Poussé dans le vide du haut d'un immeuble par la fillette rencontrée au cimetière devant la tombe de Prion, Oliver Queen survit et trouve Batman avec lequel il remonte à l'étage. La fillette se jette à son tour dans le vide en actionnant un parachute. Batman se lance à sa poursuite...
Si ce n'était le twist à la dernière page, cet épisode serait très frustrant d'un point de vue narratif. Tom Taylor, une fois passé le prologue avec un flashback sur Prion, ce jeune justicier que Green Arrow, Black Canary, Batman et Wildcat prennent comme élève, reprend le motif du plan séquence avec une seule action développée sur une quinzaine de pages.
Le scénariste ne s'embarrasse pas de vraisemblance avec cette fillette qui mène la vie dure à rien moins que Batman puis Green Arrow. Mikel Janin doit rendre tout cela efficace et spectaculaire et il ne faillit pas sa tâche. Cet épisode est le sien à double titre : d'une part parce qu'il revient sur la série après le bref intermède assuré par Pete Woods et Bruno Abdias...
... Et d'autre part parce qu'il fait parler la poudre en découpant superbement cet affrontement peu crédible entre deux membres expérimentés de la Justice League et une fillette qui réussit l'exploit de leur tenir tête. C'est assez drôle si on veut bien oublier toute crédibilité mais Taylor nous a habitués à ce genre de numéro.
Le scénariste abuse de deux choses : d'une part, encore une fois, cet arc lui permet de modifier rétroactivement le passé, sans trop de conséquences sur le présent puisque sa retcon concerne un personnage inconnu (et créé par lui) et qui restera inutilisé. D'autre part, parce que son écriture est cousue de fil blanc bien épais.
En effet, sans trop en dire, lorsque Batman tente d'appréhender la fillette, il découvre que sa technique de combat lui rappelle celle de son propre fils Damian, avec cette même assurance, cette même agressivité, mais surtout elle lui rappelle celle d'un autre personnage qu'il a côtoyé jadis. Donc on sait à peu près certainement de qui descend cette jeune fille.
Mikel Janin chorégraphie l'action avec beaucoup de maîtrise, veillant à ce chaque geste soit clairement montré, chaque impact de coup bien visible, chaque enchaînement fluide. C'est un vrai bonheur quand on lit un comic book de super héros d'avoir sous les yeux une scène aussi bien montée, avec des compositions équilibrées, des valeurs de plan irréprochables.
On pourrait donc facilement s'ennuyer, malgré le savoir-faire indéniable des auteurs, sauf quand arrive l'ultime page qui révèle le comportement pour le moins surprenant d'un personnage. C'est cela, et presque uniquement cela qui donne envie de lire la suite parce que, là, Taylor nous intrigue, nous déroute, nous désoriente, assez magistralement.
Ne reste plus qu'à espérer que ce retournement de situation débouche sur de nouveaux épisodes à la hauteur, sachant qu'on n'en est qu'à la moitié de cet arc.





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