vendredi 3 juillet 2026

THE HUNTING WIVES (Saison 1) (Rebecca Cutter, 2025)

 900ème ENTREE !


Graham O'Neil emménage à Maple Crook, Texas, pour y construire le siège de la compagnie pétrolière de Jed Banks. Il arrive avec sa femme Sophie qu'il présente à son client et son épouse, Margo, à l'occasion d'une collecte de fons pour la N.R.A.. Originaire de Boston, Sophie peine à trouver sa place dans ce nouvel environnement et Margo la prend sous son aile en lui présentant ses meilleures amies, dont Callie qui jalouse vite cette citadine du Nord. Bientôt, Sophie découvre que Margo a une liaison avec le fils de Jill, Brad, un lycéen, qui fréquente Abby, une jeune fille issu d'un milieu plus modeste.
 

Margo lui explique qu'elle et son mari forment un couple libre mais que cette infidélité doit rester secrète car Jed veut se présenter au poste de gouverneur. Callie découvre que Sophie a été mêlée à un accident de la route meurtrier et s'en sert pour l'humilier, s'attirant aussitôt les foudres de Margo. Celle-ci est soupçonnée par Abby de coucher avec Brad à qui elle donne rendez-vous à une fête pour s'expliquer avec lui. Mais Brad est injoignable et c'est Jill qui répond à la jeune fille après qu'elle se soit confiée au pasteur Pete Lightfoot.


Le lendemain matin, le corps sans vie et frappé de deux balles de pistolet d'Abby est trouvé dans la forêt. En apprenant le calibre de l'arme qui a servi à tuer la jeune fille, Callie fait remarquer à son mari, le shérif Jonny, qu'il correspond à celui du pistolet que Margo a offert à Sophie. Cette dernière devient la principale suspecte même si elle ne connaissait pas Abby, mais elle est incapable de se souvenir de ce qu'elle a fait cette nuit car elle a bu plus de raison en compagnie de Margo et ses amies...


The Hunting Wives est présenté par sa showrunner Rebecca Cutter comme un plaisir coupable. Le poster promotionnel est sans équivoque avec son accroche qui promet du "sexe, des mensonges et des flingues chargées". Et Netflix a sans doute vu dans l'adaptation du roman de May Cobb l'occasion de produire et diffuser une série un peu scandaleuse. Mais pas trop non plus.


Sur le papier, ces Hunting Wives promettait : depuis le triomphe de Dallas dans les années 70-80, ça faisait longtemps qu'une série n'ambitionnait pas d'explorer l'aspect le plus crapoteux du Texas. Dans l'Amérique de Trump, le cocktail aurait pu être sacrément corsé pour dénoncer les dérives de cet Etat anti-avortement et pro-port d'armes.


Mais visiblement tout cela était un peu trop inflammable pour Netflix et Rebecca Cutter avec ses scénaristes a préféré livrer huit épisodes plus racoleurs que véritablement dérangeants, aboutissant à un show qui a effectivement tout du guilty pleasure sans en avoir la saveur. Car, c'est là que la bât blesse, The Hunting Wives n'est tout simplement pas bon.


Tout d'abord l'intrigue est laborieuse, surchargée en personnages secondaires à peine caractérisés - et quand ils le sont, ils expriment des émotions si maladroites que c'est vite grotesque. La série se veut à la fois sulfureuse (ce qu'elle n'est jamais), palpitante (ce qu'elle n'est jamais) et référencée (ce dont elle pâtit plus qu'elle ne profite).


Je suis assez vieux maintenant pour me rappeler des samedis où passait Dallas et je me souviens encore de certains coups de théâtre que cette série osait, comme la fin de la saison 8 où l'on découvrait que tout ce qui venait de se passer dans l'année écoulée était un rêve. Les personnages étaient haut en couleurs (l'infâme JR en tête), les situations extravagantes, tout était permis.

Plus proche de nous dans le temps, une série comme Desperate Housewives (au moins dans sa première saison) avait un vrai panache en mêlant ces histoires de voisinage à un whodunit policier. Mais The Hunting Wives ne peut soutenir la comparaison avec ces prédécesseurs : la série aimerait bien mais elle ne le peut point.

Pourquoi ? Parce que son culot n'est que de façade. Margo et Sophie deviennent amantes mais leurs scènes intimes manquent singulièrement de piment. Surtout l'alchimie entre les deux actrices qui les incarnent fait cruellement défaut. Cette romance queer (puisque Margo et Sophie ne sont pas lesbiennes, elles aiment aussi les hommes) n'a rien d'excitant même si elle veut l'être.

