Meilleurs amis depuis toujours, Alice et Steve, tous deux la cinquantaine, assistent aux obsèques d'une connaissance. Ils vont noyer leur chagrin en boîte et rentrent éméchés chez Alice qui invite Steve à dormir sur le canapé. Izzy, la fille ainée d'Alice, 26 ans, est présente alors qu'elle vient de rompre avec son petit ami Janis. Dans la nuit, alors qu'elle se lève pour boire, Izzy propose un rafraîchissement à Steve. Une chose en entraînant une autre, ils couchent ensemble.
Le lendemain matin, ils conviennent de ne pas en parler à Alice et que cela ne se reproduira pas. Mais plus ils évoquent le sujet, plus il devient clair qu'ils ont des sentiments l'un pour l'autre. Et quand,, après plusieurs jours sans nouvelles de Steve, Alice débarque chez lui à l'improviste et y trouve sa fille, cette dernière avoue tout. Dévastée, Alice décide de tout faire pour mettre fin à cette relation et une guerre ouverte se déclenche entre les deux désormais ex-meilleurs amis...
J'ai binge watché cette série de 6 x 25' entre deux articles et j'en rédige la critique tant que c'est chaud. J'avais lu beaucoup de bien au sujet de Alice & Steve (en vo) avant d'apprendre que son auteur n'était autre que Sophie Goodheart, à qui l'on doit la série Sex Education (2019-2023) qui est disponible sur Netflix.
Ici, la scénariste s'attaque aux clichés de la comédie romantique en imaginant comment un homme de cinquante ans tombe amoureux de la fille de 26 ans de sa meilleure amie. Evidemment, avec le mauvais esprit qu'on apprécie chez les britanniques, tout ne va pas bien se passer. Du tout. Et la série n'occulte rien des aléas de cette intrigue avec un humour féroce.
Malgré tout, la qualité première de ce show vient de son absence de jugement moral. On peut être choqué par le fait qu'un type sorte avec une fille qui a l'âge que pourrait avoir sa propre progéniture. Ou bien être offusqué de le voir trahir une longue amitié. Mais on peut aussi trouver pathétique l'entêtement de la mère qui refuse absolument cette liaison et de pardonner à son ancien camarade.
Comme dans le cultissime Fleabag de Phoebe Waller-Bridge, le récit se déploie sans prendre de gants. personne n'est épargné et le comportement des uns et des autres n'a rien de reluisant. Mais, comme je le disais, Goodheart, elle, refuse de favoriser l'une ou l'autre partie. Elle observe cette guerre de tranchées, ses coups bas, et examine pourquoi ce qui se passe a de tels effets.
Il faut bien comprendre que Izzy n'est pas une jeune femme sous emprise ou idiote. Elle ne tombe pas dans les bras de Steve parce qu'il l'a draguée ou bien pour embêter sa mère ou même pour compenser sa rupture avec Janis. C'est même tout le contraire qui se produit : elle discute simplement sur un bout de canapé avec l'ami de sa mère et lui avoue le trouver "bizarrement sexy" alors qu'il se confie à elle. Avant cela, on peut imaginer qu'elle ne l'avait même jamais calculé.
C'est bien elle qui l'embrasse la première, et c'est encore elle qui va chez lui, lui avoue ses sentiments, le pousse à avouer les siens, et surtout et enfin avoue tout à sa mère, parce qu'elle ne peut pas dissimuler ça plus longtemps. En revanche, c'est aussi Alice qui pète immédiatement les plombs et refuse jusqu'au bout d'envisager que sa fille fait ses propres choix.
La vengeance d'Alice est mémorablement mise en scène : elle frappe sans ménager Steve et se montre impitoyable. On peut même dire qu'elle commet des crasses innommables, indignes. Elle est souvent odieuse et pas qu'avec lui - son mari Daniel, plus jeune qu'elle, en fait les frais et il finit par se rendre compte de la toxicité de leur mariage au contact d'une collègue qui tente d'abord de le séduire avant de l'aider à être plus autonome, moins soumis.
Steve réplique bien entendu et lui aussi ne s'embarrasse bientôt plus d'élégance pour riposter. Mais il finit par arrêter le premier car son histoire avec Izzy lui importe davantage que de dominer le match contre Alice. Même quand un twist menace de tout faire basculer (relativement à l'identité du père de l'enfant que porte Izzy), il fait preuve de beaucoup de mesure et d'altruisme.
Si je trouve un défaut à la série ? Deux en fait. Le premier, c'est que le personnage d'Alice manque de nuances, elle est littéralement incapable de s'extraire de son schéma vengeur. Elle passe vraiment pour une cinglée assez grotesque et je pense que la série aurait gagné à la voir évoluer avec un peu plus de nuance, de subtilité. Tout le monde évolue dans cette histoire, sauf elle. Dommage.
Le second, c'est le dénouement. J'ignore si une saison 2 est prévue. La fin ouverte le laisse penser. Mais en l'état je trouve que ça s'arrête un peu n'importe comment, comme si Goodheart ne savait plus comment faire. Si l'histoire reprend, je serai curieux de voir comment, mais si c'est pour repartir sur les mêmes bases, autant s'en dispenser. Ce serait juste répétitif et inutile.
Le casting rassemble des acteurs que je ne connaissais pas du tout. Nicola Walker incarne Alice et surligne hélas ! les défauts d'écriture de son rôle : elle est trop en roue libre. Au début, c'est marrant, ensuite c'est flippant, et à la fin c'est ennuyeux. Jermaine Clement, dans la peau de Steve, est bien plus sympathique et son interprétation défend efficacement le personnage. Entre eux il y a la jolie Yali Topol Margalith qui réussit à exister sans surjouer ni s'effacer en campant Izzy.
La série aurait pu éviter quelques clichés qu'elle prétend par ailleurs dénoncer, comme la copine gender fluid du frère d'Izzy, ou les allusions aux accusations de pédophilie de Woody Allen. Primo, le quota de minorité visible et deuxio, les jugements sur des personnes innocentes, ça me fait chier. Et ici, ça n'ajoute strictement rien au sujet.
Alice et Steve comporte donc quelques tares non négligeables, mais c'est un jeu de massacre parfois vraiment réjouissant et une anti romcom iconoclaste.







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