jeudi 4 juin 2026

MARC SPECTOR : MOON KNIGHT #1-5 (Jed MacKay / Devmalya Pramanik)

 

 



Marc Spector a été enlevé et officie comme coursier dans une compagnie dont le patron, Mr. Smith, le tourmente en lui demandant d'expédier une lettre à Jean-François "Frenchie" Duchamp. Spector n'a aucun souvenir de sa vie passée et ignore donc complètement ce qu'il fait là où qu'il a été Moon Knight. Il est en réalité captif de l'Agence Byzantine et drogué par Mr. Fear.


Mais Zodiac lui vient en aide et ensemble ils massacrent les agents de Byzantine. Mr. Fear observe la situation dégénérer et veut prendre la fuite pendant que Smith révèle sa véritable identité : Raoul Bushman. Zodiac piège les deux ennemis dans une pièce étanche où il diffuse le gaz hallucinogène de Mr. Fear pour qu'ils se battent à mort.


Moon Knight prend l'avantage et Zodiac la fuite à son tour. Mais pourquoi les amis de Moon Knight ne sont pas venus à son secours ?


Le recueil du premier volume de Marc Spector : Moon Knight n'a pas encore été sollicité mais je pense qu'il rassemblera les cinq premiers numéros de ce nouveau titre. Après Moon Knight : Fist of Khonshu, Marvel et Jed MacKay relancent donc les aventures du héros avec un nouveau titre, selon la stratégie de l'éditeur qui veut que cela puisse attirer de nouveaux (et plus nombreux) lecteurs.


Si c'est à ce prix qu'on peut lire la suite du run de MacKay, alors je m'en accommode, même si le bien-fondé de la chose reste à prouver. Fist of Khonshu s'achevait sur un cliffhanger où on assistait à la sédation et à l'enlèvement de Moon Knight devant la Midnight Mission. On reprend le cours des choses une semaine après ce kidnapping.

MacKay désarçonne le lecteur en montrant Marc Spector devenu coursier dans une entreprise dont on découvre vite qu'il s'agit d'une façade pour une base appartenant à l'organisation d'espions, l'Agence Byzantine. Spector ne se souvient plus qu'il est Moon Knight, il est tourmenté par Mr. Smith, son patron, qui insiste pour qu'il envoie un courrier à Jean-François "Frenchie" Duchamp.

Dans le dos de Smith, les plus avertis reconnaîtront Mr. Fear, un vilain habituellement attaché à l'univers de Daredevil (la dernière fois que je l'ai vu, c'était lors du run de Ed Brubaker, de 2006 à 2009, ça commence donc à dater). C'est un méchant qui fait penser à l'Epouvantail chez Batman, avec l'emploi de gaz hallucinogènes au contact desquels il est devenu insensible à la peur.

Spector est donc sous emprise pendant une quinzaine de jours jusqu'à ce que Zodiac le réveille. J'ai d'abord un peu regretté que le scénario ne fasse pas durer plus longtemps le cauchemar du héros, pour souligner le malaise chez le lecteur. Mais MacKay n'a visiblement pas de temps à perdre : sa série, il le sait, ne peut survivre qu'en allant vite. Si elle perdait des lecteurs en rallongeant la sauce, elle serait vite annulée.

Après un combat, épique, contre Bushman, Moon Knight retrouve sa liberté mais Zodiac le pousse à s'interroger sur le fait que ses amis ne soient pas venus le libérer. Un deuxième acte s'ouvre alors et le scénariste nous dévoile la raison de l'absence de Tigra, Hunter's Moon, 8Ball, Reese et Soldier, ce qui va nous entraîner dans une deuxième intrigue avec une maison hantée redoutable.

C'est palpitant de bout en bout et à la toute fin du cinquième épisode, on comprend où MacKay veut en venir. C'était même suggéré à la fin de Fist of Khonshu quand il a utilisé Clea Strange. Sans trop spoiler, attendez-vous dès le n°6 au retour d'une équipe culte dont Moon Knight fut un des membres. Indice : ce ne sont pas les Défenseurs...

Depuis maintenant cinq ans, Jed MacKay anime donc les aventures de Moon Knight et il a su rendre à ce personnage souvent comparé, à tort, à Batman sa superbe, tout en allant dans une direction différente de Charlie Huston, Warren Ellis ou Jeff Lemire (pour ne citer que les plus récents). Mais au lieu de ne pas tenir compte des travaux de ses devanciers, il les a la fois synthétisés et dynamisés.

Le trait le plus notable, c'est qu'il a sur ne pas abuser des personnalités multiples du héros. Il l'a surtout entouré de seconds rôles, donc certains sont des créations originales (comme Hunter's Moon), récupérant d'autres personnages négligés (comme Tigra). Et il en fait une série où l'action domine, avec de la violence (correspondant à la nature de Moon Knight) mais sans outrance.

Si les deux premières séries (Moon Knight adjectiveless et Vengeance of Moon Knight) étaient liées, Fist of Khonshu procurait un point d'entrée appréciable pour ceux qui n'avaient pas encore craqué. Et cette fois-ci, il faut évidemment avoir lu Fist of Khonshu pour comprendre Marc Spector : Moon Knight. Si vous avez tout lu du Moon Knight de MacKay depuis 2021, vous mesurerez l'ambition et la qualité de son run.

MacKay illustre bien ce que sont les scénaristes Marvel actuellement : les plus prolifiques, comme lui, sont exploités à fond par l'éditeur, quitte à se voir confier des séries où ils sont nettement moins inspirés. Lui en particulier brille sur des personnages un peu à la marge alors qu'il peine davantage à convaincre sur des blockbusters (type Avengers ou X-Men).

C'est la différence avec la génération précédente (Bendis, Aaron, Brubaker, Hickman...) qui ont tous démarré sur des titres de seconde main pour ensuite piloter de grosses machines. Marvel a fait brûler les étapes à MacKay alors qu'il est plus doué sur des titres où il peut expérimenter. Le souci, c'est qu'en écrivant Avengers ou X-Men, il est très exposé à la critique et des lecteurs ignorent alors le talent dont il fait preuve sur Moon Knight.

C'est d'autant plus dommage qu'il a toujours été accompagné par de brillants artistes sur ce titre : après Alessandro Cappuccio, il a trouvé en Domenico Carbone un partenaire de choix, et à présent il prolonge avec l'extraordinaire Devamlya Pramanik qui donne une dimension incomparable à ses scripts. Ce dernier avait laissé la place à Carbone sur la fin de Fist of Khonshu pour prendre de l'avance sur Marc Spector : Moon Knight.

Il produit donc ces cinq épisodes (et il sera encore présent au moins sur les deux suivants) pour un résultat rien moins qu'impressionnant. Le découpage, les compositions de plans, le flux de lecture sont renversants. Pramanik sublime les textes par une mise en images spectaculairement inventive et immersive.

La forme des cases devient folle, reflétant la psyché tourmenté du héros, les combats sont brutaux et chorégraphiés, les angles de vue sont vertigineux. Il n'a peur de rien et joue sur les exagérations, les déformations, en utilisant des anamorphoses, en transformant le cape de Moon Knight en une extension délirante de son costume.

Tout est too much chez Pramanik mais quelle force, quelle puissance dans le trait. C'est véritablement grandiose. Depuis quand une BD Marvel avait-elle procuré une telle sensation graphique ? Et il faut mentionner l'exceptionnelle colorisation de Rachelle Rosenberg, qui est là depuis le début du run de MacKay !

Bref, c'est reparti pour un tour de grand huit et ce qui s'annonce promet encore des sensations fortes !

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