Condamné à mort pour meurtre, Becket Redfellow attend son exécution en compagnie d'un prêtre auquel il accepte de raconter comment il en est arrivé là. Sa mère, Mary, a été bannie de sa riche famille alors qu'elle était enceinte d'un inconnu. Enfant, il devient ami avec Julia Steinway, mais sa mère meurt peu après, en lui faisant promettre de recevoir sa part d'héritage et de vivre la vie qu'il mérite. Devenu adulte pourtant, Becket est simple vendeur de costumes dans une boutique de New York.
Julia refait surface dans son existence et il lui ment sur sa condition. Il décide alors de tenir la promesse faite à sa mère, mais en éliminant tous les héritiers Redfellow, à commencer par son cousin Taylor. Il rencontre Warren, le père de ce dernier aux funérailles, qui, pour s'excuser du traitement infligé à Mary, le prend sous son aile en l'embauchant dans sa banque. Becket cible ensuite son autre cousin, Noah.
Il devient l'amant de la copine de ce dernier, Ruth, en même temps que le FBI l'aborde au sujet des morts suspectes chez les Redfellow. Becket prétend n'avoir jamais su qu'il était le dernier héritier. Julia, jalouse de sa relation avec Ruth, lui demande de l'argent pour Lyle, son mari fauché, mais il refuse. Alors qu'il est promu et heureux, Becket se demande s'il doit continuer de se venger...
Le script de John Patton Ford, initialement intitulé Rothschild, figurait sur la black list des scénarios depuis 2014 sans toutefois trouver de financement. C'est finalement grâce à Glen Powell, co-producteur et acteur ici, qu'il a pu se concrétiser. Toutefois il convient de préciser qu'il s'agit d'un remake non déclaré de Noblesse oblige de Rober Hamer (1949), lui-même inspiré d'un roman de 1907.
Le tour de force du film de 49 tenait à la performance incroyable d'Alec McGuiness qui incarnait huit personnages différents. L'action du long métrage de Ford resitue l'intrigue dans le New York contemporain, et avec plusieurs acteurs différents. C'est néanmoins comme son prédécesseur une comédie criminelle noire.
Maîtriser un genre est déjà difficile mais plusieurs relève du défi. Et il est évident que John Patton Ford, s'il a de bonnes intentions, n'a pas le niveau pour tenir cette promesse, ce qui fait qu'on se demande ce qui a fait croire à tant de monde que son script était si excellent. Non pas qu'il ne le soit pas, mais en tout cas sa réalisation ne lui rend alors pas justice.
La raison est simple pour expliquer ce qui ne fonctionne pas. Lorsqu'on raconte l'histoire d'un meurtrier qui échappe aux autorités en tuant assez intelligemment ses victimes pour cela, il faut a minima ne pas traiter les meurtres par-dessus la jambe et bien montrer comment le meurtrier peut ne pas être pris. Ce qui suppose donc d'avoir un personnage sinon intelligent, en tout cas ingénieux.
Le souci ici, c'est que Becket Redfellow a juste une chance trop incroyable pour qu'on la tolère pendant les 1h. 45 que dure How to make a Killing (en vo). Ford le filme en train de zigouiller sa famille sans être jamais confondu alors qu'il improvise la plupart du temps ou bénéficie de concours de circonstances invraisemblables.
Son premier meurtre est un coup de pot qui passe encore. Mais ensuite c'est vraiment trop improbable. Jamais de témoin, jamais de bavure. Les deux agents du FBI qui le soupçonnent sont franchement désinvoltes en l'interrogeant. Quand il se met à élaborer des stratagèmes pour tuer efficacement, rapidement et sans laisser de trace, il acquiert des connaissances pour occire son prochain avec une rapidité confondante.
Mais ce n'est pas tout. Mettons qu'il a de la chance. Il faut aussi donner aux victimes une certaine consistance, au moins pour que le spectateur approuve leur exécution. Le film nous fait défiler une galerie de crétins suffisants qu'il est donc facile de haïr. Et du même coup empêche tout cas de conscience, ôte tout relief à l'histoire.
A part l'oncle Warren, pas un des Redfellow ne mérite une quelconque grâce. De toute manière, ils sont aussitôt liquidés sans qu'on ait eu le temps de les connaître. Après deux meurtres, on pourrait croire que les suivants sur la liste ont compris qu'un tueur décime la famille et donc prennent des mesures pour se protéger ou riposter. Mais non.
Ils sont tous tellement bêtes et suffisants qu'ils semblent attendre sagement leur tour. Il aurait été pourtant intéressant que Becket se trouve face à un de ses cousin, oncle, tante, qui lui donne du fil à retordre, moralement ou physiquement. Le film s'en dispense, et du coup, on se fiche du nombre de personnes à buter - on en perd même le compte.
Sur l'intrigue principale viennent se greffer deux subplots : le premier concerne la romance entre Becket et Ruth, qui est la copine d'un des cousins de Becket. Cela donne une touche un peu plus subtile à l'ensemble, dans la mesure où Becket, amoureux, songe un instant à arrêter de trucider les siens pour profiter d'une vie de couple compensant sa vengeance.
Le second concerne Julia, l'amour de jeunesse de Becket, qui réserve une surprise de taille dans la dernière partie de l'histoire. Toutefois, ces deux subplots ralentissent le rythme du récit et je me suis dit qu'il aurait été plus vicieux que l'une de ces femmes soient une des cibles directes de Becket pour tester sa volonté à accomplir sa vengeance plutôt que pour compléter l'intrigue principale.
Sans rien dévoiler de la fin, elle est quand même rigolote, Becket passant de chasseur à chassé. Mais cette méchanceté fait trop cruellement défaut au film dans sa globalité. Ford est passé un peu à côté de son sujet, ou plus exactement du ton de son sujet, la fameuse comédie noire, grinçante, so british, qui faisait le sel de Noblesse oblige.
Côté casting, il y a du beau monde : Topher Grace en évangéliste corrompu, Bill Camp en tonton rongé par le remords, Jessica Henwick parfaite en copine dubitative ou Margaret Qualley vénéneuse à souhait en amie d'enfance, sans oublier le grand Ed Harris à la fin, déchaîné et flippant.
Quant à Glen Powell... Ah, c'est compliqué pour lui décidément ! Hollywood pensait tenir sa future next big thing mais après l'échec de Running Man, il endure une nouvelle déconvenue cuisante. En fait, je crois que Powell est plutôt un acteur comparable à Samara Weaving, qui brillerait dans des séries B qui s'assument au lieu de prétendre à des productions plus prestigieuses pour lesquelles il n'a ni les épaules ni une fan base assez massive.
Il n'est pas donc pas mauvais, mais son interprétation manque de relief, de nuance. Jamais on ne sent chez lui cette envie viscérale de faire payer à sa famille ce qu'a subi sa mère et par ricochet lui-même. Alors qu'il était épatant dans Tout sauf toi et Hit Man, grâce respectivement à une excellente partenaire et un excellent réalisateur, ici il traverse le film, transparent.
C'est rageant de voir un film avec un tel potentiel gâché ainsi. Mais quand ça ne veut pas...







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