Qu'arrive-t-il à Firestorm l'homme nucléaire ? Pourquoi s'en prend-il à la ville de Bedford, Colorado, qu'il transforme en une sorte de laboratoire horrifique ? L'armée est déployée et on réquisitionne Lorraine Reilly, alias Firehawk, l'ex-petite amie de Firestorm, pour cela ?
Nouveau titre DC Next Level et j'avoue que celui-ci m'a particulièrement hypé dès qu'il a été annoncé. Pourtant je n'ai jamais été spécialement intéressé par le personnage principal et je me méfiais de Jeff Lemire depuis quelques mois à cause de JSA, mais inexplicablement j'avais très envie de lire ça. Et autant le dire tout de suite, ça sera mon coup de coeur de la semaine (du mois ?).
Il y a quelque temps, ici même, j'avais rédigé une critique très mitigée de Jenny Sparks par Tom King et Jeff Spokes, mini série dans laquelle Captain Atom était frappé du complexe du messie. Le projet était intéressant mais j'avais eu le sentiment qu'il ratait sa cible en étant trop bavard, trop théorique, comme si le scénario gâchait son énorme potentiel.
The Fury of Firestorm reprend un peu le même argument :un super héros surpuissant commet des actes insensés en prenant un espace réduit comme champ d'expérimentations. Les autorités sont alertés et cherchent à l'arrêter en faisant appel à une personne tiers qui pourrait ramener le héros à la raison. S'il n'est pas déjà trop tard...
Firestorm est une personnage composite : lors d'une explosion dans une centrale nucléaire, Ronnie Raymond et le professeur Martin Stein fusionnent au sein de la matrice Firestorm et deviennent un entité bicéphale et surpuissante. Mais au fil des années, le héros change d'aspect, d'identité, de couleur de peau, ses pouvoirs évoluent.
Lemire reprend du début : que reste-t-il de Firestorm ? C'est une manoeuvre singulière et très habile parce que les fans de longue date apprécieront qu'il n'invente pas une énième version du personnage et les lecteurs qui n'y connaissent rien apprécieront que toutes les données antérieures soient présentées de manière abordable tout en les plaçant dans un contexte original.
Le scénariste file d'abord franchement la métaphore biblique : comme Dieu, Firestorm refaçonne Bedford en six jours et se repose le septième. C'est un être présenté comme détaché de l'humanité, il ne parle pas, agit de façon démiurgique, mais aussi opaque et flippante. Il ne parle pas, ses yeux blancs rajoutent à l'énigme.
Firehawk comprend que Ronnie Raymond et le Pr. Stein ne sont plus là, Firestorm agit comme un organisme indépendant que plus personne n'habite. Le récit va et vient entre ce qu'on voit et ce que les personnages ne voient pas, qui révèlent une situation inquiétante. Mais comment en est-on arrivé là ?
C'est ce que la série, au moins dans ce premier arc, va certainement résoudre. Car ce qui semble acquis, c'est que Firestorm, en tant que matrice, a pris son indépendance, a chassé ses occupants (voire pire). Et vu le niveau de puissance qu'il affiche, il y a tout lieu de penser que ce n'est pas par la force qu'on le ramènera à la raison.
Le temps est prépondérant dans cette intrigue - le temps passé à Bedford, le temps que l'armée se déploie, que les soldats amènent sur place Lorraine Reilly. Cela souligne l'aspect désespéré de la situation, le compte à rebours qui s'est déclenché (comme celui d'une bombe avant son explosion). Ce sentiment d'urgence est puissamment traduit, bien plus que dans Jenny Sparks avec Captain Atom.
En fait c'est le traitement qui distingue le projet de Lemire de celui de King : il prend le contrepied de son confrère - , contrairement à King, pour suggérer l'angoisse, il en dit le moins possible pour désorienter le lecteur. C'est très malin et intense.
Et il y a une vraie audace à débuter une série, qui plus est avec un personnage de seconde zone, en le montrant en train d'agir comme, sinon un méchant, du moins quelqu'un qui semble détaché de tout, à la manière d'un Dr. Manhattan (qui fut inspiré à Alan Moore par... Captain Atom) mais en mode créateur détraqué.
La série bénéficie en outre de somptueux dessins qu'on doit à Rafael de Latorre. Si vous avez lu la dernière partie du run de Daredevil par Chip Zdarsky (la saga du poing rouge), vous identifierez sans mal l'artiste qui suppléait Marco Checchetto. Depuis il a rejoint DC et a collaboré avec... Tom King (décidément) sur la mini Le Pingouin.
J'aime beaucoup de Latorre que j'avais découvert sur Black Widow par Kelly Thompson (où il secondait Elena Casagrande) et que j'avais retrouvé avec plaisir sur quelques n° de JSA de... Lemire (dans l'arc Ragnarok - c'est ainsi que DC et Lemire ont dû s'accorder sur son recrutement). Il a une solide technique, un trait assuré, un découpage simple mais efficace, avec un sens de la composition très sûr.
Il est ici mis en couleurs par Marcelo Maiolo (qui a longtemps travaillé avec Andrea Sorrentino) et dont la palette est très sobre, nuancé, n'empiétant jamais sur l'encrage (c'est devenu rare). A eux deux, Maiolo et de Latorre contribuent à rendre la série très habitée, presque hantée, avec un minimum d'effets, collant en cela parfaitement au script.
Il y a quelque chose d'infiniment satisfaisant à lire un comic book sur un personnage méconnu quand il vous le rend aussi passionnant, dès le premier épisode. On a pu apprécier cela avec le limier martien dans Absolute Martian Manhunter, et c'est un peu le credo de DC Next Level. Confié à une équipe créative de qualité, comme Lobo et Batwoman, The Fury of Firestorm confirme que cette ligne de séries a tout pour susciter l'intérêt.





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