Une bombe, datant probablement de la seconde guerre mondiale, est découverte sur un chantier de construction dans le quartier de Westminster à Londres. La surintendante en chef Zuzana Greenfield coordonne les opérations entre la police et l'armée pour boucler la zone et évacuer les habitants vers Hyde Park. Le major Will Tranter et son équipe sont envoyés sur les lieux pour désamorcer la bombe mais découvrent qu'elle comporte un déclencheur à retardement que Tranter désactive temporairement avec un bloqueur magnétique.
Pendant ce temps, une bande de braqueurs s'introduit dans la banque Al Muraqabah sur Edgware Road en forant le mur de l'immeuble voisin. Ils dérobent des bijoux et de l'argent et le chef de la bande une enveloppe rempli de documents papier. Leur signature thermique est remarquée par un drone de la police qui suspend l'opération de déminage et envoie des agents sur place. Ils remarquent Karalis qui faisait le guet et qui ordonne à ses complices de partir.
Saluons pour commencer une nouvelle prouesse des traducteurs français qui ont donc cru judicieux de remplacer Fuze (soit fusible) par... The Criminals en bonne "vf". Bravo les gars, continuez comme ça, creusez, vous finirez par trouver du pétrole. Je me demande si les cinéastes sont au courant de la manie grotesque dont on traduit les titres de leur film et ce qu'ils en pensent...
David MacKenzie est un cinéaste que j'aime bien, c'est un de ces artisans qui travaillent sérieusement leurs sujets, mettent leur ego de côté et ont à coeur de livrer des longs métrages solides. Il s'était fait remarquer notamment pour Comancheria, dont le script était signé par Taylor Sheridan.
Ici, il met en image le scénario de Ben Hopkins (même si le générique de fin mentionne du "matériel additionnel" de la part du réalisateur pour ce texte) et livre un film de braquage très malin, bourré de twists, remarquablement joué. La narration joue un rôle important dans l'appréciation du résultat puisqu'on va voir comment deux histoires parallèles n'en font qu'une.
L'idée d'une bande de voleurs agissant à la faveur de l'évacuation totale d'un quartier où on a trouvé une bombe de la seconde guerre mondiale s'avère très ingénieuse mais si peu vraisemblable. On pourrait penser à un roman de Donald Westlake ou plutôt de son alias Richard Stark avec Parker, capable de s'engager dans ce genre d'entreprise à haut risque.
Comme l'avait expliqué Hitchcock à Truffant dans leur célèbre livre d'entretiens, il ne faut jamais se priver de montrer une bombe pourvu qu'on n'informe pas le public du moment où elle explosera. Ainsi la tension règne : le héros va-t-il réussir à la désamorcer ? Ou va-t-on assister à un massacre ? Ajoutez-y des voleurs et vous aurez un polar captivant.
Le récit va et vient ainsi de l'équipe de démineurs à celle des voleurs et le spectateur est tenu en haleine des deux côtés. Les démineurs vont-ils empêcher la bombe de sauter ? Les voleurs parviendront-ils à vider les coffres de la banque ? A cela se greffent deux autres lignes narratives : celle dans laquelle nous sommes avec la superintendante de la police dans une salle remplie d'écrans de contrôle, et celle avec un réfugié afghan et sa famille dans Hyde Park.
Là encore, c'est un héritage d'Hitchcock : pourquoi s'attarder autant sur cet afghan qui n'est lié ni à l'armée ni aux malfrats ? Bien entendu, on se doute qu'il y a quand même un lien avec une de ces deux entités, mais il faudra prendre son mal en patience pour le découvrir.
En revanche, le personnage de la superintendante est en quelque sorte notre témoin : comme elle, nous allons découvrir le pot-aux-roses progressivement, mesurer l'énormité de l'intrigue (et par conséquence les limites de la vraisemblance). On est aussi partagé à cause d'elle car, comme dans tout bon film de braquage, il y a une partie de nous qui aimerait que les voleurs s'en tirent, comme pour qu'ils soient récompensés des risques pris et de la minutie de leur braquage.
En dire plus serait... Criminal (en bon français). MacKenzie se paie le luxe d'exposer ce qui relie les protagonistes à la toute fin de son film avec un flashback situé dix ans plus tôt. En vérité, il est parfaitement inutile, puisque l'essentiel a été dit avant. Mais cette petite audace est au diapason du film : jusqu'au bout, on est accroché.
Le casting est composé d'acteurs auxquels les grosses productions ne confient généralement pas les premiers rôles alors qu'ils sont tous excellents. Prenez Aaron Taylor-Johnson : son revient régulièrement dans les favoris pour incarner le prochain James Bond. Ce ne sera certainement pas lui (car le cinéaste à qui revient cette mission refusera de suivre les parieurs), mais n'empêche c'est un formidable comédien, séduisant, charismatique, avec un jeu ardent.
Theo James, pareil : lui aussi est dans Bond potentiels, il a une gueule, de l'allure, son interprétation est parfaite, mais il n'a pas la carte. Gugu Mbatha-Raw, qui a fait pleurer tout le monde dans San Junipero, ce génial épisode de Black Mirror, est épatante aussi. Et Sam Worthington mérite tellement mieux que de jouer les Navi méconnaissables dans Avatar.
Une dernière chose : The Criminals a aussi le bon goût de ne pas durer des plombes (95'), quand tant de films actuels s'éternisent. Alors s'il passe dans une salle près de chez vous, donnez-lui sa chance !







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