New York, fin des années 1990. Hank Thompson est un ancien prodige du baseball qu'un accident de la route a stoppé net dans son élan et qui travaille désormais comme barman. Son voisin, un punk anglais, Russ Miner, part à Londres voir son père malade et lui confie son chat, Bud. Peu après, deux russes frappent à la porte de Russ et tabassent Hank. Après avoir subi une ablation d'un rein suite aux coups reçus, Hank est interrogé par l'inspecteur Elise Roman qui lui révèle que Russ est mêlé à un trafic de drogue avec des juifs hassidiques, les frères Drucker.
Hank trouve dans la litière de Bud une fausse crotte en plastique à l'intérieur de laquelle se trouve une clé. Les frères Drucker s'introduisent dans l'appartement de Russ et l'inspecteur Roman est avertie. Effrayé à l'idée d'être confronté à eux, Hank sort se soûler dans le bar où il travaille puis rentre chez lui, où il vomit devant la porte de son immeuble, laissant ses vêtements souillés à un sdf. Les russes lui tombent à nouveau dessus avec un portoricain, Colorado, à la recherche de la clé, qui lui laisse 24 h. pour la retrouver.
Hank confie Bud à sa petite amie Yvonne puis retourne au bar mais il est pris en chasse par les Drucker...
Comme David Fincher, qui usine à présent pour Netflix entre projets personnels et commandes pour la plateforme de streaming, Darren Aronofsky a clairement vu son étoile pâlir depuis Black Swan et plus généralement depuis le début des années 2000. Il dépend lui aussi du bon vouloir des studios prêts à financer ses longs métrages en échange de quelque work-for-hire.
Mais si Fincher a su garder une réputation de cinéaste intègre malgré tout, Aronofsky est désormais davantage connu pour rapporter des Oscar à ses acteurs (Natalie Portman, Brendan Fraser) que pour la qualité réelle de ses oeuvres. Il a même fini, récemment, par commettre une websérie générée par intelligence artificielle (On this day... 1176). C'est dire s'il est tombé bien bas...
Qu'attendre alors de Caught Stealing (en vo) ? C'est clairement un film de commande dans lequel le cinéaste s'est investi sans renouer avec les éclats de ses meilleurs opus. Le public ne s'est pas déplacé et les recettes ont été deux fois inférieurs au budget. Ce qui devait être le premier volet d'une franchise est mort dans l'oeuf.
Car l'histoire a été adaptée par Charlie Huston d'un volume de sa série de romans. Le héros est un ancien joueur de baseball à l'université dont la carrière a été brisée par un accident de la route. Devenu barman, il refait chaque nuit le même cauchemar où, au volant de sa voiture, il a percuté un poteau, tuant son passager sur le coup.
Il vit une romance avec Yvonne, une jolie infirmière, sans vraiment s'engager sérieusement avec elle. Il boit plus que de raison. A la ramasse, il accepte, à contre coeur, de garder le chat de son voisin et ami Russ, un punk anglais, mêlé à un trafic de drogue. C'est le début des emmerdements car Hank va se trouver traqué par des mafieux russes, un gangster portoricain, des juifs hassidiques et une flic soupçonneuse...
Ce personnage de chat noir que "la mort poursuit d'un zèle imbécile" (comme chantait Brassens) est un classique du film noir. Aronofsky a saisi l'intérêt à s'emparer du genre, lui qui porta un temps le projet d'adapter Batman : Year One (le chef d'oeuvre de Frank Miller et David Mazzucchelli, inspiré par le polar des années 70).
En situant l'intrigue à la fin des années 90, il est débarrassé de la technologie moderne qui court-circuite bien des problèmes qui font le sel des histoires criminelles en permettant aux personnages de communiquer trop facilement. A cette époque, les premiers téléphones portables sont encore rudimentaires, et Internet balbutiant.
Grâce à sa mise en scène nerveuse, car Aronofsky comme Fincher est un cadreur virtuose, Pris au piège maintient une bonne tension, ponctuée de ce qu'il faut de moments plus calmes pour permettre à son héros de souffler et réfléchir comme le spectateur. Il aurait pu se passer de remontrer si souvent l'accident de Hank car l'effet d'une scène clé s'en trouve malheureusement victime vers la fin.
Toutefois, on ne peut que constater à quel point tout cela est impersonnel. La référence, assumée, est After Hours de Scorsese (Griffin Dune, qui en était la vedette, est même présent ici dans un petit rôle), mais jamais Caught Stealing n'égale l'intensité de son modèle. L'abondance de twists nuit également beaucoup à l'ensemble et contredit la sécheresse désespérée du film noir.
Le casting est très bon dans l'ensemble, surtout dans les rôles secondaires, comme le tandem de juifs hassidiques campé par Vincent d'Onofrio et Liev Schrieber. Matt Smith s'est fait un look incroyable et vole aisément la vedette à tout le monde dès qu'il apparaît. Regina King cache bien son jeu dans le rôle de l'inspecteur et Zoë Kravitz est très jolie (même si elle le sera toujours moins que ne le fut sa mère - ah, Lisa Bonet !).
Austin Butler souffre du même mal que Glen Powell, même s'il a pour lui des cinéastes plus prestigieux qui le choisissent. L'échec commercial du film est forcément aussi le sien et prouve bien que Hollywood manque cruellement à l'heure actuelle de vraies stars masculines, capables de porter un long métrage sur leurs épaules, d'attirer en masse le public sur leur nom.
Il est pourtant pas mal ici, mais son jeu reste limité, il ne prend pas assez cher physiquement pour convaincre en vrai anti héros maudit de film noir, comme si consigne avait été donnée de ne pas trop l'abimer. Je n'ai rien contre lui ou Powell mais comme Chalamet et les autres wannabe, ce n'est pas avec eux qu'on va oublier Tom Cruise et Brad Pitt qui, à 60 balais passés, les dépassent en charisme.
Bref, Pris au piège est sympa, mais manque un peu de piquant.







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