Mais qui est cette fille qui se fait passer pour Supergirl, au mépris de la sécurité des habitants de Midvale qui pourtant l'idolâtrent ? Hé bien, la vraie Supergirl va mener l'enquête après s'être prise le bec avec l'usurpatrice (et un gorille géant)...
Il y a eu une époque, pas si lointaine (enfin... Si vous avez à peu près le même âge que moi qui ne suis plus tout à fait un jeune homme), où on se demandait, très sérieusement, s'il fallait autoriser la lecture des bandes dessinées, et a fortiori des comics, aux jeunes lecteurs, car c'était susceptible de les corrompre mentalement.
On sait aussi que, plus loin dans le passé, on procédait même à des autodafés et que des ligues pour la protection de la jeunesse censuraient tout ce qui était choquant de leur point de vue (bien évidemment avisé...). Lecteur de "Strange", si tu te rappelles du charcutage et des annulations des séries traduites par Lug, tu sais de quoi je parle.
Mais aujourd'hui, il n'en est plus vraiment question. Comme le dit Todd McFarlane, "c'est devenu cool d'être un geek" - même si les chiffres de vente disent que ça doit être encore plus cool d'aimer les mangas... Et même si l'administration Trump et ses partisans bannissent des comics des bibliothèques municipales et scolaires, des fois que ça donnerait des idées rebelles aux gosses.
"Où veut-il en venir ?" vous demandez-vous. Hé bien, en fait, je crois qu'aujourd'hui donc le débat s'est un peu déplacé. Les éditeurs, américains en particulier (mais nul doute que ça finira par contaminer la France), ciblent de plus en plus des communautés de lecteurs et donnent le feu vert à des projets de séries en fonction du lectorat désigné par leur équipe marketing.
Un des exemples pour prouver cela, c'est les one-shots annuels que DC comme Marvel consacrent à la communauté LGBTQ+ avec le titre Pride ou Voices (ça marche aussi pour des histoires destinées au public afro-américain, latino, asiatique, etc.). Ne tournons pas autour du pot : c'est du wokisme à l'état pur, du politiquement correct, de la repentance bon marché pour s'excuser d'avoir ignorer tous ces fans pendant des décennies.
Mais comme chacun le sait, on fait rarement de bonnes histoires juste avec de bons sentiments. Et d'ailleurs, les bons sentiments dans l'industrie culturelle américaine valent surtout ce qu'ils rapportent en dollars. Si demain, une de ces initiative devait être un bide retentissant, commercialement parlant, nul doute qu'on n'entendrait plus parler d'efforts pour quelque communauté que ce soit.
Le lien avec Supergirl ? Hé bien, la version que produit Sophie Campbell cible explicitement un lectorat féminin et jeune (entendez adolescent). C'est aux antipodes de la version de Tom King et Bilquis Evely dans leur mini Woman of Tomorrow, qui s'inspirait du western True Grit, et qui montrait Supergirl en train de se biturer dans un bar puis accompagner une orpheline dans sa vengeance.
Ici, tout est absolument inoffensif. C'est un comic-book qui ne va surtout pas se risquer à réinventer Supergirl, à la projeter dans un cadre inattendu. D'ailleurs, la référence de Campbell, c'est la sitcom où l'héroïne revient dans le patelin où elle a grandi et se rend compte à la fois de ce qu'elle n'y aimait pas et de ce qu'elle regrette d'avoir laissé derrière elle.
On a donc droit à une intrigue où Supergirl a découvert qu'une autre fille se faisait passer pour elle, où ses parents adoptifs ne la reconnaissent plus. Et dans ce deuxième épisode, les deux antagonistes en viennent aux mains, puis la vraie Supergirl demande de l'aide à Lena Luthor tout en se trouvant un nouveau costume (en attendant elle remet celui dessiné jadis par Jim Mooney).
On croise aussi un gorille géant et complètement con, Streaky le super-chat a été recueilli par Lena Luthor et feule en voyant Krypto le super-chien, les amies d'enfance de Kara veulent savoir ce qu'elle pense de la nouvelle Supergirl et si elle accepte de sortir avec elles. Et la fausse Supergirl ? Elle décide d'arrêter d'être Supergirl et de s'assumer comme méchante (avec elle aussi un nouveau costume).
Cette chose sidérante de bêtise vise donc les jeunes filles. Et on se demande pourquoi elles méritent ça ? Il y a quelque chose de méprisant dans ce fait Campbell (et qu'a autorisé DC) en prenant le public visé pour des idiotes. Mais il y a surtout quelque chose d'édifiant à ce qu'un machin pareil puisse être tout simplement publié.
Evidemment, avec un film consacré à Supergirl à venir l'an prochain, DC a voulu préparer le terrain. Mais ce qui est incompréhensible, c'est que ledit film s'inspirera de Woman of Tomorrow de King et Evely, et sera donc à des lieues de ce nanar en bandes dessinées !
Quand j'ai su que j'allais devoir écrire cette critique, au moins pour expliquer pourquoi j'allais arrêter de suivre cette série, je pensais m'en tenir à quelque chose comme "je ne suis pas le bon public pour ça", "ce n'est pas fait pour moi". Mais la vérité, c'est que je crois que ce n'est fait pour personne, personne ne mérite un comic-book aussi pourrave.
Le premier numéro avait quelque chose de sympa qui piquait la curiosité et qui, pouvait-on espérer, serait digne du reste de la production Superman actuelle. Mais ce deuxième épisode est tellement affligeant, honteux, qu'il révèle le vrai visage de son auteur et de son contenu. Vraiment, c'est à chier. Et j'espère que ça va se planter car Supergirl et les lecteurs méritent mieux.





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