Matt Murdock s'est reconverti en professeur de Droit à l'Empire State University où il enseigne à ses élèves les subtilités des contrats. Il a pour collègues Sari Ellison, spécialiste en éthique, et James, qui l'a recommandé - même si celui qui l'a employé est en vérité Harlan Vale, un magnat de la tech... Sans qu'il sache pourquoi. L'inspecteur Forte du NYPD enquête sur le meurtre d'un passager du métro...
C'est un peu, en tout cas pour moi, l'événement de la semaine : le lancement d'un nouveau volume de Daredevil. Depuis le run de Chip Zdarsky, j'avais arrêté de suivre les aventures du diable de Hell's Kitchen. Ou plus exactement, j'avais arrêté après avoir lu les deux-trois premiers épisodes écrits par Saladin Ahmed.
Vous ne trouverez pas grand-monde pour défendre le travail de Ahmed et donc Marvel semble avoir voulu laisser passer quelques mois (depuis Septembre 2025) pour réfléchir au moyen de reconquérir les fans. Ce n'est pas si fréquent, mais finalement l'éditeur a confié la tâche à Stephanie Phillips (seulement la deuxième femme à écrire le titre) et à Lee Garbett.
On pense avec un combo pareil à l'association Ann Nocenti-John Romita Jr.-Al Williamson. Mais il faudra quand même attendre pour savoir si la nouvelle équipe se hisse à ce niveau (et ce n'est pas une petite affaire). Toutefois, on ne peut s'empêcher de penser que ça ne pourra pas être pire que ce qu'a commis Ahmed.
J'ai un bon a priori sur Phillips car j'ai beaucoup aimé ses séries en creator-owned, Grim et Red Before Black. Je connais moins son travail mainstream, mais elle a un enthousiasme communicatif et elle a vraiment fait une grosse campagne sur les réseaux sociaux pour séduire les lecteurs. Quand à Garbett, c'est un artiste que j'apprécie beaucoup et qui me semble taillé pour le job.
Comme Phillips a donc beaucoup fait de pub en amont, on sait déjà avant d'ouvrir ce n°1 ce qu'elle ambitionne : un nouveau vilain, qui cible non pas Daredevil mais Matt Murdock, qui s'appelle Omen. On ne voit pas (pas encore) Foggy Nelson ou d'autres visages familiers (Cole North ? Kristen McDuffie ? Le Caïd ?) et le récit en joue habilement.
Matt est devenu prof de Droit dans une université et on sent que la scénariste a buché son sujet puisqu'il instruit ses élèves sur les contrats (dieu sait que les créateurs de comics sont bien plus soucieux de ça aujourd'hui qu'autrefois). Il a une jolie collègue, Sari Ellison, mais qui ne s'en laisse pas conter (et d'ailleurs Matt se montre maladroit en disant avoir accepté le poste en espérant être recruté par un cabinet).
Et il y a James, un ami également enseignant qui l'a recommandé mais qui lui confie que s'il a été engagé, c'est parce qu'un certain Harlan Vale a insisté pour cela. Phillips pique notre curiosité (et celle de Matt) car on se demande pourquoi un magnat de la tech a fait cela alors que Murdock ne le connait pas.
Le troisième personnage inédit est un inspecteur de police nouvellement affecté à New York, Forte. Il enquête sur le meurtre d'un passager du métro à qui on a retiré les yeux. Evidemment le symbole, lugubre, renvoie à la cécité de Matt et on se doute que le tueur va croiser Daredevil. Serait-ce ce fameux Omen ? Peut-être. Ou pas. Car celui-ci donc en veut à Matt et pas à DD (même s'il les sait liés).
L'épisode présente donc pas mal d'éléments et nous gratifie même de trois belles scènes d'action pour ponctuer l'ensemble. Sur tous les tableaux, Lee Garbett affiche ses compétences : les bastons sont bien chorégraphiées, il a conservé le design du costume rouge de DD mais avec le côté spandex, et quand il représente Matt, la référence à Romita Jr.-Williamson est évidente (c'est loin d'être un reproche).
Phillips et Garbett fonctionnent très bien ensemble, on sent qu'ils partagent la même vision du personnage, de la série. C'est assez dense pour régaler le lecteur qui apprécie un épisode d'introduction qui survole les choses sans les rendre superficiels (chaque élément est là pour la suite) et en même temps, c'est très fluide, très dynamique.
A l'évidence, le titre ne veut pas s'inscrire dans un aspect trop sinistre (même si le meurtre du passager du métro est horrible). Disons que le graphisme de Garbett agit un peu comme celui de Samnee avec Waid : il évite de sombrer dans le noir profond. Toutefois, Phillips ne cache pas que ses plans sont ambitieux (la première page est un teaser à la fois mystérieux et inquiétant).
Et finalement c'est tout ça qui intrigue et accroche. On est happé sans mal, ça a de la gueule mais sans prétention. Il y a un vrai souci de reconquête des fans et une volonté affichée de proposer quelque chose de consistant et de singulier. Commencer ainsi témoigne d'un vrai aplomb, surtout sans passer par les cases prévisibles (Foggy, Fisk, etc.) : en bref, ça sent plutôt bon.





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