mardi 22 juillet 2025

BLINK TWICE (Zoë Kravitz, 2024)


Frida et Jess officient comme serveuses lors d'une soirée donnée par Slater King, un riche homme d'affaires récemment pris dans un scandale sexuel et qui a démissionné de son poste de PDG. Une fois leur service terminé, les deux jeunes femmes se mêlent aux invités et Frida attire l'attention de King qui les invite, elle et Jess, sur son île. Dans le jet privé qui les emmène se trouvent aussi : Cody (le chef de la sécurité de King), DJ Tom, Vic (un photographe), Lucas (un étudiant), Sarah (une candidate de télé-réalité), Camilla (la créatrice d'une application) et Heather (une avocate).


Une fois sur place, Stacy, la soeur et assistante de King, confisque les téléphones portables de chacun. Les invités sont logés dans de somptueuses chambres et reçoivent un sac rempli de cadeaux, dont un parfum produit sur l'île. Le soir, un dîner copieux est servi puis on consomme alcool et drogues à foison pour une fête jusqu'au bout de la nuit. Le lendemain matin, chacun a la gueule de bois et l'humeur de certains s'en ressent, comme Sarah qui jalouse Frida à laquelle s'intéresse King.


Malgré cette opulence, Jess se sent mal à l'aise. Elle sent que quelque chose de malsain règne dans cet endroit et veut s'en aller. Mais Frida la convainc de rester parce qu'elle sent que King éprouve sinon des sentiments, en tout cas de l'attirance pour elle. Mais Jess disparaît et lorsque Frida la recherche, personne ne se souvient de son amie. King reçoit, lui, Rich, son thérapeute, qui s'étonne de revoir Frida sur l'île tout comme une femme de chambre, qui concocte une étrange potion à base de venin de serpent dans un bâtiment isolé...


Blink Twice est le premier réalisé par la comédienne Zoë Kravitz (la fille de...), et qu'elle a co-écrit avec E.T. Feigenbaum. Plutôt que de raconter une histoire personnelle, elle a opté pour un récit de genre, flirtant avec l'épouvante, ce qui en soi est déjà assez singulier. Elle y dirige son compagnon et une distribution quatre étoiles.


Pourtant, Blink Twice n'a pas, malgré sa belle allure, disposé d'un budget énorme (moins de 50 M $), mais Kravitz a réussi son coup puisque les recettes générées par son film ont produit le double ce qu'il a coûté. De quoi lui donner des ailes pour l'avenir. Et c'est tout ce qu'on peut lui souhaiter car elle affiche un beau talent.


Initialement, le film devait s'intituler Pussy Island mais le studio a refusé de l'exploiter sous ce nom, de peur qu'il soit censuré et considéré comme une production réservée aux adultes. Pourtant, ce premier nom avait le mérite de la clarté, même si, en contrepartie, il aurait sûrement incité le spectateur à se méfier trop vite de ce qui se passait sur l'île privée de Slater King.
 

Mais ça ne doit pas occulter le fait que Blink Twice reste une série B, assumée. Ce huis clos à ciel ouvert s'inscrit dans une longue lignée (on peut penser aux Dix petits nègres d'Agatha Christie). Le fait aussi que son héroïne soit noire indique une référence à la blaxpoitation, et la dernière partie du récit en fait clairement un revenge movie.

Mais n'allons pas trop vite. Car, si tous ces points sont avérés, ce que raconte fort bien Blink Twice, c'est une interprétation de plusieurs affaires sordides dévoilées par le mouvement #MeToo. Le personnage de Slater King est une revisite des nababs comme Harvey Weinstein, Jeffrey Epstein et autres salopards qui se sont servis de leur fortune pour des projets abjects.

Le film s'ouvre d'ailleurs par une interview de cet homme d'affaires qui, pris la main dans le pot de confitures, présente ses excuses à celles qu'il a pu blesser par ses mots et ses actes, sans qu'on sache de quoi il s'agit exactement. Le scandale qui l'a éclaboussé a suffi en tout cas à le convaincre de démissionner de son poste de PDG et d'entamer une thérapie.

Mais une thérapie au soleil, sur une île paradisiaque qu'il a acquise. Il y invite des amis plus ou moins proches pour soi-disant faire des retraites mais en vérité pour profiter de la discrétion de l'endroit et s'éclater dans des fêtes sans fin, pimentées par l'alcool et la drogue. King est donc un fieffé hypocrite qui, en prétendant se racheter, continue de vivre dans le vice.

Pour qui ignore cette vérité, être convié dans le paradis privé de cet homme revient à un privilège. Fantasmant sur cette figure charismatique, Frida est toute émoustillée quand elle fait partie des nouveaux invités et entraîne à sa suite sa meilleure amie Jess. Dans le jet qui les emmène là-bas, elles sont accompagnés par des individus de milieux plus aisés qu'elles et réussissent à donner le change.

Zoë Kravitz réussit subtilement, dès qu'on pose le pied dans le domaine de King, à semer le trouble chez le spectateur. Tout ça est trop beau pour être vrai et des détails intriguent - pourquoi confisquer les téléphones de chacun puisqu'il n'y a aucun réseau ? Et, une fois, rapidement, qu'on sait d'où viennent Frida et Jess (c'est-à-dire pas de la jet-set), fait-on comme si ce n'étaient pas des imposteuses ?

La disparition de Jess, dont personne ne se rappelle même qu'elle fut là, devient le point de bascule du scénario. Là, c'est sûr, quelque chose cloche et c'est sérieux. D'autres indices sont semés (Rich le thérapeute qui s'étonne du retour de Frida sur l'île alors qu'elle n'y est jamais venue). C'est suffisant pour que Sarah, pourtant rivale de coeur de Frida, accepte de l'aider...

Le dernier tiers du film va crescendo et se montre efficace, même si, en cours de route, il faut bien avouer que la subtilité a disparu. Il s'agit alors moins dénoncer la domination de ces mâles alpha super-riches et tous blancs que de survivre puis de leur rendre la monnaie de leur pièce. Toutefois, la révélation de leurs turpitudes est suffisamment choquante pour que le spectateur embrasse cette révolte.

Je suis plus perplexe quant au twist final qui paraît vouloir trop bien faire en donnant une vengeance totale et machiavélique à Frida, expédiant du même coup le souvenir de Jess. Quitte à verser dans le revenge movie, autant y aller à fond et ne pas avoir honte de zigouiller les méchants à la hauteur des immondices qu'ils ont commises...

Devant sa caméra énergique, à la photo léchée, exploitant le décor à merveille, Kravitz a donc pu s'appuyer sur un casting de première classe. Channing Tatum compose un mogul maboul particulièrement flippant. Christian Slater est horripilant à souhait en voyeur. On trouve même dans le rôle de DJ Tom Haley Joel Osment : souvenez-vous, c'était le gamin qui parlait aux morts dans Sixième sens de M. Night Shyamalan en 1999 !

Naomi Ackie a un rôle en or mais j'ai trouvé qu'elle ne le jouait pas aussi bien qu'il aurait fallu, la faute à un manque d'expressivité, de nuances dans l'interprétation. Tout le contraire d'Alia Shawkat qui en impose avec un temps beaucoup plus réduit à l'écran. Et aussi d'Adria Arjona, toujours aussi belle à tomber, mais qui démontre une fois encore un remarquable talent pour camper un personnage entre deux eaux. Geena Davis est aussi de la partie et ça faisait une éternité que je ne l'avais vu à l'écran...

Blink Twice est un thriller très malin et solide, intense. S'il était parvenu à dénoncer aussi brillamment qu'il fait sursauter, ç'aurait été une réussite encore plus spectaculaire. Mais il faut désormais compter avec Zoë Kravitz réalisatrice : pour un premier essai, c'est épatant.

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