Brisé mentalement, John Jones est sur le point d'être achevé par sa femme, Bridget, poussée au crime par Désespoir-le-zéro. Mais le martien tente de contrarier son adversaire et d'empêcher la fin de tout, alors même que l'équation d'anti-vie possède le fils de John et Bridget, Tyler...
C'est donc la fin de la série mais pas la fin du personnage puisqu'il a été annoncé que l'Absolute Martian Manhunter apparaîtrait dans un crossover à venir (qui sera aussi le premier event de la gamme), probablement en 2027. Je ne suis pas sûr qu'il faille s'en réjouir car ce ne seront pas Deniz Camp et Javier Rodriguez qui s'en occuperont.
Or tout le charme foutraque de ce projet tenait aux qualités de ces auteurs. Réutiliser ce personnage si singulier, c'est en quelque sorte le condamner, le banaliser. Et sans réduire les qualités des versions Absolute de Batman, Superman, Wonder Woman et actuellement Green Arrow, le martien ne boxait pas dans la même catégorie, c'était une bestiole à part dans un univers déjà à part (bien que devenu normalisé par son immense succès commercial).
Mais en même temps que cette série s'achève on peut se permettre un regard plus global sur l'univers Absolute et cela, pour cerner la spécificité d'Absolute Martian Manhunter. D'une manière générale donc, je dirai que cette gamme se base surtout sur l'exagération : un Batman certes désargenté mais massif, un Superman marginal, une Wonder Woman occulte - no comment pour Flash et Green Arrow que je n'ai pas lu.
Au fond, est-ce que Absolute Martian Manhunter échappe à cette exagération narrative et visuelle ? Pas vraiment. Les 6 premiers épisodes donnaient l'impression que Camp et Rodriguez avaient trouvé la formule magique pour produire la série la plus atypique, la plus inclassable du lot. Celle qui au fond ne leur survivrait pas.
Mais, à mes yeux en tout cas, la seconde partie n'a pas tenu les promesses de la première. Après un break dans sa parution pour permettre à Rodriguez de ne pas être remplacé par un artiste fill-in, l'histoire a eu du mal à échapper à ce qui est pour moi la limite des productions Absolute, ce côté plus grand, plus fort - too much.
Le sixième numéro s'achevait sur un cliffhanger (que je me permets de spoiler puisqu'il a été traduit en vf) où Tyler, le fils de John et Bridget Jones, était investi par le Mal. Camp est parvenu à entretenir cette menace, ce danger de manière assez suggestive et originale pour ne pas tomber dans le cliché du vilain classique.
Mais le scénariste a échoué à rendre cette menace, ce danger vraiment compréhensible. Dans la série, il est beaucoup question de fumée, de fumigènes - c'est ainsi que Rodriguez représente les pensées que peut lire John Jones via le martien. Mais justement, tout ça devient un peu fumeux à la longue et le dénouement de la série le confirme.
Des critiques plus intelligent que moi sans doute (ou qui voudront le paraître) loueront l'ambiance hallucinée et ambiguë de ce dernier épisode, qui refuse habilement une solution par une baston convenue. Et qui ménage une sortie lumineuse à une intrigue qui s'était considérablement noircie. Mais je crois qu'il ne faut pas être dupe.
Il y a un fossé entre conclure une histoire intelligemment et conclure une histoire en ayant l'air intelligent. Je ne dis pas que Camp est plus malin qu'intelligent, mais il me fait penser à des auteurs comme Grant Morrison qui avancent avec de grandes idées dont le sens échappe en vérité à beaucoup de gens. C'est ce qui distingue Alan Moore de ces scénaristes qui l'adorent, mais souvent pour de mauvaises raisons.
Je l'avoue, je n'ai pas tout compris de cette fin. C'est comme si, en vérité, il avait fallu finir mais sans complètement finir (pour que le personnage soit réutilisable). Donc, oui, c'est infiniment moins bourrin que Absolute Batman. Mais ce n'est pas plus fin que Absolute Wonder Woman (qui n'avance pas masqué et qui est finalement plus sympathique à lire).
Tout portait à croire que ça finirait mal, mais, sans trop en dire, ce n'est pas le cas, et je pense que Camp n'a à la fois pas eu le choix et en même temps pas eu les couilles. Il aurait pu conclure sur une pirouette, équivoque certes mais renouant avec l'esprit du début. Il a préféré une espèce de happy end un peu arty, assez ouverte. Ce qui aurait pu (dû ?) être audacieux est juste tiède. Et TRES bavard (l'autre défaut majeur de cette seconde partie).
Et les dessins ? Javier Rodriguez est un grand artiste que cette série va propulser dans les sommets, c'est certain. DC a fait preuve d'intelligence en ne le remplaçant pas, préférant lui laisser le temps de tout faire. Et c'est sûr que sans lui la série n'aurait pas eu la moitié de l'intérêt qu'elle a suscitée. Même ceux qui n'ont pas aimé reconnaissent que visuellement c'est peu commun.
Malheureusement, je dois dire que Rodriguez m'a fatigué sur la fin. Le psychédélisme n'a jamais été ma tasse de thé et là, c'est flagrant qu'il a été au bout du délire. C'est cohérent, mais il faut quand même en avoir envie pour apprécier ça pendant douze numéros. Et pour ma part, j'ai atteint mes limites. Souvent comparé à son compatriote et ami Marcos Martin, Rodriguez n'a pas à en rougir, il a trouvé sa propre voie. Mais je continue de lui préférer Martin, qui est un narrateur plus abordable et aussi audacieux.
Voilà, c'est fini. Je pense que, pour ce qui est de la gamme Absolute, je vais sans doute poursuivre Wonder Woman, mais ce sera tout, et uniquement en vf. Je nourris quelques regrets pour Martian Manhunter qui démarrait très fort mais qui m'a lassé, largué. Sans doute que je deviens old school et que ces univers parallèles ne sont pas vraiment faits pour moi au bout du compte.





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