Quant au récit policier qui sert de fil rouge, il est bien trop décompressé. On devine vite quels sont les suspects parfaits, et quand l'identité du tueur de Abby est révélée, cela paraît forcé, comme si les scénaristes avaient voulu jouer une main inattendue mais trop improbable. La fin de cette saison 1 voit se succéder un nombre infernal de twists uniquement là pour convaincre le téléspectateur de revenir.

Et de ce côté-ci, c'est réussi puisqu'effectivement une saison 2 est en production (et Netflix en aurait d'ores et déjà commandé une troisième). Je le dis franchement : arrivé au quatrième épisode, soit la moitié de la saison, j'ai failli lâcher l'affaire tellement je m'ennuyais. J'ai tenu, espérant un ressaisissement, qui n'est jamais venu.

Après nous avoir allumés, la série sombre dans le ridicule avec des retournements de situations stupides. Sophie est ghostée par Margo dès qu'elle devient suspecte dans l'affaire du meurtre ? Pourtant elle n'est guère rancunière : deux épisodes après, elle renoue avec Margo et recouche avec elle. Idem avec son mari (l'architecte qu'on ne voit jamais travailler) qui la laisse complètement tomber dès qu'elle est dans le pétrin mais vers lequel elle revient gentiment.

Margo est décrite comme la reine des abeilles : en vérité, c'est un cagole d'une vulgarité absolue, qui se donne à qui la veut dès qu'elle veut noyer le poisson. Son intérêt se mesure à la profondeur de ses décolletés et à la décoloration de ses cheveux. Elle est mariée avec un type imbuvable qui la remplacera sans scrupules (comme il l'a fait avec sa première épouse après un plan à trois). Et elle couche avec un sportif qui a l'âge d'être son fils et qui est con comme un manche à balai.

Les personnages censés susciter le plus de sympathie sont malgré tout lestés par une écriture embarrassante : la mère de Abby est une espèce de bigote mais les auteurs en ont fait une obèse pour qu'on la prenne en pitié. Le pasteur Pete est porté sur la bouteille, se paluche dans sa voiture en reluquant les photos des Instagram de ses jeunes paroissiennes. Nina, la meilleure amie de Abby, est une pauvre gourde.

La seule à sortir du lot est la detective Salazar, parce qu'elle a un cerveau et s'en sert, mais là encore son arc narratif est plombé par des absurdités (comme la précédente affaire qui a ému Maple Crook et au cours de laquelle elle a failli être tuée). Les flics, shérif en tête, sont tous des bourrins. Le problème, c'est qu'aucun regard critique véritable n'est exercé sur eux tous. 

Plutôt que de dresser un portrait d'une communauté raciste, fasciste, hypocrite, la série traite tout ce beau monde comme ce que les amies de Margo reprochent à Sophie, c'est-à-dire avec snobisme. Oh, ils sont tous bêtes à manger du foin, archi conservateurs, des ploucs richissimes, des poufs botoxées, mais au fond ils ne sont pas si méchants.

Et pourquoi ? Parce que Netflix ne peut pas s'aliéner une partie de leurs abonnées sudistes, tout simplement. Tout cela sonne aussi faux que ces séries avec un groupe qui comporte un homo, un représentant d'une minorité visible (noir, latino, asiatique), etc. Car si vous produisiez Friends aujourd'hui, avec 6 personnages principaux blancs, vous seriez taxés de racisme, d'homophobe, de grossophobe, etc.

The Hunting Wives n'est que le dernier exemple de ces fictions qui prétendent ausculter l'Amérique mais qui n'en font rien et se réfugient derrière la formule du plaisir coupable pour ne rien dire, ne rien critiquer, ne rien oser. A la place, le poster promet du sexe (qui est aussi cru que les téléfilms érotico softs de M6 il y a 30 ans), des mensonges (dont on se fout) et des armes (qui ne tuent que des jeunes filles blondes et innocentes).

Les acteurs ne peuvent pas rattraper ce naufrage : Brittany Snow et Malin Akerman ont l'air aussi attirées l'une par l'autre qu'une oie et une dinde. Dermot Mulroney s'en sort un peu mieux en magnat texan concupiscent. Katie Lowes est aussi pas mal en femme de révérend quasi incestueuse.

On dit que la curiosité est un vilain défaut et j'ai été bien puni en ayant été curieux de découvrir The Hunting Wives. Ne vous laissez pas berner.

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