Rachel Wild est une redoutable avocate spécialisée dans le recouvrement de dettes pour des clients riches et puissants. Pour découvrir où ses cibles cachent leurs biens et les pousser à rembourser, elle s'appuie sur deux hommes, Sid et Bronco, à qui elle a autrefois évité la peine de mort dans des geôles étrangères. Ceux-ci ont à leurs ordres une équipe de mercenaires dont chaque membre a un talent particulier (maniement d'explosifs, conduite de véhicules, connaissances en piratage informatique, etc.).
Lorsque le mentor de Rachel, Braxton, est envoyé sur une île privée afin d'organiser le paiement de la dette d'un milliard de dollars du caïd Manny Salazar pour le compte de Spencer-Goldstein et qu'il est assassiné, elle négocie avec Bobby Sheen, une des cadres du cabinet, pour récupérer elle-même la somme contre une commission de 20%. Elle envoie Sid et Bronco planifier une série de sabotages contre les intérêts de Salazar. Ce dernier fait alors face à d'importantes pertes financières.
Une réunion est organisée sur l'île mais Salazar n'accepte de rembourser que 400 millions. Face au refus de Rachel, il tente alors de la tuer mais Sid, Bronco et leurs hommes veillent à ce qu'il n'arrive rien à leur "maman" qui prépare déjà de nouveaux assauts contre le caïd...
Si In The Grey est sorti cette année (et ne sera visible en France que sur Prime Vidéo à partir du 31 Juillet), le film est en réalité terminé depuis deux ans. Le studio qui l'a financé, Lionsgate, n'a cessé entre temps de différer sa sortie avant de le céder à une autre maison de production. Résultat : il s'est ramassé en salles aux Etats-Unis.
C'est bien dommage d'avoir ainsi saboté ce divertissement de qualité, écrit et réalisé par un des cinéastes les plus doués pour ce type de longs métrages. Guy Ritchie est, comme Steven Soderbergh, un des derniers vrais artisans qui met tout son coeur et son talent à proposer d'authentiques films de genre "à l'ancienne" qui auraient des chances de trouver leur public si des gens compétents les accompagnaient intelligemment jusqu'aux salles.
De compétence, il en est question dans In The Grey où les trois héros sont des spécialistes redoutables dans chacun de leur domaine. Rachel est un juriste qui s'emploie avec efficacité à faire payer leurs dettes à de riches malhonnêtes. Sid et Bronco l'assistent pour forcer la main aux mauvais payeurs récalcitrants.
L'intrigue du film repose sur un vocabulaire qui est technique mais seulement pour donner le change. Les mécanismes grâce auxquels des caïds s'enrichissent sur le dos de sociétés de crédit et grâce auxquels Rachel, Sid et Bronco leur tordent le bras pour qu'ils remboursent n'a rien de compliqué quand Guy Ritchie les expose.
Tout est expliqué comme le menu d'un jeu vidéo, avec des textes qui s'affichent à l'écran simultanément à l'action. On pourrait penser que le procédé est redondant, mais pas du tout : cela permet de glisser des infos qu'on n'a en vérité pas le temps de lire mais qui donnent du crédit à ce que les personnages racontent sans avoir à dire d'abord et montrer ensuite.
Ritchie a très bien intégré le fait que le spectateur aujourd'hui est habitué à jongler avec une multitude de flux, visuels et narratifs, grâce aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo. L'oeil de ce lui qui regarde sait très bien ce sur quoi il faut se concentrer pendant que l'oreille enregistre le reste. C'est aussi pour cela que le film ne dure que 95' - un modèle de concision dans un monde où on se demande pourquoi les monteurs ne coupent pas davantage de scènes inutiles.
Le scénario est clairement découpé en trois actes : la mort de Braxton, la mission de Rachel, celle de Sid et Bronco. Ritchie déroule son récit avec un science du rythme implacable, et les péripéties du dernier acte forment un défilé de scènes spectaculaires, explosives et malicieuses absolument irrésistibles. C'est aussi pour cela que, malgré son style moderne, il est un cinéaste profondément classique.
Comme Howard Hawks, il se met entièrement au service de l'histoire et des personnages, exaltant le plaisir qu'on a à suivre l'une et les autres, soignant ses acteurs qui, eux-mêmes, ne cherchent pas à voler la vedette au script. D'autant que, et c'est l'originalité subtile de In The Grey, le film développe un motif inattendu : celui de la maternité.
Sid et Bronco appellent Rachel "maman", bien qu'elle soit plus jeune qu'eux. On pense d'abord à un surnom affectueux envers celle qui les a sauvés de la peine de mort dans un bagne de quelque contrée hostile. Puis on comprend que ce lien est plus profond que cela : elle est leur mère et eux les garçons qui l'admirent, lui obéissent, la protègent.
Il n'y a aucune ambiguïté sexuelle dans ce trio, pas l'ombre d'une romance. Ou alors elle est déplacée sur deux personnages tout aussi surprenants. En effet Sid et Bronco se parlent entre eux comme des amants (Bronco adressant même un "je t'aime" à Sid). On peut soupçonner Ritchie de s'amuser sur cette homosexualité puisqu'il a pris un des comédiens de Brockeback Mountain pour donner la réplique à celui qui fut le Man of Steel. Mais il entretient le doute.
Si l'affiche met en avant les deux acteurs masculins, il ne faut pas s'y fier : le vrai premier rôle du film, c'est bien Eiza Gonzalez qui l'incarne. Après The Ministry of Ungentlemanly Warfare où elle était déjà à couper le souffle, elle est une nouvelle fois formidable ici, et la costumière Loulou Bontemps l'a gâtée avec une garde-robe magnifique.
Henry Cavill, un habitué du réalisateur (depuis The Man from U.N.C.L.E.), est une nouvelle fois excellent et fait avec Jake Gyllenhaal (déjà là dans The Covenant) une paire qui n'est pas sans rappeler Roger Moore et Tony Curtis dans Amicalement vôtre, alliance du flegme et de la dérision, en plus musclé.
Si je n'étais pas un peu fatigué des films de super héros, j'aurai rêvé qu'à Ritchie en soit confié un, mais le britannique est trop stylé pour ça et j'ai davantage hâte de découvrir ses prochains opus originaux, en souhaitant qu'ils soient mieux traités pour leur diffusion que In The Grey.







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