Tandis que Kate est conduite à l'infirmerie de la cité, Grit clarifie la situation pour Sand. Un gouffre dans lequel se jettent les guerriers de la ville les conduit au théâtre d'un affrontement entre deux tribus. Kate interroge un brancardier sur ce qui se passe tandis qu'on transporte les premiers blessés...
Si on pouvait être, comme les deux protagonistes de Red Roots, un peu perdu au cours des deux premiers épisodes, Lorenzo de Felici nous permet de mieux apprécier la teneur de l'intrigue qu'il a mise en place. Il demeure évidemment des zones mystérieuses (normal : il ne va pas non plus tout révéler d'un coup), mais au moins on sait davantage où on se dirige.
Dans Red Roots, deux individus comme vous et moi (ou presque puisque l'un d'entre eux est quand même un soldat tueur) se trouvent donc déplacés dans un univers parallèle sans comprendre évidemment où ils sont tombés et pourquoi le colosse qui les y a conduits a besoin d'eux. Ils atterrissent dans une cité qui semble sur le point d'être attaquée.
De Felici commence ici par séparer Kate (l'institutrice) et Sand (le soldat tueur) pour donner au lecteur deux points de vue distincts mais complémentaires : Kate découvre une infirmerie où s'entassent vite des blessés qu'elle est chargée de trier en fonction de leurs chances de survie. Sand, lui, est entraîné par Grit dans un gouffre et est mêlé à une bataille aussi féroce que spectaculaire entre deux clans.
Quelle est la raison de ce conflit ? On l'ignore mais sa nature est sans équivoque comme l'explique le guérisseur Garza : ce n'est pas une simple guerre, c'est LA guerre. Sand a donc été enlevé pour ses compétences de guerrier qui peuvent faire la différence. Mais quid de Kate ? On en saura certainement plus prochainement.
Ce qui est certain, c'est que le lecteur est immergé dans une histoire dont Lorenzo de Felici semble avoir voulu qu'elle soit aussi déconcertante pour ses deux héros que pour le lecteur. C'est, à ce titre, très réussi. Les situations s'enchaînent à un rythme soutenu, sans qu'on comprenne exactement et surtout immédiatement ce qu'elles signifient.
Mais on évolue surtout dans un cadre sauvage, hostile, abrupt qui déboussole, fait perdre tout repère, souligne une absurdité évidente. Sans préciser le pourquoi de cette guerre et le rôle que peuvent y jouer Sand et Kate (surtout elle), l'auteur pointe à quel point tout cela est fou, grotesque, et en même temps force les personnages à s'adapter rapidement.
Cette brutalité, on la retrouve aussi dans le dessin qui conserve un aspect rough par moments. De Felici paraît conserver son énergie pour les moments les plus spectaculaires, comme cette impressionnante bataille avec une figuration incroyable, peuplée de guerriers aux allures toutes différentes les unes des autres.
Le design de la cité, avec en particulier le décor de l'infirmerie, d'un réalisme suffocant, nous plonge au coeur de l'horreur avec des soldats mutilés, agonisants, des montagnes de blessés qu'il faut trier pour donner la priorité à ceux qui ont une chance de survie. La scène est hallucinante et prouve, que même avec le décalage induit par le cadre fantastique, toute l'atrocité du conflit est dite.
Red Roots est une série décidément très singulière, une expérience qui ne prend pas le lecteur par la main aimablement mais le jette dans le feu de l'action et les fosses de l'enfer. Non seulement c'est efficace mais c'est original et audacieux.





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