dimanche 26 juillet 2026

CAROLINA CAROLINE (Adam Carter Rehmier, 2026)


Caroline Daniels est employée dans une station service du Texas. Elle vit avec son père, Hank, qui l'a élevée seul après le départ de sa femme, Deborah, ayant fui le foyer familial quand sa fille était encore un bébé. Elle rencontre Oliver Anderson, un escroc lorsqu'elle le remarque en train de réaliser une arnaque à la petite monnaie sur son lieu de travail. Ils tombent amoureux et elle décide de le suivre dans le but de rejoindre la Caroline du Sud où habite sa mère.


Le couple s'adonne à de petites combines où Caroline prouve qu'elle est une élève douée. L'ambition les gagne et ils commencent à braquer des banques. Mais lorsqu'un garçon d'hôtel reconnaît la jeune femme, Oliver le menace brutalement et ils prennent la fuite. L'attitude de son partenaire a effrayé Caroline qui insiste alors pour qu'ils gagnent la Caroline du Sud. Deborah s'avère être une alcoolique sans aucun regret d'avoir abandonné sa fille et qui continue de la rejeter.


Bouleversée, Caroline demande alors à Oliver combien d'argent il leur faudrait pour quitter le pays et s'établir à l'étranger. Il lui donne une estimation et surtout la prévient qu'il va falloir attaquer de plus grosses banques, donc prendre encore plus de risques...


Ceux qui lisent mes critiques de films en ont maintenant l'habitude : chaque fois que Samara Weaving est à l'affiche, je suis au rendez-vous car je suis un fan de celle que j'appelle la reine de la série B moderne. C'est dit sans aucune condescendance car j'adore les séries B, cet espace cinématographique où on trouve des longs métrages qui vont de la pépite inattendue au plaisir coupable.


Toutefois, avec Carolina Caroline, je serai tenté de dire qu'on évolue dans le haut du panier de la série B. C'est même incontestablement le meilleur film dans lequel j'ai vu Samara Weaving. Elle y déploie un jeu plus nuancé, certains diraient plus mature, au coeur d'une intrigue classique mais écrite avec subtilité, alors qu'elle appartient au registre très codé de la romance criminelle.


Le maître étalon de ce genre est ex aequo Le Démon des Armes (Gun Crazy de Joseph Lewis) et Bonnie & Clyde (d'Arthur Penn). Autant dire que qui s'y frotte s'y pique souvent. Sans égaler ces deux chefs d'oeuvre, le film de Adam Carter Rehmier sur un scénario écrit par William Thomas Dean IV s'en sort mieux que bien, surtout grâce à l'excellence de la caractérisation de ses deux héros.


Le coeur du récit met en relation une fille résignée à son sort et un voyou qui refuse de se poser. Ils tombent sous le charme l'un de l'autre : lui parce qu'il apprécie de pouvoir s'ouvrir à elle sans être jugé, elle parce qu'elle voit en lui la possibilité de s'évader. Ils étaient faits pour se rencontrer, lui parce qu'il ne tient pas en place, elle parce qu'elle n'en peut plus d'être là où elle est.

Oliver est un escroc qui apparaît d'abord sans grande envergure : il fait de beaux discours sur le pourquoi il vole (en justifiant que l'argent dont il dépouille ses victimes finirait dans les poches d'actionnaires autrement), mais il se contente en vérité de peu. On découvre ensuite qu'il cherchait sans doute une disciple et une égale.

Caroline est la candidate parfaite : elle semble d'abord ingénue, voire naïve, mais elle est vite réévaluée (par Oliver et le spectateur) car elle apprend vite et même dépasse le maître. Sa motivation, elle la puise dans sa grande faille : l'abandon de sa mère - cette femme qu'elle veut retrouver pour savoir si elle l'a jamais aimée. La réponse sera cruelle.

Plus que le parcours, convenu, balisé, des deux amants, qui passent de petites arnaques à des braquages de plus en plus risqués (où Oliver joue le rôle du chauffeur, Caroline prenant en vérité tous les risques en surgissant dans des banques flingue à la main), c'est bien dans les itinéraires croisés de Caroline et Oliver que le film prend tout son relief.

Le point de bascule est provoqué par la rencontre entre Caroline et sa mère qui plonge la jeune femme dans une spirale infernale. Il n'est alors plus question d'argent, de danger, mais d'oubli. Caroline veut littéralement se perdre et dans la cavale qu'elle mène aux côtés de Oliver il y a une forme de volonté suicidaire poignante.

Au début de leur liaison, Caroline demande à Olive ce qui distingue les bonnes personnes qui agissent mal des mauvaises personnes qui ont toujours mal agi. Dans la dernière ligne droite, ces interrogations morales ont disparu, englouties dans une course aveugle, où il s'agit de retarder le moment où l'on va se faire prendre, les sacrifices qu'on est prêt à faire l'un pour l'autre, le sens à donner au véritable amour.

Cela le film réussit formidablement à le traduire. L'écriture est fine, précise, ciselée, la réalisation est serrée, le rythme impeccable, et la photo superbe (signée du français Jean-Philippe Bernier, lumineuse comme un coucher de soleil).

Ces éléments sont nouveaux dans la filmographie de Samara Weaving, qui, sans tourner avec des manches, a rarement eu droit à un tel traitement. L'actrice australienne irradie de mélancolie dans ce rôle où elle prouve qu'elle a une palette de jeu plus étoffée que les comédies grinçantes ou les films horrifiques auxquels elle paraît abonnée.

Face à elle Kyle Gallner lui donne la réplique avec un sens de l'équilibre et du contraste brillant. Il est parfait dans la peau de ce voyou séduisant, taiseux, violent par éclairs, ce qui fait penser aux compositions de Steve McQueen ou James Caan. On notera aussi les présences de Kyra Sedgwick (une seule scène, mais quelle scène !) dans le rôle de la mère et de Jon Gries dans celui du père de Caroline.

Carolina Caroline est à la fois efficace et doux-amer, une combinaison qui lui confère une profondeur inattendue et très appréciable.

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