Superboy Prime est expédié dans des univers de comics, d'abord familiers puis inconnus de lui. Manchester Black veut le pousser à bout pour qu'il brise le quatrième mur qui sépare la fiction de la réalité afin qu'il se réincarne physiquement et recouvre toute sa puissance...
Il est indéniable que, non seulement grâce à Joshua Williamson, mais surtout par une volonté éditoriale, Superman, personnage et série confondus, est devenue une production DC à nulle autre pareil, où tout est possible. S'en servir non pas comme un espace entièrement dédié à la gloire du man of steel, mais bien comme un champ d'expérience a contribué à rajeunir le concept.
Imaginez que Marvel s'autorise la même liberté avec un héros aussi populaire, comme Spider-Man, et vous liriez les aventures du tisseur les plus débridées, les plus foutraques, mais aussi les plus palpitantes, les plus imprévisibles.. Ce que se permet DC avec Superman n'est pas un sacrilège, c'est tout ce que se refuse Marvel en pensant que conserver leur héros iconique dans l'immobilisme rendra les fans heureux.
Cette démarche a atteint son paroxysme depuis quelques mois et la fin de l'event DC K.O. qui a vu Superboy Prime, avatar de Superman venant d'une Terre parallèle où les super héros ont conscience d'être des êtres fictifs, investir le titre Superman. Joshua Williamson fait feu de tout bois en emmenant le héros et le lecteur dans des histoires méta textuelles.
Depuis trois mois, Superboy Prime est confronté à ce que Superman redoute le plus : la magie. D'abord via sa rencontre avec la magicienne Witchfire qui ignorait qui il est et pensait le sacrifier pour repousser des démons. Puis avec son affrontement contre Manchester Black, sacrifié autrefois par Lex Luthor pour dévoiler au monde entier l'identité secrète de Superman.
La disparition de Superman a permis à Manchester Black de scruter Prime et de comprendre sa condition singulière. Il veut le provoquer pour que, dans un accès de colère, il brise le mur de la réalité comme il le fit jadis et lui permette de recouvrer son intégrité physique et acquérir une nouvelle puissance magique.
Cet affrontement sert à Williamson et à Dan Mora à expédier Prime dans des pages de BD qu'il connaît d'abord (retour à l'event Infinite Crisis), dont il a entendu parler (le cartoon Adventures of Superman), puis dans des territoires fictionnels qui lui sont inconnus (les romance comics, le manga, les horror comics, etc.).
Le jeu entre le fond et la forme atteint un pic dans une page où Prime passe de case en case, explorant à chaque fois un nouveau plan existentiel avant de comprendre que tous s'inscrivent dans un "gaufrier" de neuf cases... Comme ce qu'adore écrire Tom King (cité dans le texte) ! C'est très drôle et en même temps flippant (King se servant du fameux nine-panel-grid pour suggérer l'enfermement des personnages dans des situations cauchemardesques, oppressantes).
Mora fait des miracles et prouve qu'il est bien plus qu'un dessinateur efficace et prolifique en adaptant son trait aux styles que le personnage traverse. J'avoue que je ne m'y attendais pas, non pas que je doutais du talent de Mora, mais davantage de la plasticité de son dessin. Evidemment, on n'est pas au niveau de maîtres du genre comme Immonen ou Williams III mais quand même, c'est épatant.
Quand l'épisode se termine sur un cliffhanger explosif, Williamson s'amuse encore en prévenant que de la suite dépend toute la continuité actuelle du DCU. Mais est-ce encore pour rire ? Ce serait culotté de renverser la table de cette manière, même si ça reste improbable. En tout cas, Superman est devenue une sorte de série folle, bien loin de l'image guindé qu'on colle à ce personnage vénérable.





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