Marcus Wolf/Salvation a fait tuer Alina Von Doom et ce n'est qu'un début. Captain America part à sa poursuite tandis que le général Ross et ses troupes débarquent en Latvérie tandis qu'un membre des Howling Commandos de Nick Fury Jr. trahit l'équipe...
Je sais déjà que cette critique ne comptera pas beaucoup de vues car, après avoir éreinté la série lors des précédents numéros, il est logique que peu de gens désormais liront ce que j'aurai à en dire jusqu'à la fin de cet arc le mois prochain. Mais bon, allons-y quand même et tâchons d'expliquer avant de s'énerver puisque c'est la règle que je me fixe.
La bonne nouvelle, c'est que Valerio Schiti est de retour (et il sera encore de la partie pour le prochain numéro). L'artiste revient en forme et livre des planches qui font honneur à ses meilleures prestations. Un découpage énergique, clair, avec des compositions toujours équilibrées, qui a fait défaut à la série depuis plusieurs mois.
Malgré tout on peut s'interroger sur sa présence en pointillés sur le titre. Schiti est un dessinateur très régulier, capable d'enchaîner les épisodes sans souci, avec une grosse force de travail (comme il l'a prouvé en illustrant des events). Alors pourquoi n'est-ce pas le cas sur Captain America ? Je l'ignore mais j'espère qu'il rebondira vite ailleurs.
Ailleurs parce que je n'ai, au fond, pas l'impression qu'il s'amuse tellement sur cette série. Il n'y apporte pas ce qu'on a l'habitude de voir de sa part. Par exemple les characters designs qu'il a signés sont beaucoup moins inspirés que d'habitude, à l'image de son relooking pour Captain America. Plus globalement le personnage ne semble pas le motiver.
A comparer avec le (trop bref) run de Dan Slott sur Tony Stark : Iron Man, Schiti paraît limité par les scripts de Chip Zdarsky, qui ont été qui plus est écrits très en amont (le scénariste a expliqué avoir bouclé tous ses scripts pour 2026 avant la fin 2025, même s'il a dû procéder à quelques réécritures marginales ensuite).
Mais de toute façon, le vrai souci, à mes yeux, c'est bien ce que raconte Captain America. Zdarsky a démarré avec un retcon audacieuse mais maladroite. Puis avec de deuxième arc, sa série n'a fait qu'accompagner le lancement prochain d'Armageddon, ce qui ne lui rend pas service, surtout après aussi peu d'épisodes.
De fait Captain America est moins une série en soi qu'une sorte de rampe de lancement pour une saga plus globale. Et ça ne me semble pas être une bonne idée. Zdarsky mentionne Bendis comme un exemple pour construire des events, sauf que Bendis, quand il écrivait notamment New Avengers, pensait d'abord à raconter des histoires pour sa série dont les subplots préparaient des events.
Là, il est clair que Zdarsky a tout fait à l'envers : Armageddon était son objectif et Captain America était le moyen d'y arriver en rebondissant sur les conséquences de One World Under Doom. La série est devenue une espèce de courroie de transmission entre deux events. Mais Zdarsky avait-il quelque chose à raconter avec Captain America en soi ? J'en doute.
On peut aussi se demander si Captain America est la série adéquate pour un event en vue puisque la série ne fait pas des ventes mirobolantes, donc n'est pas susceptible à elle seule d'indiquer au lecteur qu'elle annonce un event. De toute façon, c'est un système entier chez Marvel qui est au coeur du problème et Zdarsky a choisi d'en faire partie.
Dans les interviews mensuelles qu'il donne à SKTCHD sur YouTube, Zdarsky racontait que quand il écrivait Daredevil et qu'il avait eu l'idée de Devil's Reign, il pensait, comme beaucoup d'auteurs avant lui, cantonner cette histoire à la série qu'il pilotait. Puis les editors l'ont poussé à voir plus grand, à incorporer plus de personnages, à faire un event.
Il avoue avoir rushé pour construire cette saga plus grosse que prévue et cela lui a servi de leçon pour Armageddon qu'il a voulu bâtir très en amont. Ce changement de configuration altère profondément le résultat de la série qui devient un véhicule et rien d'autre. Ce n'est pas une méthode profitable pour la série dont il a la charge.
On se retrouve alors avec des péripéties à la fois décompressées et des explications expédiées. L'évolution de Marcus Wolf, opposant à Fatalis, en nouveau dictateur manque singulièrement de profondeur et de subtilité, avec pour couronner le tout un look de Fatalis du pauvre mixé avec Darth Vader.
Pire encore : la caractérisation de Captain America laisse songeur, surtout dans cet épisode où son attitude est inconcevable avec la droiture du héros tel qu'on le connaît (il laisse une foule furieuse carrément lyncher un type). Les Howling Commandos manquent eux aussi d'épaisseur, et la trahison de l'un d'eux ressemble à un rebondissement téléphoné (dans la mesure où, depuis le début de l'arc en cours, il a toujours agi de manière suspecte).
Zdarsky est pressé d'en arriver à Armageddon. Et cette hâte se traduit par la désinvolture avec laquelle il conduit son histoire et anime son héros. On aura rarement vu ouvrage si bâclé. Voir un scénariste aussi brillant se fourvoyer de la sorte en épousant complaisamment les pires travers de son éditeur n'a rien de rassurant pour l'avenir de la série ni de que promet Marvel à ses lecteurs.





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