lundi 16 juin 2025

THE OLD GUARD (Gina Prince-Bythewood, 2020)


Andromaque "Andy" de Scythie, Booker, Joe et Nicky sont un groupe de mercenaires immortels qui utilise leur vaste expérience pour aider des civils. Ils acceptent la mission que leur propose Copley, un ancien agent de la CIA, et qui consiste à sauver un groupe de jeunes filles kidnappées au Sud Soudan, brisant ainsi leur règle de ne jamais travailler deux fois pour la même personne.


Mais une fois sur place, ils tombent dans un piège en se rendant compte qu'ils ont été filmés en train d'être tués puis de revenir à la vie. Au même moment, en Afghanistan, Nile, une jeune membre des Marines, est égorgée par un terroriste. Elle se rétablit miraculeusement quelques heures après et est démobilisée. Andy et son équipe voient mentalement la scène et se séparent.


Tandis que Booker, Joe et Nicky se réfugient en France et enquêtent pour localiser Copley, Andy emmène Nile à qui elle explique ce qui lui arrive. Mais la nuit venue, la planque de l'équipe est attaquée par un commando qui enlève Joe et Nicky. Blessée, Andy s'enfuit avec Booker et Nile pour se réfugier dans une autre cache. Andy comprend qu'elle cesse d'être immortelle mais est résolue à sauver ses amis.


Booker réussit à trouver l'adresse de Copley à qui il livre Andy ensuite récupérée par Merrick, magnat de l'industrie pharmaceutique qui compte découvrir le secret des immortels pour en tirer un remède miracle. Restée en retrait, Nile oblige ensuite Copley à la conduire au labo de Merrick pour délivrer l'équipe...


Comme Atomic Blonde, The Old Guard est l'adaptation d'un comic-book, écrit par Greg Rucka, qui en a tiré cette adaptation produite par Netflix, et dessiné par Leandro Fernandez. Toujours comme Atomic Blonde, Charlize Theron a participé à la production en s'attribuant le rôle principal d'Andy. Une suite sera bientôt mise en ligne sur la plateforme.


Je n'ai pas lu la série originale de Rucka et Fernandez, donc j'ignore le degré de fidélité de ce film par rapport au matériel source, mais comme le scénariste est le même et qu'il a su imposer dans son contrat la conservation de certains éléments (comme la romance homosexuelle entre Joe et Nicky)auxquels il tenait, nul doute qu'on a là quelque chose de conforme. 


Maintenant, ceci suffit-il à livrer un long métrage de qualité ? Je ne connais pas davantage le travail de Gina Prince-Bythewood, mais je dois dire que, dans l'ensemble, j'ai trouvé ce qu'elle fait là convaincant. Seulement convaincant ? 

Disons que le gros problème de The Old Guard est son rythme. Pour une durée de quasiment 130', il y a plusieurs passages qui traînent un peu trop à mon goût. La cinéaste a voulu accorder autant d'importance aux scènes d'action qu'aux interactions entre les personnages et à la formation de l'intrigue. Pour aboutir à quelque chose qui accuse à plusieurs reprises un coup de mou.

Il est aussi possible que cela provienne du script car laisser un scénariste de BD adapter sa propre oeuvre n'est pas forcément un avantage. Certes on peut dire qu'il connait mieux que personne l'histoire, les héros, mais on peut aussi arguer qu'il aura certainement envie de couper le moins de choses possibles. Or, un film se construit aussi au montage.

L'un dans l'autre, on a donc le sentiment que The Old Guard ne parvient jamais à trouver le juste équilibre entre ce qu'a voulu conserver Rucka et ce dont Prince-Bythewood a juste besoin. Le début du film est révélateur qui nous montre un échange inutile entre Andy et son équipe (elle rechigne à accepter un nouveau job provenant d'un précédent commanditaire) puis le dialogue entre Copley, Andy et Booker au sujet de cette mission.

En démarrant directement par le piège dans lequel tombe l'équipe et qui révèle au public la nature des héros, on aurait eu une attaque plus directe et aussi évocatrice, mais surtout on aurait gagné dix bonnes minutes. Ensuite, l'autre souci, c'est le méchant de l'histoire, la figure vue et revue du magnat prêt à tout pour, sous couvert de soulager l'humanité, pense surtout aux profits qu'il en retirera.

Finalement, ce grand méchant ne fait pas peur à grand-monde et n'occupe de toute façon pas assez de place dans le récit pour qu'il bénéficie de scènes soulignant son sadisme et sa soif d'argent. C'est comme si, là, Rucka et Prince-Bythewood s'étaient retenus sur le fait de montrer ce qu'il était capable de faire subir à ses cobayes immortels. Dommage.

D'autant plus que, lorsque le film s'intéresse à ses héros, c'est là où il se montre le plus juste. D'abord et surtout parce que Rucka ne traite pas de l'immortalité comme d'une bénédiction mais bien comme un fardeau - d'ailleurs Booker trahit les siens parce qu'il en a assez vivre et de voir ceux qu'il a aimés mourir.

Ensuite, parce que Rucka ne donne jamais d'explication sur la raison pour laquelle untel est immortel. Tout cela semble relever de l'arbitraire. Et en prime cela peut s'arrêter sans plus de raison comme on le voit avec Andy. Certains trouveront cette absence d'explication frustrante, mais je préfère encore ça à un topo pseudo-scientifique.

Enfin, dans le cas d'Andy, son arc narratif est passionnant : elle est si âgée que personne dans son équipe ne sait de quelle ère elle provient. Encore mieux : elle a passé des années, des décennies, des siècles avant de rencontrer une semblable. Et cela s'est mal terminé : Quynh et elle ont été persécutées pour sorcellerie, suppliciées, puis séparées; Ce qui a été fait à Quynh est particulièrement horrible et Andy en ressent une culpabilité insurmontable.

On peut aussi évoquer le cas de la nouvelle recrue, Nile, qui apprend en temps réel ce que devenir immortelle implique et c'est là aussi fort bien amené. Les scènes d'action sont efficaces, même si elles manquent un peu de piment, et on apprécie que ces guerriers aguerris souffrent encore même s'ils se relèvent toujours après avoir été blessés, même gravement.

Le casting révèlera à beaucoup, comme moi, Kiki Layne, très juste et très belle dans le rôle de Nile. Chiwetel Ejiofor est comme d'habitude impeccable. Matthias Schoenaerts est parfait en immortel las. Et bien entendu Charlize Theron est encore une fois magistrale, insufflant au personnage d'Andy une sorte de fragilité inattendue et douloureuse, une urgence à régler une dernière affaire.

Inégal, souffrant de longueurs, The Old Guard aurait pu être bien meilleur. Souhaitons que la production ait tiré les enseignements de ces faiblesses pour la suite qui donne très envie comme la tease la scène post-générique de fin...

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