Melissa est la femme de Brandt Ruger, un baron du bétail sadique. Il part avec des amis pour une partie de chasse à bord d'un train luxueux où les attend un wagon de prostituées. Le bandit Frank Calder désobéit au shérif local de ne pas s'attarder dans le coin et kidnappe Melissa qu'il prend pour une institutrice et à qui il demande de lui apprendre à lire.
Lorsque Ruger apprend que sa femme a été kidnappée, il invite ses amis à chasser non plus le gibier mais la bande de Calder avec des fusils à longue portée qu'il a achetés. Calder, pourtant, protège d'abord Melissa de ses hommes qui veulent la violer, mais c'est pour mieux la forcer la nuit venue après qu'elle a tenté de s'échapper et de le poignarder.
Ruger et ses amis remontent la piste de Calder et sa bande et commencent alors à éliminer les bandits un par un, grisés par la supériorité que leur donne leurs fusils. Melissa, elle, s'entiche de son ravisseur qui fait tout pour qu'elle ne soit pas tuée, ignorant que c'est son mari qui les poursuit...
The Hunting Party, soit "La Partie de Chasse", est un film qui traîne une sale réputation. Don Medford quittera même le cinéma après avoir mis en scène le scénario écrit par Gilbert Ralston, William W. Norton et Lou Morheim ! Il faut dire que la pré-production s'était déjà très mal passée avec le casting initial qui avait déserté, refusant de tourner dans l'enfer d'Almeria en Espagne.
Car Les Charognards (en vf) est d'abord une énième tentative de western tourné par des américains (et des britanniques) dans le sillon des succès des westerns spaghetti. On y retrouve tous les clichés du genre, avec des personnages crasseux et immoraux, des situations violentes et outrancières, jusqu'au dénouement brutal et pessimiste.
Mais, donc, le film sera un échec commercial après avoir été étrillé par la critique. Gene Hackman, une de ses vedettes, le reniera même. Oliver Reed, qui joue son adversaire, sera, lui, pris dans le scandale des Diables (de Ken Russell, sorti la même année) et n'arrangera guère son cas en étalant sa misogynie durant un late show de l'époque (en présence de Shelley Winters).
Est-ce, malgré tout, un bon film ? C'est en tout cas un film de son époque. Mais qui souffre aussi de la comparaison avec un authentique chef d'oeuvre, Les Chiens de Paille, de Sam Peckinpah, également sorti en 71 (quelle année !). Don Medford était visiblement inspiré par son illustre collègue et a eu la mauvaise idée de vouloir le surpasser dans le mauvais goût.
Ce qui chez Peckinpah dérangeait, c'était sa franchise implacable, cette façon de montrer crument toute la laideur des hommes, non par complaisance, mais bien comme une critique de la bestialité des individus prétendument civilisés. Medford, lui, se contente de montrer ce qu'il peut y avoir de plus vil chez ces mêmes hommes mais sans commentaire critique.
D'où ce malaise qui étreint le spectateur devant ce spectacle. Dès la première scène, le ton est donné : on voit, grâce à un effet de montage particulièrement provocant, d'un côté un homme en train de faire sauvagement l'amour à sa femme sans parvenir à trouver du plaisir (à avoir une érection visiblement) et, de l'autre, une bande de canailles dépeçant un veau et manger ses boyaux crus.
Les charognards sont des animaux particulièrement abjects qui mangent des cadavres, mais plus généralement on qualifie de charognard quelqu'un qui profite du malheur d'autrui. La scène d'ouverture veut nous indiquer que les charognards ici sont les bandits, mais la suite de l'histoire montrera que le chasseur peut aussi être un vautour.
Brandt Ruger est un être particulièrement répugnant, qui ne semble trouver du plaisir qu'en brutalisant les femmes. Mais c'est aussi, surtout, un lâche, qui refuse de se salir les mains. Avec son fusil longue portée, il peut abattre des hommes sans être atteint, ni même être vu. Et quand il se lance à la poursuite de Frank Calder, c'est moins pour libérer sa femme que par crainte qu'elle ne finisse enceinte de ce bandit et qu'elle accouche donc d'un bâtard. Quant à payer une rançon, il n'en est pas question.
Calder ne vaut en vérité guère mieux : au début, il enlève Melissa pour qu'elle lui apprenne à lire - un motif inattendu. Il la protège de ses propres hommes qui veulent la violer. Mais cette apparence noblesse n'est que provisoire : lorsque Melissa tente de s'échapper, il la rattrape, l'immobilise et, abusant de sa force, la pénètre.
Melissa est un personnage féminin très osé. A elle seule, elle traduit peut-être le seul message intelligible du film : bien que kidnappée, brutalisée, violée, elle s'éprend de son agresseur, comme quelqu'un victime du syndrome de Stockholm. C'est en tout cas la seule explication valable à son comportement.
Quand Ruger comprendra que sa femme s'enfuit volontairement avec Calder, il a le choix entre abandonner sa traque ou la poursuivre pour exécuter Melissa et son amant. Une scène poignante, remarquable, voit Melissa implorer la mort pour elle et Calder plutôt que de continuer à être traqués par son mari. Le sadisme de ce dernier fera que, évidemment, il n'exaucera pas cette supplique.
Le film est trop long, il s'éternise dans des scènes de fusillade (d'exécution) parce que le gang Calder compte une vingtaine d'hommes. Mais dans sa dernière ligne droite, alors que Ruger et ses amis ont décimé la majeure partie de cette bande, le film prend une envergure inattendue, acquiert une intensité incroyable.
La partie de chasse du titre originale devient une traque absurde. Le spectateur sait que ça va mal finir, qu'il n'y aura pas de vainqueur. C'est un combat sans noblesse, sans grandeur, sans humanité. Et quelque part c'est ce qui confère une sorte de majesté morbide au film, en allant jusqu'au bout, sans détourner le regard. C'est très perturbant, mais courageux aussi. Même si ce n'est sans doute pas complètement volontaire.
Oliver Reed compose un bandit très ambigu, à la fois obscène et avec du panache, et puis quelle gueule, quelle présence. Gene Hackman incarne en effet une pourriture totale, inexcusable, et on peut comprendre qu'il ait eu du mal à l'assumer (même s'il reviendra à ce genre de rôles ensuite). Enfin Candice Bergen est magistrale en victime amoureuse et souillée à la fois.
Ce n'est pas un film confortable, c'est un western malaisant au possible, parfois gratuitement, mais dont le final possède (et rachète) les défauts.







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