Luciana "Lucky" Armstrong et Cary Masterson fêtent à Las Vegas la réussite de leur audacieux braquage : ils ont dépouillé Wayne Whittaker, le père de Cary, de 10 M $ en cash. Mais au matin, Lucky se réveille seule : Cary est parti avec l'argent et le FBI arrive pour l'arrêter. Elle réussit à s'enfuir malgré tout mais l'agent Rand, à la tête de cette descente, repère sur les écrans de vidéo surveillance la jeune femme et se lance à sa recherche. Lucky prend un bus à destination du Grand Canyon et, lors d'une halte, manque de peu d'être arrêté par un des agents de Rand avant d'être capturé par Priscilla, sa belle-mère, et son bras-droit, Dutch.
Lucky a beau jurer qu'elle n'a plus l'argent, Priscilla refuse de la croire et ses sbires l'enferment dans le coffre d'une voiture. Elle réussit à s'en tirer et à atteindre une maison isolée en plein désert où Sylvia l'héberge. Mais le FBI quadrille la zone et Rand finit par frapper à la porte de Sylvia. Lucky s'échappe avec la voiture de cette dernière et s'arrête dans une station-service où Dutch la surprend, après avoir écouté sur la fréquence de la police le signalement de la voiture et de la voleuse. Lucky fausse compagnie à Dutch en se cachant à l'arrière de son pick-up, sous une bache.
Cependant Priscilla a interrogé une faussaire à qui Cary aurait acheté de faux papiers sous une nouvelle identité et adresse, mais l'homme assure qu'elle se trompe. Dutch l'exécute. Lucky ramasse la carte d'identité du faussaire et se rend chez lui où elle se rend compte que Priscilla s'est trompée de cible : le véritable faussaire est le voisin et, en montrant ce qu'il peut faire à la jeune femme, elle voit la carte d'identité confectionnée pour Cary avec sa nouvelle adresse...
6 ans après le formidable Le Jeu de la Dame (sur Netflix), Lucky marque le retour d'Anya Taylor-Joy dans une nouvelle mini-série pour une plateforme de streaming, cette fois Apple TV+. Il fallait que le projet soit accrocheur pour l'éloigner du grand écran où elle enchaîne les films et cette adaptation du roman de Marissa Stapley par Jonathan Tropper était taillée sur mesure pour elle.
Lucky est une jeune voleuse qui a grandi avec son père depuis sa naissance (sa mère est morte en couches) et il en a fait son émule, l'entraînant dans de petites combines puis d'ambitieuses arnaques. C'est ainsi qu'ils se sont mis en affaires avec la redoutable Priscilla Masterson et l'infâme Wayne Whittaker. Lucky, elle, a épousé Cary, le fils de Priscilla, désireux de changer de vie comme elle.
Son père, Whittaker, l'ayant toujours ignoré et sa mère refusant de croire qu'on pouvait se détacher de ses racines, Cary a osé l'impensable avec Lucky : dépouiller ces deux-là de la coquette somme de millions de dollars. Puis il a commis l'impardonnable : abandonner Lucky en partant avec l'argent. A moins qu'il ait été enlevé ? Et tué ?
C'est ce que va s'employer à résoudre Lucky pendant les quatre premiers épisodes, avec le soutien de son père au téléphone (il purge une peine de prison après avoir été pris avec Priscilla, qui, elle, est sortie plus vite grâce à Wayne). Une fois Cary retrouvé, elle le confronte et il tente de justifier son geste. Mais le FBI et les sbires de Whittaker sont déjà à sa porte...
Lucky est donc un polar en bonne et due forme, avec ses voleurs, ses agents du FBI, et surtout les familles qu'on n'a pas choisies mais qu'on est désormais assez vieux pour vouloir quitter, se poser, rentrer dans le rang. Finalement, cette série parle surtout de cette dernière partie, insistant sur la responsabilité de parents qui ont préféré avoir des héritiers que des descendants.
