Clark est un architecte raté qui gère un magasin de meubles où il dort la nuit depuis que sa femme l'a fichu à la porte à cause de son alcoolisme. Son affaire connaît des difficultés financières et il suit une thérapie auprès du Dr. Mary Kline. Elle-même a subi un traumatisme avec l'internement de sa mère agoraphobe et la destruction de la maison où elles habitaient - et dont elle a conservé un morceau.
Une nuit, le poste de télé de Clark fonctionne de manière erratique et l'éclairage du magasin connaît des chutes de tension. En vérifiant le tableau électrique, il aperçoit sur un mur du sous-sol une fente lumineuse. En s'en approchant, il passe à travers la cloison et atterrit dans un espace tridimensionnel labyrinthique au murs jaunâtres et à l'ameublement chaotique. Il l'explore, manque de s'y perdre et en sort en courant après avoir été poursuivi par une entité invisible.
Lors de sa séance avec Mary, Clark lui fait part de sa découverte et elle la reçoit avec scepticisme. Pour lui prouver qu'il ne raconte pas n'importe quoi, il entraîne ses deux employés, Kat et Billy, dans le lieu qu'il a trouvé. Mais l'expédition se passe mal : Bobby disparaît, Kat et Clark sont séparés et leur caméra est dérobée... Quelque temps plus tard, Mary reçoit un étrange message de Clark sur son répondeur mentionnant une fenêtre qu'il a ouverte et disant qu'il ne reviendra pas...
Après vous avoir parlés de Obsession, j'ai voulu voir Backrooms, l'autre phénomène cinéma en provenance de Hollywood sorti récemment. C'est, après le film de Curry Barker, le deuxième long métrage le plus lucratif de 2026 du fait de son faible budget et de son énorme succès en salles. Et comme son confrère, Kane Parsons s'est fait la main avec des vidéos postées sur YouTube.
Backrooms était d'ailleurs à l'origine une série de courts métrages que Parsons aurait l'intention de continuer, comme une préparation au film qui lui-même serait une partie du projet total. Le scénario écrit par Will Soodik a en tout cas séduit le studio A24 qui a financé le long métrage. Et on peut dire que le résultat final est impressionnant.
Au petit jeu des comparaisons, j'irai même jusqu'à dire que Backrooms surpasse nettement Obession dans la mesure où il ne peut s'inscrire dans un genre en particulier. Backrooms est quelque chose d'indéfinissable mais auquel on a envie de revenir. C'est d'ailleurs le concept même de l'intrigue. Clark le dit lui-même : décrire cet endroit, c'est comme décrire un chien et le dessiner sans qu'il soit reconnu de celui à qui on s'adresse.
Clark est un raté qui n'assume pas ses échecs - pour lui, ce sont toujours les autres, les responsables : son magasin ne marche pas ? La faute aux clients. Son mariage a coulé ? La faute à sa femme. Il est déjà enfermé dans son propre refus de la réalité et son magasin a tout d'une prison : il y vit littéralement, travaillant le jour, y dormant la nuit, ne fréquentant que ses deux employés.
Quand il découvre les "backrooms", cette espèce d'arrière-boutique souterraine invraisemblable, il croit avoir trouvé un nouvel espace où s'accomplir, où tout recommencer, en démarrant par son exploration. Mais en vérité, ce labyrinthe dément est une nouvelle cage dans laquelle il s'enferme, s'isole du monde. Sauf qu'ici plus personne ne le juge.
A l'exception de Mary, la psychanalyste à qui il se confie et qui écoute son récit avec perplexité. Il n'en faut pas davantage à Clark pour qu'il se vexe et quitte le cabinet de sa thérapeute en lui promettant de revenir avec des preuves. Mais il ne va que reproduire les mêmes erreurs, entraînant dans sa quête ses deux employés puis Mary elle-même.
Clark est un être déraisonnable quand Mary incarne la raison. Lorsqu'à son tour elle pénètre dans les backrooms, elle porte un regard aussi sidéré sur l'endroit que Clark la première fois mais elle est moins fascinée que méfiante. Pas assez cependant pour voir venir la prochaine manoeuvre de Clark, mais suffisamment pour ne pas vouloir rester prisonnière.
Bien entendu, Kane Parsons a dû beaucoup regarder les films de David Lynch (la chambre rouge de Twin Peaks est ici remplacée par les pièces aux murs jaunâtres) et il a dû voir et revoir Cube de Vincenzo Natali (pour l'idée d'un lieu clos et infini). Mais il a aussi digéré ces influences pour réaliser une oeuvre très originale, étrange, addictive, qu'on visionne en se disant souvent "WTF ?".
C'est aussi en cela que Backrooms est une réussite : l'auteur résiste à l'envie de trop expliquer de quoi il s'agit (même si à la fin il donne quelque clés) et il ne se contente pas d'exploiter une idée juste pour faire sursauter le spectateur d'effroi. Le film joue intelligemment, et comme rarement de nos jours, la carte de la suggestion, du mystère, de la tension plutôt que de l'horreur (même s'il est classé, à mon avis à tort, comme un film d'horreur).
Il y a des éléments grotesques, d'autres flippants, hypnotiques, perturbants dans Backrooms, mais son plus achèvement réside dans sa sobriété. Jamais le spectateur ne sait où on l'emmène, ce qui va se passer. Parfois il ne se passe d'ailleurs rien, mais en même temps c'est cette absence d'événements qui participe à l'angoisse. C'est très malin, sans être roublard (ou juste un peu).
J'ai supposé que Parsons avait potassé Lynch et Natali, mais si ça se trouve, je me trompe et peut-être que ce garçon est juste habité par des visions, ce qui expliquerait son attachement à cet univers et sa volonté de continuer à l'exploiter dans sa forme initiale. Alors que Curry Barker est déjà en train de préparer l'après-Obession (un remake de Massacre à la tronçonneuse), Parsons se montre beaucoup plus discret, voire prudent.
Grâce à A24, il a, en outre, eu accès à des conditions de tournage plus confortables et un casting plus relevé. Démarrer en dirigeant rien moins que Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve n'est pas donné à tout le monde : on parle là de deux comédiens impressionnants, nommé pour l'un à l'Oscar du meilleur rôle (pour 12 Years a Slave) et récompensée pour l'autre d'un Prix d'interprétation à cannes (pour Julie en 12 chapitres).
Le point commun à Ejiofor et Reinsve, c'est de ne jamais surjouer l'effroi comme c'est de mise dans les films d'horreur justement. Ils sont dans une retenue qui concourt à faire du film un récit plus intense et intériorisé, et donc plus efficace dans les moments les plus crispants. C'est vraiment une riche idée de les avoir réunis.
Backrooms est donc un film remarquable et très prometteur pour son réalisateur. Et parmi tous ceux qui l'ont déjà vu, nombreux seront ceux qui apprécieront de le revoir, avec l'espoir d'en découvrir de nouvelles dimensions, de nouveaux secrets.







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