samedi 23 mai 2026

THE DRAMA (Kristoffer Borgli, 2026)


Boston. Charlie Thompson aborde Emma Harwood dans un café alors qu'elle lit un livre qu'il prétend avoir également lu. Mais elle l'ignore. Il retourne à sa place puis revient vers elle pour s'excuser. Elle le remarque alors et lui explique être sourde de l'oreille droite, raison pour laquelle elle ne lui avait pas répondu la première fois. Elle propose de tout reprendre à zéro et de faire connaissance.


Deux ans après, Charlie et Emma s'apprêtent à se marier. Un soir, en rentrant chez eux, ils aperçoivent Pauline, la DJ conviée à leurs noces, en train de fumer de l'héroïne dans un parc. Ils le racontent à leurs témoins de mariage, Mike et son épouse Rachel, et la conversation dévie sur la pire chose que chacun a commise dans le passé. Mike avoue s'être servi de son ex comme bouclier devant un chien errant, Rachel avoir enfermé son petit voisin dans une armoire quand ils étaient enfants, Charlie avoir cyberharcelé une camarade au lycée...


Mais quand vient le tour d'Emma, ce qu'elle révèle sidère totalement la tablée... Les jours suivants, alors qu'ils continuent de préparer leur union, Charlie devient de plus en nerveux, se demandant s'il connaît vraiment bien Emma, qui tente de lui expliquer son histoire comme pour justifier son aveu...


Produit par le studio A24, The Drama est le troisième long métrage de Kristoffer Borgli qui détourne les codes de la romcom (comédie romantique) de manière jubilatoire. On peut dire que dès l'affiche le ton est donné avec ce couple jeune et séduisant qui irradie d'un bonheur insolent mais trop beau pour être vrai. Le spectateur se doute qu'il y a un loup.
 

Bien sûr je ne vais pas dévoiler le secret d'Emma qui remet complètement cause son mariage avec Charlie ainsi que ses relations avec Mike et Rachel. Mais finalement ce n'est pas tant l'énormité de ce aveu qui dérange que ses conséquences. La question au centre de l'intrigue, c'est : est-on coupable d'une chose qu'on a voulu faire mais qu'on n'a finalement pas faite ?


Tout dépend de la chose en question, me direz-vous. Et ce que révèle Emma est effectivement très perturbant. Mais le film choisit d'en rire plus souvent qu'on ne pouvait s'y attendre. En effet, The Drama est un film très drôle dans ce que le malaise qu'il créé provoque chez ses personnages. Et c'est pour cela qu'il est si réussi.


On peut, comme je l'ai lu, reprocher au dispositif du scénario, écrit par Borgli, d'être artificiel, de vouloir choquer un peur facilement pour susciter l'inconfort. Ce n'est pas faux, d'autant que d'autres films par le passé (je pense à Festen de Thomas Vinterberg) ont également exploité ce mécanisme qui consiste à révéler une horreur pour examiner les réactions d'une assemblée.

Mais là où Festen creusait uniquement le désarroi et ne prêtait vraiment pas à rire vu l'atrocité de ce qui était rendu public (un inceste), The Drama veut, avec à propos, dédramatiser. On explique que Emma a été victime de harcèlement scolaire, ce qui lui a inspiré un funeste projet. Et que ledit projet a été empêché, ironie du sort, par un événement simultané proche de son idée.

Donc Emma n'est en réalité coupable de rien, elle n'a rien commis d'irréparable, de répréhensible. Elle n'a fait que penser à un plan sinistre et s'est dégonflée. Elle est même ensuite devenue une militante ardente, sincère contre ce qu'elle voulait justement faire. Mais en dévoilant son secret, elle a semé un trouble aussi profond que si elle était passé à l'acte.

Au fond, elle paie pour quelque chose qu'elle n'a pas fait. Et la manière dont ses proches réagissent est souvent hilarante car l'un se fait des films macabres en imaginant que l'amour de sa vie est peut-être une psychopathe, une autre décide de ne plus être sa demoiselle d'honneur car elle assimile Emma à ceux qui ont fait du mal à sa cousine.

A ce stade, pourtant, le film en est à peine à sa moitié et ce qui est encore plus grinçant, c'est la façon dont la situation va déraper encore plus jusqu'à une cascade d'autres révélations, sans lien avec Emma (sans lien direct), mais impactant le mariage. Charlie, au summum de la détresse, craque et fond en sanglots dans les bras d'une collègue et l'embrasse.

Elle est prête à se donner à lui, autant pour le réconforter que mue par un désir visiblement réprimé, et alors qu'il va l'étreindre, il pleure à nouveau et se confond en excuses, implorant que cela reste entre eux. Voeu pieux puisque Misha, la collègue, soulagera sa conscience au pire moment devant Emma qui croyait qu'elle était au courant de son secret honteux.

La séquence du mariage et de son dîner atteint des pics dans la comédie noire, avec les discours qui s'enchaînent, tous plus maladroits et embarrassants les uns que les autres, jusqu'à un coup de tête motivé par un malentendu grotesque. Dans son épilogue, le film devient à la fois plus grave, touchant et finalement authentiquement romantique.

Ce grand huit est réalisé avec précision et surtout magistralement interprété. Le couple que forment Zendaya et Robert Pattinson a quelque chose de miraculeux et immédiat. Leur complicité est soulignée par leurs manières distinctes de jouer, lui dans le surrégime et elle dans la gêne crescendo. Lui est très marrant en futur époux dépassé, elle superbe (évidemment) et si expressive en jeune femme désemparée par ses propres aveux.

Alana Haim et Mamodou Athie jouent les témoins, et si lui est assez effacé, elle est extraordinaire lors du repas de noces pour une prise de parole fielleuse à souhait. Hailey Benton Gates, qui joue la collègue de Charlie, est également irrésistible, prise entre deux feux.

The Drama est une réussite savoureuse qui prouve que c'est finalement désormais en jouant des codes des films de genre qu'on peut les réinventer le plus habilement.

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