Margo Millet, 20 ans, est étudiant en 1ère année de littérature au Fullerton College. Après l'avoir été félicitée sur un devoir par son professeur, Mark Gable, elle devient sa maîtresse et tombe enceinte. Contre l'avis de sa mère et de son amant, elle choisit de garder l'enfant, sacrifiant son futur, et donne naissance à un garçon qu'elle prénomme Bodhi, dont le père refuse d'assumer ses responsabilités. Vite submergée par la maternité, Margo perd son travail de serveuse et deux de ses trois colocataires déménagent.
De son côté, sa mère, Shyanne, est sur le point d'épouser Kenny, un pasteur épiscopalien, dont elle craint la réaction quand il apprendra la situation de Margo. Heureusement, deux éclaircies soulagent la jeune maman : d'un côté, son père, Jinx, un ex-catcheur toxicomane fraîchement sorti de cure de désintoxication, vient lui servir de nounou ; et, de l'autre, elle commence à poster des vidéos érotico-comiques sur OnlyFans qui lui permettent de toucher un peu d'argent.
Toutefois, Margo n'est pas au bout de ses peines quand Elizabeth Gable cherche à acheter son silence sur la liaison qu'elle a eue avec Mark et l'assurance qu'elle ne le fréquentera plus ; le risque que Jinx retombe dans ses excès, les regrets que sa mère éprouve quant à son avenir, et la crainte que son alias de HungryGhost sur OnlyFans soit découvert...
Je parle peu de séries en streaming sur ce blog car... Hé bien... je parle de beaucoup d'autres choses qui m'accaparent. Mais j'avais très envie de découvrir Margo's got money troubles (en vo) depuis que j'en ai vu des bandes annonces et extraits. Il y a d'autres productions en ce moment qui sont également attirantes et sur lesquelles je compte bien me pencher. Autant dire que mon agenda va être bien rempli...
Dans les années 90, le nom de David E. Kelley était synonyme de séries cultes comme Ally McBeal ou Boston Public. Puis comme d'autres auteurs-producteurs de cette époque, il a eu du mal à reproduire de tels succès jusqu'à son retour sur le devant de la scène avec Big Little Lies. Il est redevenu un nom qui compte et Margo a des problèmes d'argent (en vf) confirme cela.
Kelley a adapté le best-seller de Rufi Thorpe et Apple TV l'a suivi dans cette aventure. Le résultat est formidable, ne tournons pas autour du pot. Et l'audience a été au rendez-vous puisque le show a été renouvelé pour une deuxième saison (tournage prévu à la fin de cette année). Huit épisodes donc qui sont une sorte de masterclass en termes de dramedy (ou comédie dramatique en bon français).
On suit donc l'histoire de Margo Millet, une jeune vingtenaire qui, après avoir couché avec son prof de littérature, en tombe enceinte et décide de garder l'enfant car elle sent que c'est ce qu'elle doit faire - et tant pis si cela l'empêchera de poursuivre ses études et profiter de sa jeunesse. Son amant n'approuve pas, sa mère est affligée, ses colocs fuient, sa patronne la vire, et le bébé pleure tout le temps. C'est la cata.
Et puis son père, qu'elle n'a pas vu depuis des années, resurgit. Il vient de passer plusieurs mois en cure de désintox après avoir abusé d'antidouleurs à cause de son métier de catcheur. Mais, contrairement aux autres, il ne juge pas Margo et veut même l'aider, pour rattraper le temps perdu et connaître son petit-fils. Elle peut aussi compter sur sa dernière coloc et meilleure amie, Susie, fan de cosplay.
Pour subvenir à leurs besoins (à elle et à son enfant), Margo entend parler d'OnlyFans, un réseau social plutôt réputé pour ses contenus pornos mais où elle se créé un double fantaisiste, HungryGhost, une alien qui découvre l'humanité. Grâce à deux créatrices avec une large base de fans, elle apprend comment gagner des abonnés et donc de l'argent.
Mais Margo doit en permanence jongler avec son entourage : ses anciens camarades classe qui découvrent ce qu'elle fait (et qui le rendent public), la famille de son prof qui veut s'assurer qu'elle ne va pas faire chanter le père de son bébé, sa mère qui redoute que son futur nouveau mari ne soit choqué par ses vidéos coquines. Et plus encore.
Pourtant, et c'est la grande réussite de la série, Kelley ne porte jamais de jugement moral sur son héroïne. D'ailleurs ce serait injuste car elle ne fait vraiment rien de mal : non, elle ne s'adonne pas au porno, et elle filme ses sketches pour gagner sa vie, nourrir son enfant, lui assurer l'avenir dont elle s'est privé.
Margo est une bonne mère : elle aime Bodhi plus que tout, prend soin de lui. C'est aussi une bonne fille : malgré l'égocentrisme exacerbé de sa mère, elle l'adore pour lui avoir donné sa force de caractère, de ne jamais avoir honte d'être une femme. Elle pardonne aussi l'absence de son père car elle voit en lui un homme qui assume ses faiblesses, ses égarements, contrairement à Mark Gable.
Et c'est une copine en or : même si sa meilleure amie Becca ne peut s'empêcher de jouer les conseillères, elle sait qu'elle peut compter sur Susie comme Susie peut compter sur Margo. Ses colocs ne supportent pas les pleurs de Bodhi et fuient : bon débarras ! Et avec Kenny, qui n'est pas un bigot étriqué, elle sait le rassurer sur son avenir avec Shyanne.
Sa rencontre avec Lace, ex-catcheuse reconvertie en avocate, sera décisive dans son parcours chaotique, surtout vers la fin de la saison quand des emmerdements se succèdent dans des proportions dantesques et à une vitesse vertigineuse. Au fond, Margo comprend que, non, la vie n'est pas simple, facile, c'est un bordel sans nom, mais c'est en faisant confiance et donnant des gages qu'on est soi-même digne de confiance qu'on se construit une grande famille de sang et de coeur.
Kelley sait, comme autrefois, alterner les rires et les larmes, sans jamais forcer la main du téléspectateur. La série est très souvent drôle, même hilarante, avec des excentricités visuelles et narratives, désamorçant toute vulgarité potentielle. Puis, sans prévenir, elle vous émeut parce qu'on s'attache aux personnages, tous humains, vulnérables, faillibles, mais aimables (oui, même cet enfoiré de Mark finit par être un peu sympathique).
Comme par miracle, le show évite les chausse-trappes comme quand il s'agit de montrer l'activité professionnelle peu commune de Margo : au début, elle tente d'aguicher quelques curieux sur OnlyFans avec des poses maladroites, puis, avec la création de HungryGhost, la comédie prend le dessus jusqu'au final qui voit Margo franchir un cap, à la fois très rémunérateur mais surtout émancipateur.
Et, enfin, pour tous les nostalgiques, comme moi, de la série G.L.OW. (sur Netflix), les personnages de Jinx et Lace offrent un délectable retour sur le monde du catch. Je ne suis pas spécialement fan du wrestling, mais je trouve que c'est un cadre sensationnel pour un show télé, qui colle parfaitement au motto comme quoi ce n'est pas la chute qui compte, mais de se relever après les coups reçus.
Le casting, comme toujours chez Kelley, est fantastique : Michelle Pfeiffer joue une cagole californienne improbable (qui devrait sûrement lui rapporter quelques statuettes), Nick Offerman est génial en papa poule mais vraie bombe à retardement. Nicole Kidman est épatante, tout comme Greg Kinnear. Marcia Gay Harden est superbement épouvantable. Et Michael Anganaro compose un amant d'une lâcheté ahurissante. Sans oublier Thaddea Graham, extra dans le rôle de Susie.
Mais évidemment la reine de cette série est l'incomparable Elle Fanning. Je me demande si on se rend bien compte de la pépite qu'elle est : c'est une actrice avec une palette de jeu invraisemblable, nuancée, expressive. Et quelle beauté, quelle charme ! Je vous révèle un secret : je suis le grand prêtre de l'église de la vénération d'Elle Fanning.
Margo a des problèmes d'argent, mais vous allez tous aimer cette jeune femme solaire et combative qui a raison de tout sans avoir raison sur tout.









Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire