Linda Liddle s'occupe de la stratégie d'une grande entreprise et compte sur une promotion promise par son patron. Mais celui-ci meurt et c'est son fils, Bradley, qui hérite de la direction de la boîte. Plutôt que récompenser Linda, il préfère confier des responsabilités à Donovan, qu'il a connu au lycée. Lorsque la jeune femme confronte son boss, il feint d'être impressionné par son audace et l'invite à les accompagner, lui et les cadres, pour un voyage d'affaires à Bangkok.
Durant le vol, Donovan humilie Linda en montrant à Bradley la vidéo de son audition pour l'emission "Survivor". Des turbulences secouent le jet privé et provoquent son crash en pleine mer. Le lendemain matin, Linda reprend connaissance sur la plage d'une île. Elle trouve plus loin Bradley, le seul autre survivant, blessé. En attendant qu'il reprenne ses esprits, elle construit un abri, trouve de l'eau et de la nourriture.
Mais Bradley continue de la traiter comme une subordonnée en espérant que des secours vont rapidement arriver. Encore faudrait-il qu'ils sachent où les chercher et que Linda se signale à un bateau qu'elle aperçoit au large de l'autre côté de l'île...
Je dois avouer que, bêtement, quand ce film est sorti, je ne me suis pas déplacé pour aller le voir car j'avais lu une critique incendiaire à son sujet, soulignant que Sam Raimi, son réalisateur, en était réduit à commettre une tel produit pour se rappeler à notre bon souvenir. Visiblement le journaliste auteur du papier considérait que le cinéaste culte de Evil Dead (181-1992) et de la première trilogie Spider-Man (2002-2007) était un has-been.
J'ai finalement pu rattraper le coup et je dois dire que la sévérité de la critique me laisse perplexe. A-t-on vu le même film ? Ou est-ce devenu de bon ton de brûler ses idoles au prétexte qu'ils ne font plus les films qu'on espère d'eux ?
Sam Raimi n'est pas le seul à être descendu de la sorte : ses copains, les frères Coen, ne trouvent plus grâce aux yeux de nombre de cinéphiles par exemple, idem pour Tim Burton. Mais est-ce juste de dénigrer des cinéastes parce que leurs longs métrages récents ne correspondent plus à ceux qui les ont révélés ? Ne peut-on admettre que leurs ambitions, leurs envies évoluent ?
Cela fait quatre ans que Raimi n'avait plus tourné, essoré par la production de Doctor Strange and the Multiverse of Madness et l'interventionnisme de Kevin Feige, qui a fait remonté le film jusqu'à en faire de la bouillie (dégoûtant aussi Elizabeth Olsen de prolonger son aventure au sein du MCU). Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi il a jeté son dévolu sur un "petit" film comme Send Help.
Pour ma part, j'ai retrouvé un Sam Raimi que j'aime autant que sur ses films cultes, celui de Un Plan Simple (1998), un polar méconnu et qui gagne à ne pas le rester. Le scénario de Damian Shannon et Mark Swift est très simple : c'est un récit survivaliste traité à la manière d'une comédie noire et le réalisateur transcende ce matériau en un divertissement alerte.
L'héroïne est victime d'un machisme toxique : on lui a promis une promotion, méritée vu ses états de service et son dévouement, et un incompétent en hérite indûment. Mais la chance tourne d'une manière grinçante quand le jet privé qui les emmène, elle, son patron et celui qui a profité de ses compétences, à Bangkok s'écrase en pleine mer.
Elle est la seule à survivre avec son boss et c'est une étonnante opportunité qui s'offre à elle car, adepte des émissions où les candidats doivent lutter dans des conditions extrêmes, elle sait comment se débrouiller au coeur d'une nature hostile alors que son supérieur en est incapable, habitué depuis toujours au luxe et au confort.
Alors la dominée devient la dominante et le dominant dépend de celle qui était son employée. Le twist est savoureux mais Raimi ne s'appesantit pas sur le commentaire sociale (on n'est pas chez Ken Loach, dieu merci). Le cinéaste préfère à la fois montrer comment l'environnement va modifier les comportements de chacun et ensuite, inévitablement, comment les choses vont dégénérer.
C'est là que tout le brio de Raimi peut s'exprimer et que le spectateur peut apprécier à quel point il n'a rien perdu de son savoir-faire. Même si le personnage de Bradley est constamment imbuvable, cela ne signifie pas que Linda est une gentille fille. Elle se montre odieuse, sadique, exultant en voyant à quel point son patron devient dépendant d'elle.
Raimi a recours à des mises en scène très ingénieuses comme lorsqu'il répète le même mouvement d'appareil plusieurs fois sur le visage de Bradley dans la même journée pour montrer, alors que Linda l'a abandonné, comment il passe de la suffisance à l'agacement à la colère au désespoir. Ou encore, plus tard, comment, en se rappelant le génie du cinéaste pour faire peur, il invoque le retour de la fiancée de Bradley méchamment abîmée et qui tourmente Linda.
Par ailleurs, au deux tiers du film, on a droit à un épatant sursaut dramatique quand Linda découvre quelque chose de totalement inattendu sur l'île et qui explique du coup bien des choses relatives à des outils qu'elle prétend avoir récupérés après le crash. Le final offre enfin un affrontement d'une brutalité inouïe mais aussi grand-guignolesque comme les apprécie Raimi. L'épilogue de l'histoire est sarcastique à souhait et vient expliquer le vrai sens du titre.
Car ici, comme le dit Linda, il ne s'agit pas d'attendre de l'aide, des secours : pour s'en sortir, il ne faut compter que sur soi, quitte à manipuler l'autre, à renverser la situation, à se comporter comme l'enflure qui nous faisait souffrir auparavant. Très drôle et très acide.
Sam Raimi avait estimé, en tournant Doctor Strange 2, que Rachel McAdams y était sous-exploitée et il lui offre ici un premier rôle extraordinaire. Comédienne discrète mais très brillante, elle est effectivement formidable dans ce rôle de victime qui se transforme en bourreau, avec une lueur de folie flippante dans le regard, parlant toujours trop fort, distillant un malaise permanent.
Face à elle, Dylan O'Brien paraît d'abord un peu fade, manquant de charisme - et c'est assez rigolo car son personnage le reproche justement à celui de Linda. Puis, plus le film avance, plus il s'impose comme un partenaire épatant. Il est littéralement ce type falot, qui se croit supérieur, qui va le payer très cher, à qui on ne peut absolument pas faire confiance.
Send Help mérite donc bien mieux que le dédain d'experts cinéma qui regrettent surtout que le temps passe pour eux comme pour les cinéastes qu'ils ont adorés. Sam Raimi est loin d'être fini !







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