vendredi 15 mai 2026

THE FURY OF FIRESTORM #2 (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


Ronnie Raymond a perdu sa mère alors qu'il était encore enfant et son père le négligeait. Adolescent, il intègre l'équipe de football mais n'est pas assez fort pour s'imposer comme titulaire. Pour impressionner la fille qu'il aime au lycée, il devient l'assistant du professeur Martin Stein jusqu'à ce que l'explosion d'une bombe ne les fasse fusionner en Firestorm...


Jeff Lemire a voulu faire de The Fury of Firestorm une série accessible à tous. Le personnage étant relativement peu connu, l'intention est appréciable. Mais elle n'est pas gratuite dans la mesure où, le mois dernier, le scénariste présentait Firestorm sous un nouveau jour, nettement plus menaçant, dépourvu de l'humanité des deux individus qui le composaient.
 

Que s'est-il donc passé pour en arriver là ? Lemire livre donc un épisode quasiment composé d'un long flashback pour suggérer quelques réponses. Ainsi revit-on le passé de Ronnie Raymond, jeune homme orphelin de mère très jeune, footballeur raté, assistant incompétent de Martin Stein qui le prend malgré tout son aile, jusqu'à l'accident qui allait bouleverser leur existence.


Lemire dévoile qu'aujourd'hui la créature connue sous le nom de Firestorm ne semble plus investie par Ronnie Raymond, qu'il semble avoir désintégré. Quant à Martin Stein, s'il apparaît comme le dernier recours pour stopper Firestorm, nul ne sait s'il est encore vivant, et s'il l'est, où il se trouve. Ce qui est certain en revanche, c'est que ni l'un ni l'autre ne sont plus aux commandes.


Lemire joue avec les nerfs du lecteur de manière très efficace et intense. Firestorm se définit désormais comme la Furie, il est en colère, et sa puissance est effrayante. Peut-il même être encore maîtrisé, ramené à la raison ? Qu'est-ce qui provoque cette furie ? Comme l'indique le titre sur la couverture, on assiste à l'anatomie de l'homme nucléaire, sauf qu'elle ne nous a pas révélé comment le calmer.

C'est cette inconnue qui rend le récit captivant et flippant. Avec des éléments connus des fans et désormais accessibles aux nouveaux lecteurs, le pire est qu'on ignore toujours ce qui a provoqué l'ire de Firestorm et comment en venir à bout - si on peut en venir à bout. Car Firestorm, comme on l'a vu dans le premier épisode, est une créature surpuissante, capable de manipuler le feu nucléaire, la cohésion atomique.

Là où Tom King dans Jenny Sparks dressait le portrait d'un Captain Atom, équivalent en puissance à Firestorm, prétendant être Dieu et réclamant d'être vénéré comme tel, les motivations de Firestorm sont et restent nébuleuses. Il paraît beaucoup plus offensif, agressif, vindicatif. Mais pourquoi ? Ne pas savoir, Jeff Lemire en use à dessein, c'est nourrir la crainte.

Visuellement, il faut aussi dire que la série est une réussite car Rafael de Latorre réussit une belle performance : pour certaines séquences, il modifie son encrage et avec le coloriste Marcelo Maiolo, utilise des trames qui donnent l'apparence des vieux comics, avec des couleurs délavées, passées.

Puis l'artiste passe à un trait plus fin, le coloriage redevient normal, et cette transition donne l'impression que l'histoire se déroule sur deux niveaux, avec une BD dans la BD, et avec le récit direct. C'est un procédé qu'affectionne Lemire, qui l'a exploité dans sa saga Black Hammer, et que de Latorre traduit magnifiquement, de manière encore plus séduisante pour les lecteurs.

Hier, en parlant d'Absolute Martian Manhunter, je pointai du doigt que le pire ennemi de cette gamme Absolute était une tendance prononcée à l'exagération, à l'outrance, à la saturation. Ici, en revanche, tout est subtilement dosé, mais loin d'aseptiser le résultat, cela le rend bien plus troublant et puissant. C'est une sorte d'éloge de la mesure.

Firestorm est à peine moins connu que le limier martien, mais Jeff Lemire et Rafael de Latorre réussissent en deux épisodes à le rendre plus incarné et son histoire plus percutante, sans avoir besoin de pousser tous les curseurs dans le rouge. Sachant que Lemire est aussi l'auteur d'Absolute Flash, on en déduira que le scénariste canadien réussit à se partager entre deux tonalités de façon virtuose. Et c'est comme un commentaire, une métaphore de son héros nucléaire.

Et si on tenait là la vraie grande série du DC Next Level ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire