John Jones a compris que son fils Tyler était possédé par l'équation d'anti-vie et que sa femme Bridget était en danger, seule avec lui. Il part donc la retrouver mais des membres de l'Agence les attaquent, lui et le Martien tandis que Désespoir-le-zéro l'accable avec les moments les plus sombres de son passé...
Dans un monde idéal, une mini-série comme Absolute Martian Manhunter aurait été réalisée suffisamment d'avance pour ne jamais connaître d'interruption dans sa publication et alors le plaisir de lecture aurait été incomparable. Toutes les qualités du projet de Deniz Camp auraient été imparables et sans doute n'aurai-je aucun doute sur son statut de chef d'oeuvre.
Mais voilà, ça ne passe pas comme ça, et même si l'édition de la série est remarquable, DC acceptant de laisser à Javier Rodriguez le temps de compléter ses épisodes en mettant la production en stand-by (là où d'autres éditeurs auraient engagé un fill-in artist pour ne pas faire attendre le lecteur), hé bien, Absolute Martian Manhunter doit maintenant composer avec cette reprise.
Et, pour ma part en tout cas, le plaisir n'a plus jamais été le même. Cela reste une mini-série extraordinaire à bien des égards, mais cette cassure dans la parution m'a rendu le retour à la lecture plus difficile que je ne le pensais. Je n'arrive plus à profiter de cette histoire autant que dans sa première moitié tout simplement.
Je ne veux pas faire l'effort non plus car je crois qu'une bonne BD se lit justement sans avoir à faire d'effort. On peut évidemment lire une BD complexe et s'interroger en la lisant sur tel point, c'est le jeu, et c'est un jeu plaisant, excitant, motivant. Mais il est nécessaire d'avoir une fluidité dans sa lecture, de ne pas sentir qu'on doit s'arrêter à un moment pour saisir tel détail puis, une fois compris, reprendre où on en était.
Il n'y a rien de spécialement compliqué à comprendre dans Absolute Martian Manhunter, mais l'ambiance y est tellement intense que, en coupant la parution en deux temps, s'y remettre exige un effort. Il faut s'immerger à nouveau dans ce climat oppressant, délirant, et ce n'est pas si facile. La fluidité s'est perdue.
Il sera intéressant de relire l'intégralité des 12 épisodes une fois qu'ils seront sortis, de les relire d'une traite, et je suis convaincu alors que j'apprécierai des éléments que je n'arrive plus à savourer depuis quelques mois. Mais c'est un peu le mal moderne des comics dont la structure narrative est conçue pour se savourer en recueil alors que l'épisode mensuel devrait se suffire à lui-même, que le plaisir du feuilleton mensuel devrait dominer.
Dans cet épisode, par exemple, le focus se porte sur la lutte interne qui se joue entre John Jones, le Martien et Désespoir-le-zéro. Ce dernier signifie des choses importantes à John : il suggère que l'accident dont il a été victime et depuis lequel il cohabite avec le Martien n'était pas un accident, que le Martien a toujours été là et que lui-même, Désespoir-le-zéro, attendait d'accéder à la psyché de John.
Mais la manière dont Deniz Camp met cela en scène me paraît lourde, laborieuse, comme une révélation trop tardive, trop explicative. Si ce que dit Désespoir-le-zéro est vrai, alors ça remet tout en cause et le surnaturel envahit la série quand, auparavant, il s'y était invité pour rendre l'ensemble de l'aventure de John plus troublante.
En revanche, si c'est faux, c'est une manoeuvre pour briser John et cela semble d'ailleurs marcher, mais à un épisode de la fin, alors que d'autres menaces sont déjà à l'oeuvre, fallait-il démolir psychologiquement John qui aura fort à faire dans le dernier épisode pour sauver son fils ? En tout cas, c'est un point de plus dans l'assombrissement de l'histoire.
Comme auteur et lecteur, je me méfie toujours de ces coups de théâtre à un numéro du terme, surtout quand la barque est déjà bien chargée. Peut-être que Camp s'en sortira brillamment et qu'on aura droit à un final exceptionnel, mais j'ai plutôt l'impression actuellement que la série a connu six premiers chapitres hors du commun et que depuis... Hé bien, c'est moins ça, c'est plus difficile.
Javier Rodriguez continue de livrer des planches formidables, très inventives, très colorées aussi - on est carrément dans le psychédélisme, les épisodes ressemblent à une BD underground des 70's. Mais ce traitement visuel a son revers : on peut trouver, légitimement à mon sens, que ça vire parfois à la surenchère et que la narration n'en profite pas.
Par exemple, là aussi, le rôle et le lien avec l'intrigue générale de cette mystérieuse Agence et de ses membres est franchement opaque. Tout d'abord, je les ai associés au Martien Blanc, puis à l'équation d'anti-vie (donc Darkseid). Mais maintenant, je ne sais plus trop. Et le fait est que Rodriguez ne fait rien pour éclaircir l'avis du lecteur. Il suit le script, mais le script est opaque là-dessus.
J'ai conscience que, cette semaine particulièrement, par un hasard fâcheux du calendrier des sorties, rien n'a l'air de me plaire. Ce n'est certainement pas agréable de lire des critiques un peu bougonnes. Mais ces déceptions sont variées : il y a des séries qu'on trouve ratées parce qu'elles manquent leur cible, d'autres parce qu'elles manquent d'audace, d'autres parce qu'elles en ont trop.
Peut-être qu'au fond ce que j'apprécie le plus, c'est actuellement un peu d'humilité. Ce qui ne signifie pas un manque d'ambition ou d'originalité (et justement demain je vous parlerai d'un titre qui m'a comblé). Mais c'est vrai que, aussi incongru que ça puisse paraître, j'ai pris plus de plaisir à lire et à parler de Black Cat que de Captain America, Iron Man ou Absolute Martian Manhunter.
Et dans le cas précis d'Absolute Martian Manhunter, au fond, ce qui est peut-être le plus remarquable, c'est qu'alors qu'au début je pensais tenir le titre Absolute le plus subtil, je me rends compte qu'il tombe dans le même piège que le reste de la collection, avec un trop-plein, comme une version boursouflée plus que très différente.





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