samedi 13 juin 2026

ELLA McKAY (James L. Brooks, 2025)


2008. Ella McKay est l'adjointe du gouverneur Bill Moore qui lui annonce sa nomination à un poste dans la nouvelle administration présidentielle. Par conséquent, elle le remplace pour les 14 mois restants de son mandat. Ambitieuse et idéaliste, la jeune femme est aussi impopulaire au sein de son parti à cause de son refus des concessions. Pour ne rien arranger, un reporter la fait chanter car il a découvert qu'elle a utilisé un appartement vacant du Capitole pour s'envoyer en l'air avec son mari, Ryan.


Elle demande conseil à sa tante Helen, qui l'a élevée comme sa fille depuis la mort de sa mère, Claire, et le départ de son père, Eddie, en Californie. Ce dernier est de retour car il a rencontré une nouvelle femme, Olympia, et voudrait se rabibocher avec sa fille et son fils, Casey. Mais ni l'un ni l'autre ne sont prêts à lui pardonner ses infidélités passées et son manque de remords. Une fois investie, Ella doit également supporter les plaintes de Ryan qui espère qu'elle lui donnera un poste de conseiller.


Mais Ella est davantage préoccupée par une loi en faveur des mères et de leurs enfants qu'elle espère faire voter bien que le parti freine des quatre fers à cause de la récession économique et de la difficulté à financer ce projet...


James L. Brooks est un producteur, scénariste et réalisateur à qui la fortune a longtemps souri : il a produit Les Simpsons, a remporté 5 Oscar en 1984 pour Tendres Passions, et deux autres en 1998 pour Pour le Pire et le Meilleur. De nombreux confrères le vénèrent (comme Judd Apatow) et les acteurs apprécient sa direction et la qualité de ses scripts.
 

Pourtant, depuis le début des années 2000, il n'a tourné que trois films en comptant celui-ci (Spanglish en 2004 ; Comment savoir en 2010). Mais ne nous voilons pas la face : à 86 ans, il signe avec Ella McCay son dernier opus, sanctionné par un échec critique et commercial sans appel - à peine 15 M $ de recettes pour un budget de 35 M $.
   

D'une certaine manière, le cas James L. Brooks résume la hantise de tous les cinéastes qui se demandent quand s'arrêter alors que c'est le public qui décide. Ella McKay est un film d'un autre temps, d'un autre âge, complètement anachronique, et passablement raté. Un film qu'on aurait aimé aimer, mais il y a vingt ou trente ans de ça.


En vérité, tout sonne faux ici, comme si Brooks ne s'était pas rendu compte que les temps avaient changé, que le monde avait évolué, qu'on ne peut plus faire un film pareil aujourd'hui sans provoquer des rires gênés. Sorti en Décembre 2025 aux Etats-Unis, il a vite été rapatrié sur Disney +, y compris en France dès Février... Avant de bénéficier d'une sortie en salles le 16 Mai dernier... Pour un jour d'exploitation !

Evidemment personne ne s'est déplacé. L'histoire a quelque chose d'embarrassant : on y suit une jeune femme idéaliste, mais comme pouvait l'être James Stewart dans Mr. Smith va à Washington de Frank Capra en 1939. Ce genre de politicien n'existe plus depuis belle lurette pour la simple et bonne raison que la façon de faire de la politique a énormément changé.

Mais Brooks est né un an après la sortie du film de Capra et a dû le voir dans sa prime jeunesse. C'est un chef d'oeuvre, mais en imaginer une version contemporaine relève du pari idiot. Même en étant dégoûté de la politique contemporaine, même en étant écoeuré par Trump, on ne peut pas rêver à Mr. Smith en 2026.

Ella McKay a l'âme d'une réparatrice - et pour cause : sa famille a été cassée mais elle reste irréparable. Elle rêve donc de réparer son Etat, son pays, et elle croit en avoir l'opportunité quand elle succède à son mentor au poste de gouverneur de Rhode Island pour quelques mois. Ce délai, elle compte le mettre à profit pour faire voter une loi qui lui tient à coeur, même si le contexte économique n'est pas favorable (en 2008, l'Amérique est en pleine récession).

Son caractère intransigeant et sa volonté de fer ne seront pas de trop pour aussi raisonner un père qui fut un mari lamentable, un frère qui s'est cloîtré chez lui depuis sa rupture avec sa petite amie, un époux trop ambitieux pour être honnête, un parti trop impatient de la voir se casser la figure et dégager. Sa seule alliée reste sa tante, une seconde mère. Et son chauffeur garde du corps.

Cela fait beaucoup à raconter pour un film qui dure 115'. Trop en fait. Et c'est certainement là où le bat blesse : Brooks qui a toujours réussi à faire des films longs mais d'une grande fluidité quand il était au sommet de sa forme ne sait plus où donner de la tête avec ce format plus ramassé. Ou plus exactement il ne sait pas que raconter.

Raconter, c'est choisir. Avoir une histoire riche, dense, c'est très bien, mais quand elle est trop remplie, elle devient surtout indigeste. Et inévitablement, cela aboutit à des moments ratés, grotesques. Le frère est une sorte de geek autiste dont on se fiche totalement. Le chauffeur garde du corps prend également trop de place.

En revanche, le père est sous traité. Et le mari d'Ella est une caricature d'arriviste qu'on devine immédiatement. Quant à la tante, elle est si dénuée de défauts, de failles, qu'elle en devient horripilante. Ella aussi est loin d'être une héroïne attachante : elle prononce des discours bourrés de platitudes et interminables, elle s'agite comme une hystérique, elle ne pardonne rien. Et elle s'étonne quand même que certains puissent ne pas l'apprécier.

Même si sa secrétaire (et la narratrice du film) avoue ne pas être objective pour dire tout le bien qu'elle pense de cette jeune femme, le spectateur, lui, sait qu'il ne peut pas adhérer ni à ce récit ni à Ella. Brooks en fait tout simplement trop pour nous rendre sympathique, et cela produit l'effet inverse. On a juste envie qu'elle se calme, et qu'elle se taise (car, comme tout le monde ici, elle est affreusement bavarde).

Brooks s'est sans doute pris pour Billy Wilder mais il n'a jamais eu le verbe piquant du maître, il est trop sentimental pour ça, et son sentimentalisme dégouline trop. Dans Pour Le Pire et le Meilleur, le personnage de vieux ronchon homophobe de Jack Nicholson était insupportable mais on le voyait évoluer. Ella McKay est livrée d'un bloc, et elle est inchangée entre le début et la fin du film.

C'est terrible pour Emma MacKay (qui joue donc un personnage qui a quasiment le même nom qu'elle) : la franco-britannique, révélée dans la série Sex Education, et qui a failli être Lois Lane pour James Gunn, risque d'avoir du mal à s'en relever. Dommage car elle a du charme et du talent à revendre, mais avec des cinéastes plus inspirés.

Le reste du casting est dans le même état : Jamie Lee Curtis est formidable mais desservie par son rôle guimauve, Woody Harrelson est mal employé, Kumail Nanjiani est sous exploité. Surnagent Albert Brooks, Ayo Edebiri, et surtout Jack Lowden, vraiment bien en mari ignoble.

Tout ça est très triste. Mais que ça ne vous empêche pas de (re)découvrir les grands films de James L. Brooks...

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