Daredevil comprend en parlant avec l'inspecteur Forte que Omen va cibler un proche de Matt Murdock, faute de le tuer directement. Et comme Matt a demandé que Foggy Nelson le rejoigne à New York, Daredevil se précipite chez son ami en espérant arriver à temps...
C'est la fin de ce premier arc de Daredevil par Stephanie Phillips et Lee Garbett... Et c'et aussi là que j'en resterai. J'avais peu d'espoir que le scénario offre un dénouement convaincant et assez accrocheur pour poursuivre, mais je ne me doutais pas que ce serait aussi mauvais. Après le run nullissime de Saladin Ahmed, c'est un nouveau raté pour Daredevil.
Je ne vais pas vous spoiler au cas où, quand ça arrivera en vf, vous auriez quand même envie d'essayer mais je n'ai tout simplement adhéré. On découvre qui est Omen (et franchement, ça n'apporte rien), pourquoi il tue en ôtant les yeux de ses victimes (et c'est parfaitement grotesque) avant de comprendre qu'on n'en a pas fini avec lui (alors qu'il n'est plus très en forme à la fin de l'épisode).
Alors, tout d'abord, je n'ai rien contre les méchants créés de toutes pièces par une scénariste : c'est un effort louable de vouloir introduire un nouvel antagoniste au lieu de ressortir sans cesse le Caïd, le Tireur, le Hibou (même s'il a été présent, un tout petit peu, dans ces épisodes), etc. Mais encore faut-il imaginer un méchant qui n'ait pas à rougir de la comparaison.
Et bon, soyons honnêtes, Stephanie Phillips souffre du même défaut que Tom Taylor sur Detective Comics : ses personnages inédits sont sans saveur. Non seulement ils ne valent pas leurs illustres prédécesseurs mais leurs motivations sont nulles, leur charisme inexistant, et leur pérennité discutable. Si demain, Phillips devait être remplacé, Omen serait vite oublié par l'auteur qui lui succéderait.
Ensuite, et ça, c'est une considération plus générale, si Phillips est une scénariste qui peut être remarquable sur des projets en creator-owned (Grim, Red before Black), quand elle écrit du super héros, hé bien... Ce n'est pas bon. On a vraiment ce sentiment qu'il s'agit d'un travail de commande dont elle s'acquitte sans passion pour le genre, ses codes, son histoire.
Il peut arriver qu'on écrive du super héros sans avoir baigné dedans toute sa vie (c'était le cas de Bendis ou Brubaker, deux anciens scribes de Daredevil, qui se destinaient à écrire des séries noires) et lorsqu'ils s'y frottent, y infusent leurs obsessions, détournant les clichés pour entraîner les héros et leurs aventures hors des sentiers battus.
Mais, dans le cas de Phillips, c'est comme si elle n'avait rien à dire sur eux, ces types masqués, pourquoi ils mènent une double vie, comment ça les impacte. Pourtant elle en fait le coeur de son premier arc avec Omen qui voulait non pas éliminer Daredevil mais Matt Murdock. Sauf que, au bout du compte, on ne comprend absolument pas pourquoi il en voulait à Murdock (ou en tout cas, ce n'est pas évident).
L'inspecteur Forte est aussi insipide. Contrairement à Cole North, autre flic anti-justicier masqué créé par Chip Zdarsky, Forte manque singulièrement de consistance et, le pire, c'est qu'il le reconnait, vomissant après avoir vu son collègue être mutilé par Omen et racontant à Daredevil qu'il n'a finalement rien contre Murdock, échangeant avec son alter ego tout en maudissant le fait que les justiciers masqués font le travail des flics. On lève les yeux au ciel en lisant de tels dialogues...
Pour ne rien arranger, la série n'est pas gâtée visuellement : j'aime bien Lee Garbett tout en reconnaissant que ce n'est pas un dessinateur de premier rang. Toutefois, lui aussi, quand il s'investit dans des creator-owned, peut surprendre positivement. Mais passé un premier épisode qui pouvait faire penser au Romita Jr. sur le run de Ann Nocenti, la comparaison s'arrête là.
D'abord parce que Garbett, comme tant d'autres, s'encre lui-même et n'est pas doué pour ça. Romita Jr. avait Al Williamson et s'il est vrai qu'on ne trouve plus d'encreur de ce niveau, il faudrait quand même que certains artistes actuels se posent vraiment la question de savoir s'ils sont si compétents que ça pour complèter leur dessin.
Garbett est un de ceux qui démarre assez fort pour motiver le lecteur mais qui se décompose littéralement au fil des mois. Les décors passent à la trappe, le découpage devient paresseux, les expressions des personnages sont de plus en plus minimalistes. A la fin, on a l'impression que le bonhomme achève ses planches à la va-vite, à bout de souffle.
J'avais un peu envie de voir ce que Flaviano, le partenaire de Phillips sur Grim, ferait pour les épisodes suivants, mais bon, je vais m'en passer. Daredevil est, comme les X-Men, dans les mains de personnes qui ne le méritent pas.





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