Pittsburgh. Enfermé dans un édifice de cristal rouge, Firestorm s'est isolé et Firehawk et le professeur Stein s'interrogent sur sa prochaine action? Firehawk pénètre dans l'édifice et tente de raisonner Firestorm car elle est convaincue que Ronnie Raymond peut encore maîtriser la Matrice de la créature...
Voyez cette double page ci-dessus : il s'agit d'un flashback sur les années "satellite" de la Justice League quand Firestorm a intégré l'équipe. Ronnie Raymond est intimidé tandis que Martin Stein est sûr de lui. Le Limier Martien demande au petit nouveau de ne pas s'asseoir à côté de lui à cause de sa tête en feu (et le martien craint le feu). Puis Hawkman remarque que Firestorm semble parfois parler tout seul (en fait il parle à Stein).
Cette scène résume l'épisode de ce mois-ci, l'antépénultième de cette mini série. Jeff Lemire souligne que, contrairement à ce qu'on croit tous à propos de Firestorm, il n'y a pas que deux personnes en lui (Raymond et Stein) mais bien trois (avec la Matrice, l'homme nucléaire proprement dit). Et c'est pour avoir trop longtemps sous-estimé cette troisième partie que le drame actuel a été provoqué.
De nos jours, la Matrice domine Firestorm au point d'avoir supplanté Ronnie Raymond. Le Pr. Stein semble l'avoir compris et l'explique à Firehawk qui s'emploie dans un premier temps à raisonner la Matrice pour ramener au premier plan Ronnie. Elle y parvient... presque. Mais tout est là, dans cette créature où il n'y a pas assez de place pour trois, ni même pour deux.
Si, dans le passé, le Limier Martien avait sondé télépathiquement Firestorm au lieu de craindre sa tête enflammée, peut-être aurait-il détecté ses personnalités multiples et en conflit. Mais c'est trop tard et la question qui se pose est : y a-t-il encore quelque chose à sauver de Firestorm ? Peut-on sauver l'égal d'un dieu de lui-même ?
Jeff Lemire joue un peu la montre, son intrigue avance à petits pas en attendant son dénouement dans deux mois. Mais ça ne signifie pas que l'épisode est creux ou qu'il ne raconte rien. Le scénariste appréhende son héros comme une entité complexe que Stein est persuadé de pouvoir "réparer" parce qu'il se considère comme son "père" (c'est d'ailleurs ainsi que l'appelle Firestorm).
De son côté, Firehawk semble moins préoccupée par Firestorm que par ce qui reste de Ronnie Raymond. Lorraine et Stein ont en fait des sentiments opposés : elle veut sauver celui qu'elle a aimé et qu'elle craint qu'il ait été consumé par la Matrice, il veut sauver l'homme nucléaire pour qui il n'a pas hésité à sacrifié un jeune homme en le manipulant.
Cela vient en tout cas confirmer que The Fury of Firestorm exploite un sujet similaire à celui de la mini Jenny Sparks de Tom King et Jeff Spokes en le faisant d'une manière plus habile et moins verbeuse tout en restant trouble et troublante. A mon avis, il y avait matière à produire encore des épisodes, ou un arc ou plusieurs autres arcs narratifs, mais Lemire en restera là pour se consacrer à ses propres projets (et DC n'a pas l'air de vouloir lui trouver un successeur, malgré le succès du projet).
Rafael de Latorre est une nouvelle fois impeccable au dessin : la manière dont il traite les flashbacks et dont Marcelo Maiolo les colorise différemment donne un cachet certain à la série. Mais de Latorre réussit surtout à traduire visuellement l'intensité et l'ambivalence de chaque scène, magnifiant intelligemment, sans surenchère, le script de Lemire.
Ce Next Level de DC a décidément réservé de bien belles surprises, auxquelles les lecteurs ont su être sensibles. Comme quoi, laisser faire les auteurs et artistes, ça marche (n'est-ce pas Marvel...).





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