dimanche 19 avril 2026

PROJET DERNIERE CHANCE (Phil Lord & Chris Miller, 2026)


Dans un vaisseau spatial, un homme se réveille d'un coma induit. Il n'a aucun idée d'où il se trouve ni comment il en est arrivé là, mais il découvre que le reste de l'équipage (un homme et une femme) sont morts en hibernation. Il se reprend progressivement et, après avoir envoyé les dépouilles dans le vide sidéral, il calcule la trajectoire du vaisseau qui se dirige vers l'étoile Tau Ceti à plusieurs millions d'années-lumière de la Terre.


Alors qu'il approche de la destination, il aperçoit un autre vaisseau aux environs qui cherche à communiquer avec le sien de manière rudimentaire puis qui l'aborde. Ryland Grace entre en contact avec une forme de vie extraterrestre, une créature rocailleuse à cinq pattes originaire du système 40 Eridean A. Il la surnomme "Rocky" et créé un traducteur qui lui permet de dialoguer avec elle, apprenant qu'elle est ingénieur mécanicien et ici pour trouver de quoi sauver son soleil.


Les souvenirs de sa vie passée reviennent à Ryland qui était un professeur de sciences dans un collège après avoir été banni de la communauté savante en raison de ses méthodes peu orthodoxes jusqu'à ce que Eva Strautt le recrute pour étudier un phénomène à la surface de notre soleil dévoré par un organisme baptisé "astrophage" et contre lequel tous les Etats se sont réunis pour organiser une mission spatiale... Ensemble, Ryland et Rocky vont tenter de sauver leurs mondes respectifs...


Devais-je à nouveau rédiger des critiques de film sur ce blog ? C'est la question que je me suis posé ces derniers mois, parce que j'avais l'impression que ça brouillait ce que ceux qui consultaient mes articles attendaient (principalement des critiques de comics). Par ailleurs, je n'étais pas très inspiré par les longs métrages que je voyais.


En même temps, à quoi bon ranimer un blog cinéma que j'ai laissé tomber depuis des années ? J'ignore donc si ça redeviendra une habitude, mais me voici de retour pour vous parler de films. Et de Project Hail Mary (en vo) que j'ai été voir récemment et que j'ai beaucoup aimé. Cette adaptation du roman d'Andy Weir par le scénariste Drew Goddard et les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller est un succès mérité.


Comme d'habitude, j'ai envie de dire, les critiques professionnels ont parfois fait la fine bouche, reprochant à Projet Dernière Chance (en vf) d'être trop ceci, pas assez cela. C'est assez désespérant, cette propension des journalistes spécialisés à ne jamais être satisfaits d'un bon divertissement qui n'est pas assez profond à leurs yeux.


Or c'est justement ce que, moi, j'ai apprécié : le film de Lord et Miller est d'abord et surtout un excellent divertissement, bon enfant, qui s'assume comme tel. Ce qui ne signifie pas que c'est un objet inoffensif, conçu pour plaire absolument, sans prise de risque. Par bien des aspects, c'est même une sorte de blockbuster étrange, improbable, et c'est la conjugaison de ces deux termes qui lui donne sa singularité.

Si je devais le rapprocher d'un exemple connu, ce serait Rencontres du 3ème Type de Steven Spielberg (1977), dans lequel le récit jouait avec l'idée d'une vie extraterrestre tout en différant le moment où les aliens se montraient et où le héros était quelqu'un à qui il était facile de s'identifier parce qu'il ne savait pas comment appréhender l'événement, entre crainte et excitation.

Ryland Grace a beau être un scientifique émérite, c'est aussi et d'abord un type qui n'était pas destiné à vivre l'aventure qu'il va traverser. On apprend en cours de route comment il a fait partie d'un équipage pour un mission suicide, un aller sans retour, pour un objectif ahurissant (sauver le soleil d'un parasite qui risquait de renvoyer la Terre à l'ère glaciaire).

L'autre ancre du récit, c'est l'extraterrestre dont il va faire la connaissance. La plupart du temps, les créatures aliens ont quelque chose dans les films qui se rapprochent de nous - même le xénomorphe de la saga Alien a des bras, des jambes, un tronc, une tête, il est affreux mais pas si étonnant. Alors que Rocky n'est qu'un caillou à cinq pattes sans yeux, sans oreilles, sans bouche.

Lord, Miller et Goddard prennent le temps à la fois d'exposer la situation de leur héros, puis de montrer la rencontre avec l'extraterrestre, les difficultés qu'ils ont à communiquer, à nous convaincre de la mission qu'ils doivent remplir, de la dangerosité des manoeuvres engagées une fois qu'ils se lancent, puis de tout ce qui s'ensuit.

Pourtant, malgré ses 157', le film n'est jamais trop long. On se passionne pour des choses qui sont éloignées de la plupart de ce genre de longs métrages de science-fiction, autrement dit le fait d'être perdu dans l'espace face à un job impossible, les obstacles qui se dressent entre deux individus pour se comprendre, coopérer, sans jamais verser dans les clichés (ils ne vont pas se faire la guerre par exemple).

C'est ce que j'ai préféré dans Projet Dernière Chance, tous ces moments d'habitude expédiés, comme la perte de repères, la rencontre avec une forme de vie inconnue, le langage qu'on met au point pour s'entendre, le plan qu'on élabore pour récupérer de quoi remplir la mission. Et tout ça sur un rythme mid-tempo, avec un ton bienveillant, souvent drôle, parfois émouvant, toujours palpitant.

L'astuce du scénario de raconter cette épopée avec des flashbacks pour expliquer comment Ryland Grace se trouve là où il est au début, permet à la fois de s'amuser des conventions (le héros est un marginal embarqué malgré lui dans l'aventure) et de rythmer l'ensemble (en soulignant à la fois sa bonne volonté et le piège dans lequel il tombe).

On va et vient ainsi entre des scènes où, sur Terre, toute une communauté est au service d'expériences de la dernière chance et où, dans l'espace, un homme et un alien s'allient pour sauver leurs mondes alors qu'ils ne sont pas taillés pour ça. Ryland le répète plusieurs fois, il n'est pas un astronaute, pas un pilote. Cela s'applique aussi à Rocky.

Alors, oui, la fin s'étire un peu, en voulant absolument montrer ce qu'il advient du héros et de son partenaire, préférant aussi répondre aux attentes de l'audience qui veut savoir si la mission a quand même réussi ou non, ce que les protagonistes sont devenus. Mais c'est cohérent avec le reste, une forme de générosité et de positivité, une envie de ne pas laisser le public triste ou dans l'expectative.

Merveilleusement filmé, sans aucun fond vert, avec des effets spéciaux "pratiques", le film est très coloré sans jamais être trop flashy. C'est, je trouve, une des clés de son attrait après une tendance ces dernières années à aller vers de la photographie trop sombre ou criarde. Lord et Miller ont voulu donner au spectateur un spectacle merveilleux, enchanteur, sans dissimuler l'aspect effrayant du cosmos.

On évolue dans no man's land littéral, une nuit étoilée, des étoiles multicolores, des astres grignotés par un parasite. Mais ce qui nous évite d'apprécier cela avec trop de vertige, c'est l'attitude des personnages, cette capacité à embrasser cet environnement sans perdre de vue ce pour quoi ils sont là, les efforts qu'ils déploient, l'énergie qui les anime.

En lieu et place d'une distribution pléthorique qui est la norme pour ce genre d'histoire, on voit là un film qui se réduit principalement à un acteur : Ryan Gosling. Il donne à Ryland Grace une sorte de fatalisme mêlé de décontraction qui est la clé magique pour adhérer au projet. C'est fou comme cet acteur se bonifie avec le temps et prouve à ceux qui le réduisaient à ses rôles iconiques (dans Drive par exemple) qu'il est à l'aise dans tous les registres.

Sandra Hüller (Anatomie d'un couple) interprète celle qui l'embarque dans cette odyssée et elle brille par la sobriété de son jeu. Quant à James Ortiz, vous apprécierez comment, par sa voix, il donne vie à Rocky en vo, une vraie performance.

Projet Dernière Chance est vraiment ce que les blockbusters devraient être : subtil, intelligent, touchant, marrant, enchanteur. Espérons que son succès inspirera Hollywood à creuser cette veine.

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