THE MORTAL THOR, VOL. 1 : NO GODS, NO MASTERS
(The Mortal Thor #1-5)
Depuis la mort de Thor, l'existence des dieux asgardiens a été effacée de la mémoire des terriens. Au sein des Avengers, tout le monde croit que c'est Beta Ray Bill qui a toujours occupé son rôle. Qui est Sigurd Jarlson, cet immigré norvégien qui s'est installé dans le même immeuble que la jolie Kristin Soek et qui ressemble beaucoup au défunt fils d'Odin ? Lui-même n'a que peu de souvenirs de son passé et il a pour seul ami un gamin rouquin qu'il appelle Lucky...
Pour gagner de quoi payer son loyer, Sigurd refuse pourtant l'offre d'emploi d'un chef de chantier de la compagnie Roxxon quand il comprend qu'il prendrait la place d'un ouvrier gréviste. Le recruteur envoie des bikers lui casser la figure mais ils tombent sur plus fort qu'eux. L'incident remonte jusqu'à un certain Mr. Blake, à la tête d'un groupe des Fils du Serpent. Ceux-ci s'invitent sur le chantier de Jennifer Sapristi qui a engagé Sigurd...
Cependant, sur Asgard, les proches de Thor pleurent leur régent. Magni Thorson, originaire de la Terre 3515 et fils du dieu du tonnerre de ce monde et d'Amora l'Enchanteresse, rechigne à s'asseoir sur le trône. A moins que les circonstances ne l'y obligent...
Il y a peu, je réfléchissais à lire The Mortal Thor, ayant été déçu par le travail de Chip Zdarsky sur Captain America et celui de Joshua Williamson sur Iron Man (deux titres que j'ai lâchés). Je fondais beaucoup (trop ?) d'espoir sur ces scénaristes pour redonner du lustre aux deux Vengeurs. Allais-je être convaincu par Al Ewing sur le dieu du tonnerre ?
Avant de démarrer ce blog il y a deux ans, j'avais, sur le précédent, traité des huit premiers épisodes de The Immortal Thor (et les quatre suivants ici) déjà écrit par Ewing. Je n'étais pas allé plus loin parce que le dessinateur Martin Coccolo avait préféré quitter le titre (pour Wolverine) et qu'il avait remplacé par le/la médiocre Jan Bazaldua. Mais aussi (surtout) parce que je n'étais au fond pas très motivé.
Je craignais donc d'être un peu perdu en lisant The Mortal Thor qui se présente comme la suite de The Immortal Thor. Toutefois, sur ces cinq premiers épisodes, je ne me suis pas senti égaré. Peut-être plus tard, on verra. Je savais que The Immortal Thor se terminait par la mort de Thor Odinson, tué par Loki pour des raisons qui en vérité correspondaient à un plan très ancien de Ewing.
Car, mine de rien, ça fait un moment que le scénariste tourne autour des asgardiens. Il a écrit la série Loki : Agent of Asgard (et il avait fait de Loki un de ses Defenders) à laquelle viennent donc d'ajouter 25 n° de The Immortal Thor. A chaque fois, il a creusé un sillon très personnel tout en faisant preuve d'un grand souci de la continuité.
La constante dans toutes ces séries, c'est donc Loki dont Ewing fait le raconteur d'histoires ultime, le skald. Loki écrit des récits, manipule les faits, et va même jusqu'à les réécrire. Il n'est pas exagéré de penser que Ewing est Loki et vice-versa. Et la fin de The Immortal Thor pouvait signifier que la mort du dieu du tonnerre n'était qu'un livre de plus dans le grand roman écrit par Loki.
Cela veut-il dire que The Mortal Thor sera un récit initiatique dont le héros, Sigurd Jarlson, est amené à devenir le nouveau dieu du tonnerre ? Sigurd Jarlson ne sort pas du chapeau de Ewing, il a été créé en 1983 par Walt Simonson dans Thor #341 après que le personnage de Donald Blake ait été abandonné.
Toute la question est de savoir si le Sigurd Jarlson qu'on trouve dans The Mortal Thor est bien le même que celui du Thor de Simonson. Dans l'épisode 3 de ce tome 1, Odin ne le reconnait pas comme son fils réincarné et il est vrai que Jarlson, ici, est un individu violent, qui n'hésite pas à blesser gravement et même tuer ceux qui l'agressent ou qu'il attaque.
