samedi 27 juin 2026

DETECTIVE COMICS #1110 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Après avoir été humiliés par la fillette, Batman et Green Arrow réussissent à remonter sa piste grâce à un traceur que l'archer a réussi à lui coller. Ils préviennent Black Canary que la fillette est une assassin et de ne pas tenter de l'appréhender. Batman préfère savoir qui la commande et pourquoi elle s'en est prise à eux...


Cette quatrième partie de l'histoire en cours se terminera donc au mois d'Août prochain et, pour ma part, je m'en tiendrai là. J'ai eu, depuis le départ, un vrai souci avec la manière dont Tom Taylor écrivait la série, même si je lui reconnais de l'avoir abordée avec une forme d'insouciance rafraîchissante. Mais cet arc met davantage en lumière ses défauts que ses qualités.


Je ne veux pas paraître ingrat néanmoins : Taylor sait raconter une histoire et divertir le lecteur, ce qui n'est pas le cas de tous ses confrères. Sa narration a du rythme, il traite ses personnages avec affection et sans complexes, ce qui n'est pas rien quand on écrit le titre historique de Batman. Par ailleurs, on peut lui accorder le mérite de chercher des intrigues originales.
 

Mais Taylor a aussi les défauts de ses qualités : rien de ce qu'il imagine n'est purement du Batman. Je veux dire par là que ses histoires pourraient convenir à beaucoup de personnages de justiciers urbains. En vérité, il donne le sentiment de ne savoir explorer Batman que par le biais de retcons, trop systématiques, comme s'il n'avait à rien à dire à son sujet au présent.
 

C'était particulièrement flagrant quand il a imaginé son premier arc qui imaginait que Thomas Wayne avait aidé la compagne de Joe Chill, le futur assassin des parents de Bruce. Intrigue qui, pensais-je, allait alimenter une sorte de subplot, et qui, en définitive, n'a servi à rien qui aurait pu remettre en cause Batman.

Taylor créé de toutes pièces des personnages, des vilains, qui sont liés au passé de Batman (ou, actuellement, de Green Arrow et Black Canary aussi) et le lecteur compte sur des conséquences à longue portée, mais en réalité, une fois l'arc bouclé, tout ça retourne au néant dont c'est sorti. Comment, dès lors, ressentir une réelle intensité, une dramaturgie ?

L'histoire entamé depuis quatre mois part d'un jeune justicier qu'"adoptent" Green Arrow et Black Canary et qui est mort depuis. Tout le suspense est bâti sur les circonstances de cette mort et la vengeance que mène une fillette, dont on devine facilement qu'il s'agit de l'enfant de ce justicier décédé. Et on comprend alors pourquoi, dès le début, dans le passé, Batman, fidèle à sa parano, se méfiait de cette recrue surgie de nulle part.

L'épisode du mois dernier nous a permis d'apprécier à quel point Taylor n'a pas peur du ridicule en montrant ladite fillette mettre au tapis rien moins que Green Arrow et Batman. C'était un grand moment jumpin' the shark, dont l'intrigue ne peut se relever. Et la révélation à la fin du numéro de ce mois-ci est aussi téléphonée qu'on pouvait le craindre.

En somme Taylor a du savoir-faire, mais parfois il manque cruellement de discernement : comment a-t-il pu imaginer que le lecteur, même le plus indulgent, allait gober son récit après deux chapitres aussi calamiteux ? Et Prion, comme Asema, comme le Lion, rejoindra aussi sûrement les oubliettes d'une série qui mérite mieux que des adversaires interchangeables.

Mikel Janin lui-même dessine avec parfois un manque de conviction criant. Il a en tout cas de fréquentes baisses de régime et doit faire appel à un encreur pour l'aider. Malheureusement, pour lui et pour moi, il faut que ce soit l'infâme Norm Rapmund, un des finisseurs les plus lourdauds, qui s'acquitte de la tâche.

Quand Janin doit mettre en images des scènes d'action, son métier lui suffit amplement et le résultat est impeccable. En revanche, les moments plus intimistes, explicatifs, émotionnels sont tellement mal écrits que même un artiste aussi expérimenté que lui ne peut les sauver et les personnages eux-mêmes semblent réciter un texte auquel ils ne croient pas comme des acteurs surpris en train de jouer faux.

Ce n'est donc pas bon. Et si on fait le bilan du run en cours de Taylor, ma foi, ce n'est pas tellement fameux.

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