samedi 2 mai 2026

BATMAN / WONDER WOMAN : TRUTH (Jeph Loeb / Jim Cheung)


Wonder Woman accepte que son lasso de vérité soit exposé dans une galerie dont le système de sécurité a été conçu par Bruce Wayne. Mais Catwoman dérobe l'objet. Batman, toutefois, raisonne Wonder Woman en lui expliquant qu'il a recruté la voleuse pour justement tester la sécurité. Pourtant Catwoman s'enfuit avec le lasso qu'elle perd vite...


Ces derniers mois DC Comics a été le théâtre d'un feuilleton éditorial rocambolesque avec la publication de Batman : Hush 2, suite de la saga parue en 2002-2003. Les épisodes sont sortis avec un retard de plus en plus considérable et ce n'est qu'il y quelques jours que le dessinateur Jim Lee a expliqué pourquoi (diabétique, il a dû se soigner tout en réalisant ses planches et en accomplissant son job de Chief Creative Officer).


Alors quand Jeph Loeb, le scénariste avec lequel il a travaillé, a annoncé qu'il écrivait un one-shot s'intercalant entre Hush et Hush 2, les lecteurs se sont demandés quand cela sortirait. Et voilà que débarque dans les comics shops Batman/Wonder Woman : Truth, un récit complet d'une quarantaine de pages, cette fois illustré par Jim Cheung.


Il y a deux manières d'apprécier le produit : la première, c'est en le considérant effectivement comme une intermède entre les deux Hush. Sur ce point, j'aurai du mal à en parler, n'ayant pas lu les deux Hush, mais je vous renvoie à l'excellente analyse qu'en a faite AIPT Comics . Très complète et instructive, sans complaisance.


Mais on peut aussi lire et aimer Batman/Wonder Woman : Truth sans s'embarrasser de Hush et sa suite. Peut-être est-ce d'ailleurs comme ça que ça aurait dû être proposé, par exemple sous le DC Black Label, un récit complet sans avoir à se soucier de la continuité et des bizarreries qu'on trouve sous la plume de Loeb et le crayon de Cheung.


Le scénario, au fond, n'est qu'un prétexte car l'argument est parfaitement absurde. En effet pourquoi Wonder Woman consent à ce que son lasso soit exposé dans une ville comme Gotham où pullulent les voleurs et les criminels. Même avec l'assurance que Bruce Wayne sécurise cet objet si précieux, c'est de l'inconscience.

Et évidemment ce qui devait arriver arriva : le lasso est rapidement volé par nulle autre que Catwoman qui le perd rapidement au profit de Harley Quinn. Et quand Harley Quinn est là, le Joker n'est pas loin. C'est très téléphoné, archi prévisible, et Jeph Loeb ne s'en excuse même pas. Au contraire, c'est bravement assumé, comme si le scénariste ne cherchait plus à redorer sa triste réputation.

Mais... Mettons que l'absurdité de la situation de départ ne soit pas si gênante. Alors on a droit à un divertissement rigolo, mené sur un rythme soutenu et accompagné de quelques efforts notables. Par exemple Loeb, sans rien dire de nouveau sur ses protagonistes, réussit à ne pas trahir la caractérisation des uns et des autres.

Wonder Woman croit en l'homme et c'est pour ça qu'elle accorde sa confiance à Bruce Wayne et Batman. Batman aime Catwoman et c'est pour ça qu'il a parié sur elle pour tester son système de sécurité, mais en même temps il reste méfiant parce que c'est sa nature profonde, que même la bonté d'âme de Wonder Woman ne peut faire vaciller.

La voix off, cet artifice dont ne peuvent plus se passer les scénaristes (je rêve qu'un editor défie ses auteurs d'écrire un script sans elle, ne serait-ce qu'un mois, pour voir comment ils s'en sortiraient), est ici habilement utilisée pour illustrer la dualité des personnages et l'ambivalence des péripéties. L'action domine, sans temps mort, avec classicisme mais élégance.

Toutefois, même si on lit Batman/Wonder Woman : Truth sans prendre en compte Hush, des détails interpellent et montrent que le projet a été conçu sans que son scénariste sache très bien où le situer. Par exemple Catwoman porte son costume du run d'Ed Brubaker, designé par Darwyn Cooke. C'est raccord avec Hush qui était paru à la même époque.

Mais Wonder Woman porte la tenue qu'elle a dans le run de James Tynion IV sur Justice League Dark, avec la cape et la jupe à franges, alors qu'au début des années 2000, Diana avait encore sa célèbre (et regrettée) culotte étoilée. Là, c'est un faux raccord. Tandis que Harley Quinn est habillée en arlequin, comme quand Bruce Timm l'a inventée et telle qu'elle apparaissait dans Hush.

Cela donne l'impression que Jim Cheung a improvisé à partir d'un script qui manquait visiblement de clarté sur les looks adéquats. Mais ses planches sont tellement superbes qu'en vérité on oublie vite tout ça. On sent qu'il a passé des mois à peaufiner chaque planche - il a d'ailleurs avoué que ce fut son travail le plus dur.

Je ne suis évidemment pas d'accord avec ceux qui disent que Cheung a voulu coller au style de Jim Lee. Je n'ai jamais été un fan de Lee comme artiste, mais ce dont je suis certain, c'est que Cheung, contrairement à lui, est un artiste qui n'a cessé de s'améliorer et dont la qualité le dépasse nettement. La seule chose qu'ils ont en commun, c'est bien la lenteur.

Et Cheung s'encre, et très bien. Son trait est d'une précision et d'une classe bluffantes, il a cette façon de représenter les personnages assez figée, ce n'est pas dynamique pour un sou, mais c'est d'une méticulosité virtuose. On reconnaît immédiatement un dessin de Cheung, sa manière de dessiner les visages (très peu expressifs, mais comme saisi dans leur majesté intemporelle).

Et les couleurs de Jay David Ramos mettent en valeur ce trait, sans empiéter sur l'encrage, sans alourdir les ambiances.

Bref, c'est un vrai bonheur pour les yeux, à défaut d'être une histoire à la hauteur de ses héros.

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