POISON IVY, VOL. 7 : AMUSE-BOUCHE
(Poison Ivy #38-41 + Annual 2025)
- POISON IVY #38-41 (G. Willow Wilson / Marcio Takara : 38-39, Davide Gianfelice : 40-41) - Trahie par Janet, Poison Ivy la traîne dans les bois sans savoir si elle va la tuer ou non. Elle veut d'abord confronter Bog Venus et ce dernier lui commande de cesser d'aider Xylon, son rival. Ivy conclut un marché...
... Après quoi, à nouveau à l'abri des regards dans la ville fantôme de Marshview, Ivy entreprend de guérir Janet du mal qui la ronge. Cependant, Mr. Undine entraîne les membres de l'Ordre des Chevaliers Verts jusqu'à Marshview pour échapper aux forces de l'ordre de Seattle. Poison Ivy arrive en même temps pour inviter Ivy a regagner Gotham...
Là-bas, Ivy ne tarde pas à attirer l'attention de Vandal Savage, le commissaire du G.C.P.D., qui la malmène pour qu'elle lui obéisse. Jetée en prison, Ivy change de tactique : elle décide de briguer le poste de maire de Gotham !
Ce septième tome de la série ne paraîtra en vo qu'en Juillet prochain (et Dieu sait quand en vf) mais je vous fais part de ma critique sur les cinq nouveaux épisodes qu'il contient et l'Annual 2025 qui complète son sommaire. Dis ainsi, le programme peut sembler maigre mais l'Annual fait une quarantaine de pages, l'équivalent d'un numéro double.
G. Willow Wilson conclut d'abord ce qu'elle avait laissé en suspens dans le tome précédent avec les épisodes 38-39. Janet Mitchell a trahi Poison Ivy en s'alliant à Bog Venus, une entité primordiale appartenant au Parlement des Arbres qui ne supporte pas que Pamela Isley collabore avec Xylon le Gris, une entité rivale et mortifère.
Pour faire plier Ivy, Bog Venus a dévoilé la ville fantôme de Marshview aux yeux des autorités de Gotham et la police a effectué un raid qui a forcé Pamela à fuir pour rejoindre Seattle, via un passage interdimensionnel, où est basé l'Ordre des Chevaliers Verts qui en fait son égérie, au grand dam de Bella Garten.
Refusant d'abord cette place de leader, Ivy s'est ravisée en comprenant qu'elle tenait là une armée prête à lui obéir et à accomplir ses actions écoterroristes. Elle a détrôné Bella en la privant de ses pouvoirs et découvert au même moment que Janet l'avait donc trahie. Prête à la tuer, elle veut aussi négocier avec Bog Venus pour qu'il restaure la protection de Marshview.
Sans rien dévoiler de ce que cette explication donne, on peut dire que Ivy tranche dans le vif et s'attire l'ire d'un puissant ennemi. Mais dans le même mouvement, elle comprend, en même que Janet, que celle-ci a été dupée et n'a jamais voulu la blesser sciemment. Même si elle lui explique que tous ceux qui tentent de l'aimer finissent par en souffrir.
L'autre conséquence de tout cela, c'est que Ivy pardonne donc à Janet et la guérit. Mais cette guérison est surtout une transformation qui devrait avoir des prolongements sur la durée pour le personnage de Janet. G. Willow Wilson a réussi à faire de cette jeune femme un peu godiche un second rôle essentiel dans la série, un peu au détriment de la romance historique entre Ivy et Harley Quinn.
Toutefois Harley n'est jamais bien loin et peu jalouse. C'est sans doute la seule à échapper au sort funeste de ceux qui veulent être aimés de Ivy. Wilson écrit Ivy d'une manière fascinante, comme une créature qui a accédé à un stade de son évolution où elle peut à tout moment se détacher de son humanité, ce qui fait qu'elle repousse constamment ceux qui s'attachent à elles.
Et en même temps elle reste profondément humaine et faillible, liée à sa condition première de femme, d'humaine, tiraillée entre une idéologie écoterroriste et une ambition de changer le monde, de préserver la nature en cherchant le compromis, à dépasser son statut de vilaine. Cette Ivy-là est encore dépendante de ses désirs, de son coeur, qui la font chavirer tantôt dans les bras de Harley, tantôt dans ceux de Janet.
En termes de caractérisation, c'est le portrait d'un personnage très fouillé, tourmenté, dense, complexe, et passionnant. Le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser, comment l'appréhender, ce qui montre que la scénariste est parvenue à dépasser les clichés. Et ce n'est pas fini comme le prouve les deux autres épisodes suivants.
En effet, Ivy revient à Gotham en sachant qu'elle remet les pieds en territoire hostile, entre l'ombre de Batman et celle, désormais, de Vandal Savage, devenu le commissaire principal du GCPD (un reliquat du run de Chip Zdarsky sur la série Batman, heureusement encore exploité). Batman, à vrai dire, n'est plus en position favorable, il est même devenu, comme on l'a vu dans les premiers épisodes du run de Matt Fraction l'homme à abattre, l'ennemi public n°1.
Ivy va donc devoir composer avec Vandal Savage et elle ne gagne pas au change. Savage est brutal, tyrannique. Il veut contrôler Gotham et a, sous ses ordres, Marie Henley, une informaticienne surdouée qui a mis au point un système de surveillance et de prédiction criminelle basé sur l'intelligence artificielle.
Mais cette machinerie consomme énormément d'énergie et d'eau. Ivy, pour espérer négocier avec Savage, doit collaborer afin que la climatisation de ce système soit efficace. Bien entendu, après avoir fait mine d'accepter ce deal, poussée dans ses retranchements, elle n'y tient plus, se rebelle (très violemment) et atterrit dans une cellule, en attente d'être transféré dans la prison Supermax pour métahumains.
C'est alors qu'elle a l'idée d'une riposte plus ciblée et stratégique : être élue maire de Gotham ! Alors, oui, je spoile, mais ce n'est pas si grave parce que ce qui compte dans ce rebondissement, c'est qu'il ouvre une nouvelle ère pour la série et son héroïne. Mais pas que ! Puisque, vous l'aurez compris, le succès du projet de Ivy va impacter la série Batman (qui s'est chargée de divulgâcher l'issue du vote).
Wilson place donc Poison Ivy dans une situation inédite pour elle, sans nul doute la position la plus importante que le personnage ait connue. Ce n'est pas loin de la période où Lex Luthor fut Président des Etats-Unis. Et évidemment, on se doute bien que la cohabitation Ivy-Savage ne sera pas un long fleuve tranquille (même si Fraction a déjà posé que les deux s'entendraient pour stopper Batman).
Les dessins sont assurés par Marcio Takara dans un premier temps et si on sent une légère fatigue de sa part, il produit encore de fort belles planches. J'aime toujours autant la façon dont il représente Poison Ivy, exactement à mi-chemin entre la déesse de la nature et la femme fatale. De manière générale, Takara brille avec les personnages féminins qu'il réussit à croquer avec ce mélange de puissance, de sensualité, de monstruosité aussi, et d'élégance.
Puis Davide Gianfelice le remplace sur la fin et on devine que sa prestation, brève mais très convaincante, lui a permis de décrocher la place de dessinateur régulier sur Catwoman depuis peu. L'italien a un trait plus nerveux que Takara, mais qui convient parfaitement pour illustrer le face-à-face très tendu entre Ivy et Vandal Savage.
On assiste donc à un vrai tournant pour la série, alors qu'elle franchit le cap des 40 épisodes et qu'elle peut voir encore loin avec une scénariste toujours aussi bien inspirée et entourée.
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- POISON IVY ANNUAL 2025 (G. Willow Wilson / Mark Buckingham) - Ivy trouve Tuuru, l'arbre de la connaissance qui accepte de partager son savoir. En croquant dans une pomme, elle est propulsée dans un passé médiéval où elle incarne la Dame du Lac et fait face à un jeune roi, à son épouse et à leur machiavélique conseiller...
Cet Annual 2025 est comme souvent l'occasion de faire un pas de côté. Le récit ne cite pas les intrigues en cours mais se déguste comme une fable. Et ça ne peut pas être un hasard que ce soit justement le dessinateur de Fables qui se soit occupé de dessiner ce numéro spécial : Mark Buckingham (qui s'encre aussi pour l'occasion, avec aux couleurs son fidèle partenaire Lee Loughridge).
G. Willow Wilson s'amuse à déplacer Poison Ivy dans le cadre des légendes arthuriennes puisqu'elle fait de Pamela Isley la Dame du Lac. Le roi qu'elle rencontre est peut-être Arthur, en tout cas l'histoire traite du pouvoir qui corrompt et des conseillers ambitieux qui distinguent bien ce qu'est gouverner et et régner.
La métaphore n'est cependant pas si déconnectée des épisodes qui composent ce volume puisque, dans le présent, Vandal Savage veut régner sur Gotham tandis que Poison Ivy veut gouverner la ville. Bien que parfois alourdie par un discours moralisateur (sur la prédation humaine), l'histoire ici contée ne manque pas de charme et révèle même, dans son dénouement, une surprise sur qui a vraiment trahi.
La prestation de Buckingham est comme d'habitude magistrale. Les décors sont extraordinaires (comme vous pouvez le constater sur la double page ci-dessus) et la narration est d'une fluidité exemplaire. Buckingham est un héritier de Kirby : ses planches comptent peu de cases et chaque plan va à l'essentiel, mais il est moins rugueux, moins direct et punchy que le King of comics.
Après la fin disons compliquée qu'a connu Fables, c'est un plaisir en tout cas de relire des pages de Buckingham, qui, depuis, a renoué avec Marvel pour des projets moins excitants hélas...






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