Dans l'épisode 6, Lucky et John, son père, ont une explication à bâtons rompus sur ce que lui à fait subir à la petite fille qu'elle était puis à la jeune femme qu'elle est devenue. Il a beau se défendre en lui disant qu'ils ont passé ensemble plus de temps que n'importe quel père et sa fille, que ce qu'il lui a enseigné vaut largement tout ce que l'école dispense, les arguments de Lucky sont imparables.
Et quand, après une nuit de réflexion, John, sur le point de voir sa fille partir effectuer un échange dangereux, reconnaît ses torts, ni elle ni le spectateur ne savent si ce père aimant mais maladroit saura lui aussi s'arrêter où s'il continuera sa vie de bandit. Mais en revanche, nous savons que Lucky a eu un vrai père contrairement à Cary pour qui ni sa mère ni son père n'ont jamais joué le rôle de parents.
L'agent Rand est elle aussi une mère et sa fille lui en veut terriblement de privilégier son travail à sa vie de famille, jusqu'à ce que cette femme se trouve dans un lit d'hôpital et que son supérieur menace de lui retirer l'affaire. Toutefois Rand est, en fin de compte, comme John, Priscilla et Wayne, trop marquée parce qu'elle fait pour faire passer son enfant avant sa mission.
C'est pour cela, ces thématiques, que Lucky vaut vraiment le coup. Parce que son intrigue policière, en forme de course-poursuite, est, hélas ! moins aboutie qu'espérée. Trop souvent pour que cela soit crédible (ne parlons même pas de réalisme) Lucky réussit à semer ses adversaires, survit-elle à des accidents, des mauvais traitements.
A force cela nuit à l'efficacité du polar : Lucky a trop de chance pour qu'on y croit. Elle bluffe trop pour que ses ennemis acceptent de la suivre. Dans le dernier épisode, Whittaker est écrit comme la crapule machiavélique et intelligente qu'il est vraiment et permet de comprendre pourquoi, lui, ne tremble jamais, n'hésite jamais.
Mais Priscilla ou John n'ont pas cette densité dans la caractérisation : elle est une espèce de psychopathe, digne des Atrides, et lui est trop joueur et insouciant pour qu'on puisse admettre qu'il joue autant avec la vie de sa fille. Si les scénaristes avaient zappé Whittaker pour transférer sa personnalité directement à Priscilla, OK. Et si John avait été un peu moins flambeur...
Enfin, il est regrettable que la série, avec ses sept épisodes, n'ait pas accordé plus de place au personnage de Cary car c'est bien lui qui est à l'origine de tout. Par ailleurs, Drew Starkey (révélé dans Outer Banks sur Netflix, et qui est excellent) qui l'incarne n'est crédité que lors du quatrième épisode, alors qu'il apparaît substantiellement dans le premier et dans les flashbacks des deux suivants. Pourquoi ?
D'une certaine manière, on se demande si Lucky n'aurait pas fait un meilleur film qu'une série. La narration est parfois trop décompressée et dans un format unitaire, tout aurait gagné en intensité, en force dramatique. En tout cas, sept épisodes, c'est trop pour un tel projet qui s'étire parfois inutilement pour connaître une dernière ligne droite nettement plus percutante.
Anya Taylor-Joy est une actrice prodigieuse et elle anime Lucky d'une détermination farouche, motivée par sa lassitude d'une vie qu'elle n'a pas choisie et qui lui coûte énormément. Timothy Olyphant joue son père avec beaucoup de malice et de charme, parfois un chouia trop. Annette Bening est assez stupéfiante en mère possessive. William Fichtner est impeccable en caïd glaçant. Et Aunjaunue Ellis-Taylor campe une agent du FBI obsédée jusqu'à la folie.
On notera que : Reese Witherspoon compte au nom des productrices du show et que Fiona Apple a écrit, composé et chanté le générique de la série.
Lucky n'est donc pas aussi bon qu'on l'aurait aimé, même si c'est un divertissement de grande classe.








Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire