive, à manifester sa jalousie.

Donc, oui, le film est très efficace : il surprend à plusieurs reprises quand la violence se déchaîne. Mais on peut regretter que le réalisateur n'aille que dans une direction, quitte parfois à ce que les réactions de Bear soient invraisemblables - sans spoiler, il y a une scène de meurtre très gore où n'importe qui prendrait ses jambes à son cou en hurlant d'effroi alors que Bear reste apathique. 

Le dénouement est du même tonneau : il répond davantage à une forme de logique narrative qu'à une réussite émotionnelle. Parce que, là encore, Barker n'a fait aucun effort pour que les personnages soient attachants, pour qu'on se sente ému par ce qui leur arrive. Ce qui leur arrive, hé bien, leur arrive et puis c'est tout. 

Je me suis demandé si, avec une dernière scène un peu plus longue (pour une fois...), tout ça n'aurait pas gagné en intensité, en puissance dramatique, lorsque Nikki comprend ce qui vient de se passer, lorsqu'elle réalise. Au lieu de ça, Barker termine en la laissant au bord du gouffre. C'est plus frustrant que poignant.

Si Michael Johnston joue le rôle de Bear avec une sobriété salutaire, la révélation du film est évidemment Indie Navarrette, pour qui Obsession pourrait bien être ce que la trilogie X-Pearl-MaxXxine a été pour Mia Goth. Elle restitue à la perfection toute la dimension déglinguée de son personnage, forçant quand il faut ses expressions, lançant à bon escient des regards glaçants. Elle est très jolie, ce qui ne gâche rien, et qui justifie qu'un garçon comme Bear la considère comme la fille de ses rêves.

Obsession restera une des sensations de 2026, c'est certain. Mais cela lui assurera-t-il de rester dans les mémoires ? Et à son auteur de devenir un cinéaste important ? A voir.

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