dimanche 10 mai 2026

BLOODY MILKSHAKE (Navot Papushado, 2021)


Sam, 12 ans, est abandonnée par sa mère, Scarlet, quand celle-ci doit fuir après avoir tué les hommes qui ont éliminé son mari. Confiée à Nathan, responsable des ressources humaines de la Firme, Sam devient à son tour une tueuse à gages. 15 ans après, elle se voit confier la mission de retrouver et liquider un homme qui a volé de l'argent à la Firme.


Sam se rend à la Bibliothèque où trois amies de sa mère - Anna May, Madeleine et Florence - lui fournissent des armes. Elle localise rapidement sa cible et lui tire dans l'abdomen par accident lorsqu'il se jette sur son téléphone pour répondre à un appel. Elle comprend alors qu'il a dérobé cet argent pour payer la rançon exigée par les ravisseurs de sa fille Emily.
 

Dans le même temps, Nathan apprend que Sam a tué par erreur, sur un précédent contrat, le fils de Jim McAlister, chef d'une organisation rivale de la Firme. Pour éviter une guerre, il livre sa protégée aux sbires de ce dernier...


Gunpowder Milkshake est une production Netflix qui surfe allègrement sur la vague du succès de la saga John Wick mais en remplaçant les hommes par des femmes. Dit comme ça, j'ai bien conscience que ça ressemble à un produit bas de gamme, et pourtant le résultat ne manque pas de charme, même s'il a du mal à égaler son modèle.


En vérité, Bloody Milkshake (en "vf") n'est pas tant un film de gunfight qu'un conte de fée tordu, une sorte d'hybride étonnant, avec une esthétique acidulée et un propos décalé. C'est une manière de distinguer l'histoire écrite par Navot Papushado et Ehnid Lavski du tout-venant des action movies où on finit par espérer que le héros increvable se fasse buter par surprise.


Si je dis que c'est un conte de fée, c'est parce que la première scène nous l'indique clairement : une jeune fille abandonnée par sa mère et confiée à un homme qui ne saura l'empêcher d'embrasser la même carrière que sa mère, trois marraines comme autant de fées penchées sur le berceau de l'enfant, et à l'âge adulte, une reproduction des relations compliquées entre la femme et une autre enfant.


Sans oublier une espèce de grand méchant loup qui envoie ses sbires capturer l'héroïne pour l'éliminer. Les décors disent la même chose : il y a ce diner aux éclairages vifs, une bibliothèque qui cache des départements dignes de fables, une machine à laver par laquelle on se glisse comme dans le terrier d'un lapin...

Tout est fait, souligné même, pour nous montrer à quel point cela est fantaisiste. L'héroïne paraît insensible à la douleur, comme si, à l'instar d'Achille, elle avait été baignée dans une eau la rendant invulnérable. Lorsque sa mère resurgit, c'est au moment le plus critique et leur réconciliation se fera dans le feu.

Les trois "marraines"/bonnes fées tiennent une bibliothèque dont les livres contiennent des armes comme autant de grimoires recelant des sortilèges pour se protéger des méchants. Et la petite Emily que Sam prend sous son aile (après avoir accidentellement tué le père) est une orpheline qui prétend vite être l'assistante de celle qui l'a privé de géniteur.

Il y a bien quelques flambées de violence graphique, du sang, mais tout compte fait, assez peu. Cette violence est stylisée et le réalisateur veille presque à ne pas trop la montrer, ou alors en en rigolant, comme une punition infligée par l'héroïne et ses complices aux méchants. D'ailleurs il arrive à plusieurs reprises que tout cela soit traité de façon presque comique.

Par exemple, Sam est dans une clinique privée qui ne reçoit que des blessés liés au crime organisé. Dans une chambre se trouve trois hommes de main à qui elle a précédemment infligés une raclée à coups de boules de bowling et qui sous l'effet d'un masque à oxygène ricanent bêtement en ignorant la douleur. Le médecin accepte de les aider pour qu'ils ne le tuent pas.

Il va alors injecter un puissant paralysant à Sam qui ne peut plus se servir de ses mains et ses bras. Elle demande à Emily de lui scotcher un scalpel à une main et un flingue dans l'autre. Ainsi règle-t-elle leurs comptes aux trois hommes de main en balançant ses bras endormis, tranchant la gorge de l'un, tirant sur l'autre, écrasant la tête du troisième.

Cette séquence illustre comment Papushado manie la violence, en en riant et en nous faisant sourire. Plus tard on assiste à une fusillade spectaculaire où la mère et la fille réussissent quasiment toutes seules à éliminer une horde d'hommes armés avec des couteaux et des matraques tandis que les bibliothécaires font de même avec un marteau, une chaîne et un tomahawk. Complètement irréaliste mais très rigolo.

Cela fait de Bloody Milkshake un divertissement très enlevé où les femmes s'affirment par la lutte physique, usant de plus de vice que de brutalité, et formant une sororité infernale face à des hommes condescendants mais aveuglés par leur leur sentiment de toute-puissance. C'est assez réjouissant parce que le discours est supplanté par l'action.

Et puis aussi parce que les actrices sont épatantes, même si, en définitive, elles n'ont pas grand-chose à jouer que des archétypes. Karen Gillan joue très bien la fille fâchée. Lena Headey est impeccable en maman qui veut rattraper le temps perdu. Le trio Michelle Yeoh-Angela Bassett-Carla Gugino est savoureux. Paul Giamatti et Ralph Ineson sont des crapules pathétiques.

La bande originale du film cite les partitions du western spaghetti et les tubes FM, sans grande originalité, mais ça passe.

C'est un drôle de film, qui manque peut-être un peu de folie, mais qui aurait très bien pu inaugurer une franchise (une suite était dans les tuyaux, mais j'ai l'impression que l'idée a été enterrée).

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