En revanche, Ewing se montre moins énigmatique avec d'autres personnages : Lucky, le gamin rouquin, est évidemment Loki. Odin resurgit de manière habile, condamné désormais à errer sur Midgard (la Terre) après avoir réussi à quitter le Valhalla mais sans pouvoir regagner Asgard. Et dans l'épisode 4, on revoit des visages familiers comme les 3 Guerriers (Fandral, Hogun, Volstagg), la Valkyrie (Hildegarde), Heimdall, Sif, Amora l'Enchanteresse, Ulik le troll.
Cet épisode 4 révèle l'autre dimension de la série : Asgard n'a plus de souverain mais a un fils de Thor, Magni Thorson. Celui-ci vient de la Terre 3515 et est le fils d'Amora et du dieu du tonnerre de ce monde parallèle. Toutefois il ne s'estime pas digne du trône et sa mère complote pour qu'il s'y asseye. Comme les terriens ont tout oublié des dieux d'Asgard et que le Pont Arc-en-Ciel n'existe plus non plus, les deux royaumes sont séparés.
Ewing va donc sûrement aller et venir ponctuellement entre Midgard et Asgard en développant deux intrigues qui vont, inévitablement, se croiser. A la fin de ce tome 1, Sigurd fait la connaissance d'un personnage que Donny Cates a contribué à changer radicalement et Ewing en fait évidemment son miel, réussissant encore une fois à tirer le meilleur de ce qu'ont fait ses prédécesseurs.
C'est donc passionnant à lire. Très ambigu, très dense, mais aussi très mouvementé, avec de l'action beaucoup d'inventivité (voir la manière dont Sigurd se sert de son marteau...). Le lecteur est embarqué dans une histoire multi couches captivante par un auteur qui sait tout de son personnage-titre et arrive à rendre tout ça digeste pour n'importe qui - impressionnant.
Cette fois, il semble aussi que Ewing ait convaincu Marvel de lui donner un artiste qui ne lui filera pas entre les doigts et c'est donc Pasqual Ferry qui, lui aussi, renoue avec l'univers de Thor (il avait illustré des épisodes du run de Matt Fraction en 2012). Après avoir fait son come back sur Doctor Strange de Jed MacKay, l'artiste espagnol prouve qu'il est redevenu régulier.
Alors certes on peut trouver que ses planches ont un côté un peu brut de décoffrage. Ferry a toujours travaillé sur tablette graphique mais depuis Dr. Strange, son trait a évolué pour conserver l'aspect d'un dessin moins peaufiné. C'est déstabilisant au début puis on s'y fait, ça a même un côté plus frais, plus spontané, qui correspond avec l'idée d'un nouveau départ pour le héros et ses aventures.
Par ailleurs Ferry montre un indéniable talent dans les scènes d'action : les bastons avec les bikers, ou l'affrontement avec les Fils du Serpent dépotent bien. C'est du brutal et le découpage est très dynamique. Sigurd est croqué comme un type charpenté, sculpté, ombrageux, on n'a pas envie de l'emmerder. Et cela apporte un contraste épatant avec Loki/Lucky, ce gosse malicieux (personnellement, j'ai toujours adoré cette version "Kid Loki" popularisée par Kieron Gillen dans Journey into Mystery et Young Avengers).
Sur l'épisode 4, qui se déroule donc sur Asgard, Ferry est remplacé par Juann Cabal. Un autre espagnol donc qui avait déjà magistralement collaboré avec Ewing sur Guardians of the Galaxy (Panini serait bien inspiré de rééditer ce run, en Deluxe ou en Omnibus par exemple). Depuis, Cabal a connu plus de bas que de hauts, en compagnie d'auteurs moins inspirés.
Mais ça fait plaisir de relire ses planches, au trait toujours aussi classieux, aux compositions toujours élégantes. Pourquoi Marvel ne lui a-t-il pas donné le poste de dessinateur principal ici ? Non pas que je me plaigne de Ferry, mais j'espère en tout cas que Ewing saura lui attribuer plus que quelques intermèdes de ci, de là.
Ce qui est certain, c'est que ce premier tome de The Mortal Thor et ces cinq premiers épisodes sont nettement plus convaincants que ceux de Captain America par Zdarsky et d'Iron Man par Williamson. Al Ewing, c'est évident, ne boxe pas dans la même catégorie, pourtant il reste moins connu et populaire. Alors, en plus de son Venom, laissez-vous tenter par cette série.






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